Aveyron | Par Marion GHIBAUDO
Mardi 1er septembre, Catherine Saunier, responsable du service Agriculture biologique de la Chambre d’agriculture de l’Aveyron a organisé une matinée consacrée au sorgho ensilage dans le cadre des journées Innov’action. L’événement s’est déroulé sur une parcelle du Gaec de Fournoulet à Lescure-Jaoul.

Joël Alcouffe, responsable du programme de sélection sorgho chez RAGT Semences, et Régis Hélias, ingénieur régional chez Arvalis ont notamment présenté les enjeux de la sélection variétale et les points clés de la conduite du sorgho, tandis qu’Arnaud Marignac, responsable du service Bovin lait de la Chambre d’agriculture de l’Aveyron est revenu sur l’intérêt du sorgho dans les rations des ruminants.
Au Gaec de Fournoulet, l’élevage de vaches laitières est conduit en agriculture biologique depuis 2010. Les 2 associés ont commencé à implanter du sorgho ensilage sur quelques hectares il y a quelques années sur des parcelles non irriguées en remplacement du maïs. Aujourd’hui avec la forte pression en sangliers, le sorgho a également sa place sur le bloc irrigué.
En effet le sorgho, qui ne fait pas d’épis, attire moins les sangliers. «Ça ne veut pas dire que les sangliers ne sont pas dans la parcelle, c’est sûr qu’ils y sont, mais ils causent moins de dégâts», a souligné Patrick Deleris, l’un des deux associés du Gaec de Fournoulet.
L’atout principal du sorgho reste cependant sa bonne résistance au stress hydrique. «Le sorgho peut entrer en «latence» lors de conditions difficiles, puis à redémarrer si les conditions hydriques s’améliorent», a souligné Joël Alcouffe. En revanche, il a aussi insisté sur la sensibilité au froid de l’espèce qui est sa principale faiblesse.
Cette année, les associés du Gaec de Fournoulet ont implanté 6 hectares de sorgho, semé fin mai au semoir à maïs, après un apport de fumier. Ils ont réalisé un passage de herse étrille et un passage de bineuse. Trois tours d’irrigation de 35 mm ont été nécessaires.
Les agriculteurs sèment du sorgho fourrager monocoupe en mélange et à parts égales : Big Kahuna (PPS+BMR) et Phoenix (BMR), «pour gagner deux à quatre points de matière sèche à la récolte et répartir le risque».
La récolte, enfin, s’effectue généralement entre fin octobre-début novembre. Cette année, avec les conditions particulières, la récolte se fera début septembre. En sec, les rendements varient de 6 à 12 tonnes de matière sèche à l’hectare selon les années. Avec l’irrigation, les agriculteurs visent 10 à 12 tonnes de matière sèche à l’hectare.
Régis Hélias, conseiller Arvalis, a rappelé les bonnes pratiques d’implantation pour s’assurer d’une récolte de sorgho : «un semis uniquement quand le sol atteint au moins 12°C, avec une profondeur de semis entre 2 et 4 cm (idéalement 3 cm), avec une grande régularité. Les densités recommandées sont de 210 000 à 270 000 plantes/ha (21 à 27 plantes/m²) pour des écartements de 40 à 50 cm, avec une majoration de 10 % en semis direct. Pour des écartements de 80 cm, la densité doit être réduite pour limiter la verse. Il est possible de semer au semoir à céréales en bouchant des rangs (1 rang sur 2 à 1 rang sur 4 selon le semoir)».
L’intérêt du sorgho dans les rations des bovins
Le sorgho est un fourrage concentré en énergie comprenant 25 à 28 % de sucre (glucose, saccharose, lévulose, etc.). Cette forte teneur en énergie «sans amidon» réduit le risque d’acidose, a souligné Arnaud Marignac lors de sa présentation.
Le sorgho ne déconcentre pas la ration. «30 % de sorgho incorporé avec du maïs dans une ration permet à cette dernière d’atteindre un niveau en UFL supérieur à celui obtenu avec des méteils, des ensilages de RG ou du foin de luzerne».
Sans compter qu’avec un taux de cellulose compris entre 24 et 28 %, la rumination est optimisée, ont pointé les conseillers.
Au Gaec de Fournoulet, le sorgho est distribué l’hiver en mélange avec de l’ensilage d’herbe ou de l’enrubanné de trèfle. «La teneur élevée en protéines de ces fourrages permet de réduire les apports en tourteaux dans la ration». Leur conduite du sorgho se fait sur des rotations de quatre à cinq ans, à la fois sur la partie irriguée et sur la partie sèche de l’exploitation : prairies pendant 4 à 5 ans, suivies de sorgho ensilage puis de céréales sur la partie sèche, et de méteil ensilé sur la partie irriguée. Sur les troupeaux laitiers, l’ajout de sorgho dans les rations a «permis une meilleure efficacité de la ration et une amélioration de la salivation».
Sur les génisses, «c’est l’augmentation du niveau d’ingestion qui permet d’améliorer le développement squelettique et musculaire des animaux en croissance».
Sur les vaches de réforme et de finition, «intégrer 30 % de sorgho dans la ration permet d’améliorer la finition de ces bovins tout en sécurisant la ration».
En vache allaitante, enfin, «alors que le maïs fait graisser les animaux, l’incorporation du sorgho va réduire cet engraissement qui impacte souvent la reproduction».
Des avantages non-négligeables pour une plante qui occupe, pour le moment, de très petites surfaces, ont rappelé les intervenants d’Arvalis et de RAGT.
En France, le marché du sorgho grain oscille entre 60 000 et 100 000 hectares, contre plus d’un million pour le maïs. La partie ensilage/biomasse représente environ 15 000 à 20 000 hectares.
«RAGT enregistre chaque année plus de 270 variétés dans divers catalogues, dont 5 à 6 nouveautés en sorgho et réinvestit environ 18 % de son chiffre d’affaires en recherche», a rappelé Joël Alcouffe.


