National | Par Agra

La Cour des comptes appelle à un cap clair pour l’agriculture

La Cour des comptes a publié le 7 octobre son rapport annuel sur la transition écologique. Tous les secteurs sont passés au crible, y compris l’agriculture. La Cour exige une accélération de la transition agroécologique pour atténuer et s’adapter aux chocs climatiques. Mais derrière les impératifs environnementaux, les magistrats pointent une réalité plus cuisante : les leviers écologiques restent déficitaires pour les agriculteurs. Sans revenu garanti, la transition restera pour eux hors de portée.

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Le deuxième rapport annuel de la Cour des comptes sur la transition écologique (le premier a été publié en octobre 2025) dresse un bilan alarmant pour le monde agricole et rural. Sécheresses à répétition, canicules dévastatrices, épizooties : les aléas climatiques et sanitaires menacent la pérennité des 390 000 exploitations françaises.

Les magistrats rappellent que les rendements du blé tendre en Europe pourraient chuter de 15 à 25 % d’ici 2100. Pour parer au plus pressé, l’État a injecté près de trois milliards d’euros (Md€) d’aides exceptionnelles entre 2022 et 2024. Un simple pansement budgétaire sur une plaie structurelle.

Équation économique

Sur le plan environnemental, la Cour pointe des indicateurs toujours au rouge : baisse trop lente des émissions d’ammoniac (NH₃), effondrement de 46 % de l’abondance des oiseaux des milieux agricoles en France depuis 1990 et dégradation continue de la qualité de l’eau.

Mais si la Rue Cambon appelle à transformer les modes de production, son constat achoppe sur le nerf de la guerre : l’équation économique des producteurs. Le rapport l’avoue noir sur blanc : la plupart des leviers écologiques (haies, réduction de l’azote, légumineuses) présentent un bénéfice net pour la collectivité, mais génèrent un bilan financier négatif pour les exploitations !

On exige donc des agriculteurs qu’ils assument seuls le coût d’avantages environnementaux globaux. Comment investir dans la décarbonation quand les marges nettes sont écrasées par l’inflation et la volatilité des cours ?

Plus grave encore, les magistrats déplorent qu’aucun chiffrage des besoins d’investissement des fermes n’ait été réalisé par l’État, contrairement à ce qui a été fait pour l’industrie.

Les politiques actuelles ajoutent à la confusion : le Plan stratégique national (PSN) de la PAC 2023-2027 est jugé en décalage avec la planification écologique, et la cible de 18 % de surfaces en bio demeure hors d’atteinte*. Quant aux récents reculs réglementaires, ils créent de l’instabilité sans régler la crise du revenu, note la Cour.

Des exigences irréalistes ?

Pour sortir de cette impasse, la Cour des comptes formule plusieurs propositions. Elle demande l’élaboration urgente d’une feuille de route de transition agroécologique à l’horizon 2035, coconstruite avec le ministère de l’Agriculture et la profession.

Elle préconise d’établir une doctrine claire pour les aides publiques, en ciblant en priorité la couverture du déficit de rentabilité privée généré par les pratiques durables. La Cour recommande aussi de mobiliser les flexibilités de la PAC pour soutenir la résilience des fermes et de renforcer la commande publique (restauration collective, lois Egalim, SNANC**).

Elle appelle enfin à une concertation territoriale sur l’eau et le foncier, citant en exemple l’accord tripartite danois. Sans attendre les réactions des acteurs du terrain, une grande majorité d’entre eux doit estimer, à juste raison, que la transition ne se fera pas à coup d’injonctions ou de contraintes réglementaires.

Tant que les prix payés aux producteurs ne couvriront pas les coûts de production et les lourds investissements requis, aucune feuille de route ne fonctionnera correctement et surtout efficacement. Les juges de la Cour des comptes et nombre de Français militent pour une agriculture plus « verte » et souveraine. Elle devra alors en payer le juste prix et garantir des revenus dignes aux exploitants.

(*) Comme indiqué dans un rapport thématique rendu public le 2 septembre

(**) Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat 

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