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Environnement : l’agriculture montre des signes encourageants

Le rapport 2026 de l’OCDE sur la performance environnementale de l’agriculture révèle un bilan contrasté. Si la productivité s’accroît avec une meilleure efficacité des intrants, les pressions sur la biodiversité et le climat stagnent. L’organisation appelle à développer des politiques plus ciblées et efficaces.

L’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) vient de publier son dernier rapport sur les indicateurs agro-environnementaux, couvrant la période 1990-2023. Le premier constat qu’il établit est celui d’une productivité record : la production agricole totale des pays membres a bondi de 33 % depuis 1990, alors même que la surface agricole diminuait de près de 11 %. Cette tendance traduit un découplage relatif entre la croissance de la production et l’empreinte environnementale, signe d’une intensification mieux maîtrisée dans de nombreuses régions. Le rapport souligne également que «l’utilisation des intrants montre des signes encourageants», bien que volatils.

Entre 2013 et 2023, la consommation de fertilisants azotés et phosphatés a baissé, avec une accélération notable entre 2021 et 2023, en partie due à l’envolée des prix mondiaux de l’énergie et des engrais. Toutefois, l’efficience de l’utilisation de l’azote semble plafonner : aujourd’hui, seul 60 % de l’azote appliqué est effectivement converti en production, laissant 40 % se dissiper dans l’environnement, rapportent les experts. Si le bilan phosphoré s’améliore plus nettement, le surplus d’azote par hectare reste préoccupant dans certains pays, dépassant parfois les 200 kg/ha.

Vers une mutation profonde des politiques agricoles 

Le rapport pointe en outre une stagnation inquiétante des émissions de gaz à effet de serre (GES). En valeur absolue, elles n’ont quasiment pas diminué depuis 1990. Si l’intensité d’émission (le CO2 émis par dollar de production) a baissé de 20 %, le rythme de ce progrès s’est ralenti fortement au cours des dernières décennies. En effet, de 1,2 % par an dans les années 1990, l’amélioration de l’intensité n’est plus que de 0,4 % par an depuis les années 2000. L’OCDE avertit : les simples gains d’efficacité ne suffiront plus à compenser la croissance de la production mondiale. Des «changements transformateurs» dans les pratiques et les politiques sont désormais indispensables pour atteindre un découplage absolu, soutiennent les experts de l’OCDE qui s’inquiètent de l’état de la biodiversité, «le point noir» du tableau. L’indice des oiseaux des champs, baromètre de la santé des écosystèmes, continue de chuter dans 22 des 27 pays suivis. Ce déclin persistant souligne les pressions exercées par l’intensification des terres et la perte d’habitats.

Parallèlement, la consommation d’énergie directe dans les fermes a augmenté de 0,48 % par an, et les prélèvements d’eau progressent de 0,32 % annuellement, accentuant les tensions sur les ressources naturelles. Ces chiffres auraient cependant mérités d’être pondérés avec la croissance démographique qui a gagné environ 0,7 % par an pour l’ensemble de la zone depuis les années 1990*. Face à ces défis, l’OCDE recommande d’aligner plus fermement les politiques agricoles sur les objectifs de durabilité. Ce qui passe par un soutien aux investissements dans les technologies de précision, mais aussi par des mesures mieux ciblées pour protéger la biodiversité locale. L’organisation insiste enfin sur l’importance cruciale des données : «le renforcement du suivi via des bases de données harmonisées est présenté comme le levier essentiel pour guider les décideurs vers une productivité durable et résiliente», indique le rapport. 

(*) La population de la zone OCDE est passée d’environ 900 millions d’habitants au début des années 1990 à environ 1,4 milliard aujourd’hui.

Christophe Soulard

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