Aveyron | Par Eva DZ

Quelle place pour les outils connectés en agriculture ?

L’Institut de l’élevage a publié une enquête sur l’adoption du numérique dans les élevages de ruminants en France. Le niveau d’équipement est hétérogène selon les filières : une majorité d’éleveurs met en avant le gain de temps et l’amélioration du confort de travail quand d’autres regrettent le coût et la complexité d’utilisation. Quelles sont les tendances ?

L’utilisation des technologies numériques est croissante dans les élevages de ruminants : suivi de troupeau automatisé et à distance, autoguidage des tracteurs, relevé automatique des travaux, vente en ligne… L’Institut de l’élevage a voulu en savoir plus sur les tendances d’adoption des nouveaux outils, sur les perspectives d’équipement des éleveurs, sur les avantages et défis qu’ils en retirent. Une équipe a mené l’enquête, en ligne, pendant l’année 2023. Plus de 2 000 éleveurs de toutes filières (bovin lait et viande, ovin lait et viande et caprin) ont renseigné sur leur niveau d’équipement dans leur ferme, les bénéfices et limites liés à l’utilisation des technologies et les principaux obstacles rencontrés.

©Idele

Les élevages laitiers, premiers équipés

Parmi les plus de 2 000 répondants, les éleveurs laitiers (bovin et ovin) sont les plus équipés : plus de 90% disposent d’au moins un équipement numérique dans leur élevage. Par rapport à une précédente enquête réalisée en 2015, le niveau d’équipement des éleveurs de vaches laitières a été multiplié par 2 voire 2,5 ! En 2023, les éleveurs bovins lait affichent en moyenne 6,6 outils par ferme et les éleveurs ovins lait 4 outils par ferme. Le niveau est un peu moins important en caprin (85%) mais reste tout de même élevé (3,1 outils par ferme). Les ateliers allaitants ferment la marche : 84 % des éleveurs bovins viande interrogés ont au moins un équipement (en moyenne 2,3 outils par ferme) et 82% des éleveurs ovins viande (en moyenne 2,6 outils par ferme).

Quel type d’équipement plébiscitent les éleveurs ?

Incontestablement, les systèmes automatisés (gestion et distribution de l’alimentation) arrivent en tête dans toutes les productions, excepté en bovins viande où c’est plutôt le monitoring des bâtiments (caméras) qui est privilégié. Ces dispositifs de surveillance des bâtiments sont également très présents en bovin lait et ovin lait. Les capteurs embarqués (boucle, puce, collier) sont utilisés par plus de la moitié des éleveurs de vaches laitières interrogés, par un quart des éleveurs de vaches allaitantes et beaucoup moins (- de 10%) dans les autres productions. La robotique essentiellement représentée par les robots de traite et rototraite, est élevée chez les éleveurs laitiers (47% en vaches laitières, 34% en caprin et 17% en brebis laitières).


En lait de vache, les éleveurs témoignent d’un impact de leur niveau d’équipement sur leur système : les troupeaux de plus de 100 vaches disposent de 3,3 fois plus d’outils connectés que les troupeaux de moins de 55 vaches. Les élevages au-dessus de 9 600 kg de lait par vache et par an ont 3,2 fois plus d’outils connectés que les élevages de moins de 7 000 kg de lait par vache et par an. Et les élevages «indoor» ont 1,8 fois plus d’outils connectés que les herbagers.

Des perspectives sur la gestion du pâturage

Enfin autour d’un quart des élevages interrogés dans chacune des productions sollicitent des outils numériques pour la gestion du pâturage et des fourrages. Mais c’est sur ce type d’équipement que les éleveurs envisagent d’investir dans les prochaines années : stations météo, drone, clôtures connectées, herbomètre électronique.
Cette enquête a mis en évidence les obstacles à l’équipement : près de 30% des éleveurs interrogés ont évoqué le coût des technologies, 20% la complexité d’utilisation, et autant disent ne pas en avoir besoin. 18% estiment ne pas avoir assez de temps à consacrer à l’analyse de données.

Le numérique au service de l’attractivité du métier

Parmi les bénéfices cités par les éleveurs interrogés utilisant les technologies numériques : le gain de temps arrive en tête (77%), suivi de près par le gain en confort de travail (71%) et l’attractivité du métier (66%). «La robotique apporte une souplesse d’horaire et réduit les efforts physiques… mais il faut accepter d’être possiblement appelé à n’importe quelle heure», témoigne un répondant. Ils n’hésitent pas à citer quelques limites à l’utilisation de ces outils et notamment le manque de communication entre technologies qui permettrait «d’éviter de faire les choses plusieurs fois», le manque de connectivité (réseau téléphonique et wifi encore faibles en zones rurales) et un rapport coût/bénéfices insatisfaisant pour 62% d’entre eux.


Dans une certaine mesure, les éleveurs se disent prêts à partager les données de leur élevage avec leurs vétérinaires pour améliorer la détection des problèmes de santé (80%), avec leur conseillers pour améliorer les analyses et recommandations (74%) et avec d’autres éleveurs pour se comparer (70%). En revanche ils sont frileux de les partager avec les autorités gouvernementales ou les entités économiques privées par peur du vol et du contrôle.

Eva DZ

Cette enquête publiée en décembre 2024 s’inscrit dans le programme Sm@rt Elevage de l’Idèle qui vise à comprendre et accompagner l’essor des technologies numériques en élevage. L’Institut a édité un guide pratique pour leur utilisation, basé sur des dizaines de projets de Recherche & Développement et l’expertise de nombreux spécialistes.

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