National | Par Actuagri
L’été est à peine commencé que les incendies de plaine et de forêt battent déjà leur plein. Ceux-ci deviennent plus précoces, plus nombreux et plus violents. De la péninsule Ibérique à la France, en passant par la Grèce et l’Italie, la combinaison d’une sécheresse exceptionnelle, de températures caniculaires et de vents soutenus transforme de vastes territoires en véritables poudrières.

En France, le bilan est déjà préoccupant. Selon le Système européen d’information sur les feux de forêt (EFFIS-Copernicus), près de 12 000 hectares avaient déjà brûlé entre le 21 juin et le 11 juillet. Un niveau plus de quatre fois supérieur à la moyenne observée à cette période depuis le début des relevés en 2006. Au 8 juillet, les autorités ont recensés 286 départs de feu, contre une moyenne de 75 à cette date et un précédent record de 274 en 2019.
Météo-France classait simultanément 59 départements en risque «élevé à très élevé» d’incendie. Les Pyrénées-Orientales ont été parmi les premiers départements frappés, avec plusieurs milliers d’hectares parcourus par les flammes et plus de 10 000 personnes évacuées. Le 12 juillet, un incendie d’une ampleur inédite gagnait la forêt de Fontainebleau, en Seine-et-Marne, détruisant près de 800 hectares et mobilisant plus de 400 sapeurs-pompiers, des Canadair, des Dash et des hélicoptères bombardiers d’eau.
Conventions officielles
En France comme ailleurs sur vieux continent, les agriculteurs sont en première ligne pour épauler les pompiers dans la lutte contre ces feux. Dans de nombreux départements, ils interviennent en appui des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS). Leurs tracteurs équipés de déchaumeurs, de charrues ou de tonnes à eau permettent de créer en quelques minutes des bandes de terre nue qui stoppent ou ralentissent la progression des flammes. Leur parfaite connaissance des chemins ruraux et des parcelles facilite également l’accès des secours.
Cette mobilisation s’est illustrée ces derniers jours en Seine-et-Marne, où plusieurs exploitants sont intervenus autour des massifs forestiers et des grandes cultures menacés par les flammes. Dans l’Oise, en Mayenne et en Maine-et-Loire, les réseaux d’agriculteurs volontaires, organisés avec les préfectures, les SDIS et les chambres d’agriculture, ont participé à la protection des exploitations, des habitations et des infrastructures.
Dans plusieurs départements, ces coopérations font désormais l’objet de conventions officielles et d’exercices communs afin de sécuriser les interventions. Ainsi en avril 2024, la préfecture de la Mayenne, le SDIS et cinq organisations agricoles* ont signé une convention sur la prévention des feux de récolte, coordination des agriculteurs et mise à disposition de matériels agricoles lors des incendies. Les départements de l’Ain, de l’Orne, du Morbihan, de l’Aveyron et bien d’autres ont conclu des démarches similaires..
Stocker l’eau
Avec 17,6 millions d’hectares de forêts, la France figure, de fait, parmi les pays les plus boisés d’Europe. Dans un contexte de réchauffement climatique, les spécialistes estiment que la prévention, l’entretien des massifs, la surveillance et la coopération entre pompiers, collectivités et agriculteurs constitueront désormais l’un des principaux leviers pour limiter l’ampleur des catastrophes estivales. Les chiffres de l’été 2026 montrent d’ores et déjà que cette adaptation est devenue une nécessité autant qu’une urgence.
Dans un communiqué du 11 juillet, le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, a estimé que la prévention passe également par le stockage de l’eau, un point essentiel de la future loi d’urgence agricole.«Moins de terres agricoles cultivées et moins d’agriculteurs, c’est augmenter le risque de voir des incendies devenir hors de contrôle. Alors que des milliers d’hectares partent actuellement en fumée, chacun devrait s’interroger sur l’utilité des infrastructures de stockage de l’eau pour des usages partagés face aux sécheresses, aux canicules et aux incendies. Sécurité des territoires et souveraineté alimentaire sont deux combats indissociables», a-t-il déclaré.
Christophe Soulard
*FNSEA, JA, FDCUMA, Chambre d’agriculture, Entrepreneurs du territoire


