Monde | Par Actuagri
Les ministres de l’Agriculture du G7 se sont réunis à Paris le 19 octobre en marge du Salon international de l’alimentation (SIAL). Alors que le prix des fertilisants flambe et que le monde subit des chocs géopolitiques à répétition, les sept plus grandes puissances mondiales cherchent à dépasser la simple gestion de crise pour bâtir une souveraineté alimentaire durable.

Envolée du prix des fertilisants
L’agriculture recherche des réponses structurelles aux nombreuses crises géopolitiques, économiques et climatiques qui secouent la planète depuis quelques mois, de manière plus intense. Quatre mois après une session d’urgence organisée en visioconférence le 8 juin dernier sous présidence française, les ministres de l’Agriculture du G7 (France, Japon, USA, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Canada, Commission européenne) se sont retrouvés à Paris le 19 octobre. La réunion du 8 juin avait permis de mesurer l’onde de choc provoquée par la guerre dans le détroit d’Ormuz. Point de passage stratégique par lequel transitait environ un tiers des engrais de synthèse mondiaux, son blocage a entraîné une envolée des prix des hydrocarbures et des fertilisants.
Si ce premier rendez-vous avait reconnu le rôle stratégique des engrais et cherché à soutenir à court terme les exploitations, il n’avait pas donné lieu à des annonces concrètes. Depuis, la situation est restée très tendue : la FAO, Agricultural market information system (AMIS) et l’OCDE ont confirmé la persistance de risques majeurs sur les chaînes de valeur. Le Fonds international de développement agricole (FIDA) a alerté sur une hausse de 13 % des prix agricoles mondiaux au troisième trimestre, accélérant les risques de crise alimentaire globale pour les pays les plus vulnérables. Depuis juin, s’est ajouté le blocage du détroit de Bab-el-Mandeb, autre point stratégique. Il constitue en effet un passage essentiel pour les navires reliant les ports de la Méditerranée et du Moyen-Orient à l’océan Indien, notamment via le canal de Suez.
Sortir des crises
Avant la rencontre parisienne, les pays du G7 ont réagi, le 16 octobre, sur le plan financier depuis Bangkok en s’engageant à mobiliser collectivement 2,5 milliards de dollars pour favoriser l’accès aux engrais dans les nations exposées à l’insécurité alimentaire. Mais à Paris, la réunion présidée par la ministre française Annie Genevard, aux côtés de ses homologues et du commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen, a voulu aller plus loin. « Il faut aller au-delà de la sécurisation des approvisionnements et réduire la vulnérabilité de nos agriculteurs (…) pour permettre de sécuriser la production agricole et alimentaire pour tous », a déclaré Annie Genevard à l’issue de la réunion. « La résilience de nos systèmes agricoles est une question de souveraineté nationale. Il nous faut avoir une vision prospective et sortir d’une gestion permanente des crises », a-t-elle ajouté.
Les ministres ont ainsi élargi leurs travaux à des solutions de moyen et long terme : l’utilisation efficace des engrais, la gestion optimisée du cycle des nutriments et le déploiement de pratiques agronomiques favorables à la santé des sols. Pour concrétiser cette ambition, le G7 a validé une feuille de route technique claire, notamment sur deux volets. Tout d’abord, un volet scientifique : Après un premier dialogue lancé le 2 octobre, l’Inrae organisera, les 3 et 4 décembre à Versailles, une rencontre entre hauts scientifiques des sept pays afin de fixer des priorités de recherche sur la santé des sols et les nutriments. Ensuite, un volet sanitaire : les responsables vétérinaires du G7 se réuniront les 19 et 20 novembre à Paris sur les menaces biologiques et la lutte contre la désinformation (notamment après l’épisode de la dermatose nodulaire contagieuse ndlr).
Cette réunion a aussi été l’occasion d’aborder la mise en place de stocks de précaution (stocks stratégiques) pour mieux gérer les à-coups climatiques et géopolitiques.
Christophe Soulard
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