Aveyron | Par Eva DZ

A l’Issalinie, les saveurs aveyronnaises de Lucie Durand

Lucie Durand est une nouvelle venue au sein du réseau Bienvenue à la Ferme. Cette agricultrice installée à Balsac-Druelle, s’est lancée dans la production de moutarde, sous la marque Issalini. Et dernièrement de flocons d’avoine qu’elle va bientôt proposer pour le petit-déjeuner des hôtes de son gîte ! Labellisés «Fabriqué en Aveyron», ses produits seront présents à la 8ème édition du salon à Bozouls ce week-end.

Soucieuse de conserver le patrimoine familial, Lucie Durand est revenue aux sources, à l’Issalinie, sur la commune de Druelle-Balsac. Là, les terres de la combe d’Auribal lui permettent de cultiver des graines de moutarde et de l’avoine qu’elle transforme en moutardes et flocons, ainsi que de l’épeautre. N’ayant pu s’installer après son brevet de technicienne agricole et son BTS ACSE, Lucie a poursuivi des études supérieures en économie avant d’enseigner l’économie-gestion au lycée La Roque. Entrepreneuse dans l’âme, elle a passé un diplôme à l’Institut Français de Gestion via la CCI Aveyron et a monté, en 2009, son entreprise d’isolation par l’extérieur des bâtiments, ISOLE, qu’elle a revendu à son conducteur de travaux en 2023 alors que le fermier exploitant les terres familiales prenait sa retraite. «C’était le bon moment pour revenir !», glisse Lucie.

Lucie Durand devant la Combe d’Auribal, présente sa gamme de moutardes et flocons d’avoine.

Le choix du végétal

Son projet davantage tourné vers le végétal correspondait bien également aux nouvelles tendances de consommation. «C’est évident que je ne pouvais pas cultiver simplement des céréales dans des sols calcaires, peu profonds, très empierrés et plein d’adventices et j’avais aussi l’envie d’aller au bout de mes produits en les transformant», révèle Lucie. Alors elle a choisi des plantes qui s’accommodent bien à la composition de ses sols et à son parcellaire en particulier la moutarde, l’avoine pour les rotations et l’épeautre, une plante peu exigeante et très faible en gluten… donc là aussi en adéquation avec la tendance de consommation.

Elle alterne avec des légumineuses : luzerne, sainfoin qu’elle prévoit de vendre en fourrages pour compléter son activité. «Cette alternance est de plus, profitable pour mes sols». Des sols que Lucie travaille en superficie : «Mon credo est de limiter le travail du sol», précise l’agricultrice, qui fait appel aux CUMA locales (Valady, Balsac et Bruéjouls) et a simplement un tracteur en propriété pour le semis.

Dès le départ, elle fait le choix de l’Agriculture Biologique. «Ce n’est pas facile de maîtriser le salissement des parcelles surtout les années très pluvieuses mais cette saison, sans pluie, a été plus simple à gérer à ce niveau-là !». Pour les semences, elle joue la carte de la proximité : des fournisseurs locaux et de l’auto-production également.

Après plusieurs essais, l’agricultrice est plutôt satisfaite de ses choix. Elle a réalisé sa deuxième récolte cette année avec de bons résultats en moutarde et avoine mais un peu moindres en épeautre en raison du manque de pluie au printemps. Lucie a également repensé le travail sur ses parcelles, en ré-implantant progressivement des haies en février 2025 et 2026, sur ses îlots de 4ha sur la trentaine qu’elle exploite. «J’ai fait appel à l’association Arbres, Haies, Paysages d’Aveyron dont je suis administratrice et j’adhère aussi à une association montée localement avec quelques bénévoles planteurs «Gardien del’Bosc» qui viennent en appui de chantiers de plantation chez des agriculteurs». Elle a accueilli jusqu’à une quarantaine de planteurs… qui ont donné leur nom à chacun des arbres plantés !

«Les arbres constituent une vraie pompe à eau et créent un micro-climat autour d’eux, profitables pour les plantes qu’ils protègent», avance Lucie qui a bénéficié de conseils d’un formateur spécialisé, Franck Chevallier pour redessiner ses parcelles. «J’ai choisi d’encadrer mes grands champs carrés de haies pour favoriser l’écoulement de l’eau, préserver des espaces d’ombre et la biodiversité autour de mes cultures. C’est un travail de plusieurs années, que je réalise progressivement», détaille Lucie.

Au bout du produit

Soucieuse d’aller au bout de ses produits, Lucie s’est lancée dans la transformation : «Il m’a fallu un temps d’investigation et de recherche un peu long, beaucoup, beaucoup d’essais et de tests de goût auprès de mes proches !», sourit l’agricultrice qui a bénéficié d’une formation au CFFPA de Florac. «J’ai réussi à trouver des équipements à des prix raisonnables en particulier un trieur de céréales qui permet de nettoyer les graines de moutarde et d’enlever les plus petites, ainsi qu’un moulin. Et une machine à décortiquer pour l’avoine».

Il y a tout juste un an, elle a commencé à transformer à l’atelier technologique de l’Agricampus La Roque avant d’installer son propre laboratoire. Comme pour toute transformation de produits issus du végétal, une formation obligatoire sur l’hygiène et la sécurité alimentaire et la tenue d’un registre avec le process de fabrication et de traçabilité lui suffisent à valider sa production. Un tri fin des graines, une macération dans le vinaigre (précieux conservateur), quelques épices et l’action mécanique… et beaucoup de passion voilà la recette des moutardes Issalini.

La gamme est variée autour d’une moutarde fine traditionnelle, d’une autre dédiée pour les sauces et mayonnaises ou encore parfumée à l’ail, à l’ancienne (vinaigre de cidre et de vin rouge) ainsi qu’un caviar de moutarde à déguster sur des toasts ou dans des salades ou burger en condiment ! Six références, six façons différentes de se régaler avec une moutarde goûteuse et sans ajout d’eau ! «Pour les recettes, je ne m’interdis rien !», sourit-elle, prévoyant des nouveautés pour les fêtes et quelques idées pour l’épeautre. Lucie dessert des restaurants, des épiceries fines, des magasins de producteurs en Aveyron, elle dispose aussi d’un point de vente à la ferme et d’une boutique en ligne sur son site internet. Et sa fille a démarré une activité de vente sur les marchés hebdomadaires de Rodez et Espalion.

L’agricultrice fait aussi profiter de ses produits et de la découverte de son métier, à ses hôtes du gîte qu’elle a aménagé, en juin 2025, pour deux personnes, dans la maison familiale. «Je crois beaucoup dans l’échange et l’accueil du public sur nos fermes, d’ailleurs moi-même quand je pars en vacances, je choisis des destinations Bienvenue à la ferme !», rigole-t-elle. «C’est un réseau qui gagne à être connu, qui donne envie de partager et qui contribue à valoriser nos fermes et notre patrimoine», ajoute-t-elle. D’ailleurs, ses flocons d’avoine qu’elle transforme elle-même et commercialise en sachet, sont à la table du petit-déjeuner de ses hôtes, comme un trait d’union au site qu’ils ont choisi.

Eva DZ

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