Monde | Par Actuagri
Dans le cadre de l’Année internationale des agricultrices, l’Institut de l’élevage (Idele) a organisé un webinaire sur le thème « Femmes en agriculture – regards croisés à l’international ». Malgré quelques avancées sociales, les agricultrices restent encore dans l’ombre de leurs homologues masculins.
Les agricultrices commencent à s’affirmer comme des actrices incontournables du paysage agricole mondial. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les femmes représentent environ 40 à 42 % de la main-d’œuvre des systèmes agroalimentaires mondiaux, soit environ 1,3 à 1,4 milliard de personnes. A l’aune des exemples présentés par l’Idele, les agricultrices se positionnent comme une main-d’œuvre résiliente, de plus en plus diplômée, mais confrontée à des obstacles structurels persistants, tant en termes de revenus que de reconnaissance statutaire.

Voix au chapitre
Florence Becot, chercheuse en sociologie à la Pennsylvania State University, a dépouillé le recensement agricole américain de 2022. Ce dernier révèle que les États-Unis comptent 1,2 million de productrices, ce qui représente 36 % du total des exploitants du pays. Plus de la moitié des fermes américaines (56 %) comptent au moins une femme parmi ce que les Américains appellent les décideurs, c’est-à-dire celles qui ont voix au chapitre : coexploitantes, cheffes d’exploitation. Cependant, cette présence ne signifie pas encore l’égalité économique. Les exploitations dirigées par des femmes sont, en moyenne, deux fois plus petites que celles dirigées par des hommes et génèrent 40 % de revenus en moins. Les agricultrices américaines se distinguent par leur profil démographique et leurs choix de production. Elles sont légèrement plus jeunes que leurs confrères (57,8 ans contre 58,3 ans), mais affichent souvent moins d’expérience, avec 33 % de débutantes. Géographiquement, leur présence est particulièrement marquée dans le Nord-Est et l’Ouest du pays. Elles privilégient les secteurs de l’aviculture, des petits élevages, de l’apiculture et du maraîchage, s’orientant fréquemment vers la vente directe et les circuits courts, contrairement aux grandes cultures extensives, qui restent majoritairement masculines.
Solitude
En Wallonie, les femmes constituent une part stable de 30 % de la main-d’œuvre agricole régulière, ont indiqué Amélie Turlot et Catherine Richard, toutes deux fonctionnaires au ministère belge de l’Agriculture. Si le rôle de « conjointe » demeure le plus fréquent, il recule progressivement au profit d’une prise de responsabilité directe : 16 % des chefs d’exploitation sont désormais des femmes. La réalité du travail y est intense, puisque 52 % de ces femmes travaillent à temps plein sur la ferme. On observe une corrélation entre le mode de gestion et l’orientation de la production : les femmes gérant seules leur exploitation s’orientent davantage vers les grandes cultures, tandis que les structures gérées en couple privilégient souvent l’élevage laitier. Pourtant, une disparité subsiste dans le soutien public : les aides semblent bénéficier davantage aux grandes exploitations (souvent masculines) que les petites structures individuelles, plus fréquentes chez les femmes, ont indiqué les deux économistes. « Les femmes sont peu salariées », ont-elles ajouté.
Pluriactivité
De son côté, la Confédération helvétique présente une dynamique similaire avec 37 % de femmes actives dans le secteur, soit plus de 54 000 personnes en 2024, a observé Anne Challandes, présidente suisse de l’Union des paysannes et des femmes rurales. La grande majorité fait partie de la main-d’œuvre familiale. Un point crucial de l’évolution suisse concerne l’amélioration de la rémunération et de la prévoyance. Désormais, 55 % des femmes de la famille sont rémunérées directement par l’exploitation, leur garantissant un accès essentiel à l’assurance-vieillesse (AVS), à la prévoyance professionnelle (2e pilier) et à l’assurance maternité. Malgré ces avancées, la pluriactivité reste la norme pour beaucoup : 53 % des agricultrices suisses travaillent également à l’extérieur de la ferme pour assurer l’équilibre financier du foyer. En somme, si la place des femmes en agriculture tend à se normaliser, le chemin vers l’équité reste jalonné de défis. La reconnaissance de leur statut, l’accès égalitaire aux revenus et une protection sociale renforcée restent autant de leviers que d’objectifs indispensables à atteindre.
Christophe Soulard


