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Un accord UE-Australie sous tension pour les filières agricoles

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen et le Premier ministre australien, Anthony Albanese ont signé le 24 mars, un accord de libre-échange. Entre quotas de viande bovine encadrés et concessions sur les appellations d’origine, le secteur agricole se retrouve au cœur d’un équilibre fragile.

L’accord UE-Australie : Ursula Von Der Leyen et Anthony Albanese (Capture X)

Après huit années de négociations acharnées, l’Union européenne et l’Australie ont scellé, le 24 mars à Canberra (Australie), un accord de libre-échange. Engagé en 2018, suspendu en 2023 puis repris en 2025, cet accord vise, comme ceux que l’UE a déjà conclus, à créer une zone de libre-échange par la suppression de la majorité des droits de douane, l’ouverture des marchés publics et la facilitation des investissements. Ce traité prévoit d’ailleurs la suppression de plus de 99 % des droits de douane sur les exportations de marchandises européennes vers l’Australie, ce qui devrait permettre aux entreprises de l’Union d’économiser environ un milliard d’euros (1,16 milliard de dollars) par an en taxes.

L’un des points de friction les plus sensibles de la négociation a concerné l’accès des viandes australiennes au marché européen. Les éleveurs australiens, qui espéraient initialement un quota de 50 000 tonnes de bœuf en franchise de droits, ont dû revoir leurs ambitions à la baisse. L’accord final prévoit l’ouverture par l’UE de deux contingents tarifaires pour un total de 30 600 tonnes de viande bovine. Dans le détail, 55 % de ce volume de bœuf nourri à l’herbe entrera en franchise de droits, tandis que les 45 % restants bénéficieront d’un droit réduit à 7,5 %. Cependant cette ouverture de marché ne sera pas immédiate ont indiqué les instances européennes qui veulent « protéger les agriculteurs » du Vieux Continent : elle sera déployée progressivement sur cinq ans, avec seulement un tiers du quota appliqué durant la première phase.

« Concessions disproportionnées »

L’accord UE-Australie prévoit en outre l’ouverture d’un contingent de 25 000 tonnes de viande ovine australienne issue d’animaux nourris à l’herbe, mis en place sur une période de sept ans. La question des Indications Géographiques (IG) qui avait longtemps bloqué les discussions a été résolue. Le compromis trouvé permet aux producteurs australiens de continuer à utiliser certains noms protégés en Europe, comme la « feta » ou le « gruyère », à condition que ces appellations soient utilisées localement depuis au moins cinq ans. Le cas du « prosecco » est plus spécifique : les viticulteurs australiens pourront conserver ce nom sur leur marché intérieur, mais devront cesser de l’utiliser pour leurs exportations après une période de transition de dix ans, indique l’accord.

En contrepartie, l’Europe exportera des voitures, des machines, des produits pharmaceutiques, des services et quelques produits agricoles et agroalimentaires. Dès l’entrée en vigueur de l’accord, l’Australie s’engage à supprimer ses droits de douane sur les vins, les vins mousseux, les fruits, les légumes et le chocolat européens. L’UE prévoit en effet que les exportations laitières vers l’Australie bondissent de 33 % globalement au cours de la prochaine décennie, avec une croissance spécifique attendue de 50 % pour les produits laitiers transformés.

Malgré ses garanties, les syndicats agricoles européens restent très inquiets quant aux répercussions de cet accord sur la pérennité de leurs exploitations. Dès le 17 mars, le Copa-Cogeca, principal syndicat agricole européen, dénonçait des « concessions disproportionnées » qui pourraient déstabiliser les marchés locaux et affaiblir les normes de production européennes. En France, la FNSEA et JA avaient eu aussi, fin février, vilipendé un « Mercosur bis », une « stratégie de contresens » dans une « logique décroissante » et pointé le déséquilibre de cet accord opposant 450 millions de consommateurs européens aux 28 millions d’Australiens. Le 23 mars, la Fédération nationale ovine avait qualifié cet accord de « nouveau sacrifice sur l’autel de la géopolitique ». Le texte doit désormais être ratifié par le Conseil européen et le Parlement australien pour entrer en vigueur.

Christophe Soulard

UE/Australie : l’accord commercial reçoit un accueil mitigé des filières agricoles

L’annonce de la conclusion de l’accord de libre-échange UE-Australie, le 24 mars, a suscité des réactions partagées parmi les représentants professionnels agricoles des deux parties.
– Pour les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca), l’agriculture fait figure «une fois de plus» de monnaie d’échange dans les accords commerciaux.
– Dans le même sens, Interbev, l’interprofession de la viande, considère que la filière élevage a été «sacrifiée au nom des politiques commerciales» tandis que les fabricants européens de bioéthanol (ePure) évoquent «un nouveau coup dur» avec des concessions importantes (un quota de 10.000 t d’éthanol en franchise de droits) au moment où Bruxelles confirme l’application provisoire de l’accord UE-Mercosur. Sur le sucre, en plus du contingent d’importation, les betteraviers français (CGB) critiquent le nouveau système de contrôle de la durabilité qui, selon eux, revient à déléguer cette mission à un organisme tiers privé.
– Seules voix dissonantes dans l’UE, les exportateurs de produits laitiers (Eucolait) et de vin (CEEV) qui se réjouissent des nouvelles opportunités offertes par l’ouverture de ce marché.

Côté australien, le résultat ne fait pas non plus l’unanimité. L’industrie de la viande rouge (Meat & Livestock Australia) qualifie le texte de «pire accord de libre-échange jamais conclu» par le pays. Elle estime qu’il est «loin de répondre aux attentes» alors qu’elle réclamait un contingent minimum de 50.000 t de viande bovine et 67.000 t de viande ovine.

Source : Agrapresse

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