Aveyron | Par Marion GHIBAUDO
Alors que les prix du gazole viennent de (légèrement) retomber, après une longue période de hausse, l’éco-conduite est une piste intéressante pour «amorcer une trajectoire vers des pratiques moins consommatrices d’énergie». Le point avec Jean-Claude Platon, animateur machinisme à la FDCUMA de l’Aveyron.
«C’est un sujet sur lequel nous nous étions penchés il y a de ça plusieurs années, mais le projet s’était essoufflé en raison des prix bas du carburant», note l’animateur machinisme. Pour ce dernier, l’éco-conduite ne représente qu’une partie des économies possibles, car il faut considérer la problématique dans sa globalité.

Si les constructeurs ont beaucoup fait évoluer les tracteurs pour respecter les normes antipollution, notamment concernant les émissions d’oxyde d’azote et les particules fines, ils ont un peu laissé de côté un pan important : la consommation de carburant. Cette situation a donc créé des contradictions : des tracteurs qui polluent moins officiellement mais ne coûtent pas nécessairement moins au total, quand on cumule le coût du GNR et de l’ADBlue.
Cependant, rappelle Jean-Claude Platon, les moteurs ont tout de même largement évolué dans leur configuration. Mais «certains utilisateurs conduisent par habitude, sans avoir reçu suffisamment d’informations sur les nouvelles pratiques optimales à mettre en œuvre pour envisager des économies».
Différentes stratégies pour des économies importantes
Il existe plusieurs pistes d’amélioration pour réduire la consommation de carburant. La première concerne l’éco-conduite proprement dite, qui implique de travailler à des régimes où le moteur est le plus économe. Jean-Claude Platon explique que «contrairement aux anciens tracteurs où il fallait accélérer à fond pour aller vite, aujourd’hui il vaut mieux changer de vitesse». La zone la plus économe n’est ni à l’accélération maximale ni à la puissance maximale du régime maximal.
La gestion du poids constitue un autre point crucial. «Selon que l’on ajoute des masses à l’avant ou dans les roues arrière des tracteurs, le déplacement de l’ensemble tracteur et outil peut demander autant d’énergie que pour faire fonctionner l’outil de travail». Une problématique, par ailleurs, liée au fait de se déplacer sur terrain meuble.
Il est aussi important d’adapter le matériel au tracteur. «Les tracteurs sont souvent surdimensionnés par rapport aux outils utilisés», et une bonne part de la consommation tient donc plus au déplacement de l’ensemble qu’aux travaux eux-mêmes.
Troisième point de vigilance à vérifier régulièrement pour réaliser des économies : la pression des pneus. Les pneus agricoles doivent être adaptés à deux situations contradictoires. Au champ, ils nécessitent une grande empreinte au sol pour éviter le tassement et l’enfoncement. Tandis que sur route, il faut une empreinte minimale pour limiter la résistance au roulement. L’animateur machinisme recommande de «vérifier la pression au moins deux fois par an et d’adapter la pression selon les types de travaux». Un manomètre de précision permet de vérifier rapidement la pression (budget moyen d’un manomètre : 40 euros).
Optimiser
Enfin, l’entretien du moteur constitue un autre axe d’amélioration. «Prenons l’exemple du radiateur : s’il n’est pas bien nettoyé, le ventilateur se déclenche plus souvent, entraînant une surconsommation de 3 à 6 %». Jean-Claude Platon insiste sur le fait que ces petits points cumulés peuvent représenter des gains significatifs sur une année de travail.
Sans oublier de lire le manuel d’utilisation ! Les tracteurs récents disposent d’outils intéressants et performants de mesure de consommation. Mais ils sont souvent oubliés car l’accès aux menus peut sembler compliqué. «L’important est d’avoir une consommation rapportée au travail réalisé, par exemple à l’hectare plutôt qu’à l’heure, et d’avoir des repères pour évaluer l’impact des modifications de réglage ou de conduite» détaille Jean-Claude Platon.
L’analyse des données disponibles sur des modèles connectés peut être précieuse : on constate qu’un tracteur peut passer 17 % de son temps au ralenti, 25 % en transport, et le reste en travail au champ. Ces données permettent «d’identifier des axes d’amélioration, comme l’arrêt automatique après 30 secondes d’inactivité».
Le programme Fabacée : des économies d’énergie en agriculture
La FDCUMA de l’Aveyron a répondu à un appel à projet national, lancé par FEVE (fermes en vie), pour réfléchir aux gains d’énergie en agriculture. Le programme, intitulé Fabacée, a permis de suivre trois groupes d’agriculteurs aveyronnais (environ 35 exploitants).
L’objectif affiché est d’accompagner des groupes d’agriculteurs vers une réduction de 15 % de leur consommation d’énergie, incluant les énergies directes (carburant, électricité, gaz…) et indirectes (engrais, aliments…).
Le programme dure environ deux ans et demi, et comprend un bilan énergétique initial, l’établissement d’un plan d’économies d’énergie, et la mise en place d’actions concrètes. Les formations aux économies de carburant durent deux jours et incluent des tests au banc d’essai pour mesurer les performances des tracteurs, des pesées d’essieux pour optimiser la pression des pneus et un essai pratique au champ.
«Dans le cadre du projet Fabacée, lors de tests au champ, nous arrivons à obtenir des gains de 10 à 15 % sur la conduite, parfois plus selon les cas de départ» pointe Jean-Claude Platon. Il précise qu’en moyenne, la consommation agricole est d’environ 100 litres par hectare, et qu’une réduction de 10 % représenterait déjà un gain significatif.
Marion Ghibaudo


