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Boycott à Bercy : la grande distribution fuit ses responsabilités

Convoqués le 2 novembre à Bercy pour lancer la préparation des négociations commerciales, les grands distributeurs ont boycotté la réunion. Prétextant les marges des multinationales, les enseignes tentent de s’exonérer de leurs devoirs face à la détresse du monde agricole.

Une première réunion devait se tenir le 28 octobre. Elle a été repoussée au 2 novembre. Convoquée sous l’égide des ministres Serge Papin (Commerce) et Annie Genevard (Agriculture), cette rencontre devait poser les bases d’un pacte de responsabilité. Mais la Fédération du commerce et de la distribution (FCD, représentant E. Leclerc, Carrefour ou Intermarché) et Lidl ont choisi la politique de la chaise vide. Pour justifier cette désertion à un mois des négociations annuelles — qui fixent 44 % des ventes en valeur —, les grandes surfaces brandissent une étude du cabinet Asterès.

Ce rapport met en avant 33 multinationales cotées (Coca-Cola, Nestlé, PepsiCo) affichant 13 % de marge nette entre 2017 et 2025 (contre 3,5 % pour l’agroalimentaire français) et reversant 101 % de leurs bénéfices aux actionnaires. En ciblant ces géants mondiaux, les grandes enseignes cherchent à se défausser et à paraître les plus vertueuses possibles. Se posant en uniques boucliers du pouvoir d’achat face à l’inflation importée, elles mettent en avant la compression de leurs marges nettes (0,9 % en 2022 et 0,6 % en 2023). Mais cette mise en scène vise à masquer le refus de répercuter la réalité des surcoûts subis par les agriculteurs français et l’ensemble de la chaîne de valeur avec les transformateurs privés et coopératifs notamment.

Capture X

Paravent multinational 

Le cadre juridique actuel est pourtant clair : la loi Egalim fixe la construction des prix « en marchant avant », fondée sur la prise en compte obligatoire des coûts de production des agriculteurs. Or, les exploitations et les transformateurs sont confrontés à des hausses de charges majeures. Les conflits internationaux au Moyen-Orient (notamment en Iran) et en Ukraine, conjugués aux aléas climatiques extrêmes et à un été caniculaire, ont fortement impacté les trésoreries des filières agricoles.

Au-delà de la matière première agricole (MPA), les matières premières industrielles (MPI) connaissent aussi une hausse généralisée : le plastique a grimpé de 15 à 20 %, le carton de 10 %, sans compter le métal et l’énergie. Les grilles tarifaires de la grande distribution devraient prendre en compte ces facteurs. Mais cette dernière ne cesse de faire la sourde oreille, se retranchant derrière les consommateurs. Or, les grandes enseignes ne sont pas les seules garantes du pouvoir d’achat des Français et ne peuvent continuer à utiliser les agriculteurs comme variable d’ajustement. 

Une réaction quasi-unanime 

Présents à Bercy, la FNSEA et les industriels ont dénoncé ce boycott. Dans une déclaration commune du 2 novembre 2026, la FNSEA, l’ANIA*, La Coopération agricole et l’Ilec** ont souligné l’urgence de la situation : « La hausse des coûts de production doit être prise en compte dans les négociations commerciales. À défaut, c’est la chaîne alimentaire et notre capacité à produire en France qui en paieront le prix », ont indiqué les signataires dans un communiqué.

Ils réclament l’application stricte des lois Egalim par le gouvernement. L’ANIA a qualifié l’absence de la FCD de posture visant à éviter de rendre des comptes, tandis que La Coopération Agricole (70 % de la collecte) dénonce une manœuvre pour gagner du temps alors que les coopératives accusent des trous inédits dans leurs comptes. Enfin, Pact’Alim (3 000 PME-ETI de la transformation) exige la fin de ces « déséquilibres historiques ». 

(*) Association nationale des industries alimentaires

(**) Institut de liaison et d’études des industries de consommation. 

Christophe Soulard

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