Aveyron | Par Jérémy Duprat

Axel Prunier, agriculteur à Mélagues «J’ai un héritage entre mes mains»

Transmettre son exploitation agricole, c’est comme léguer son enfant. Alors quand la ferme part entre les mains d’une personne extérieure à la famille, cela demande des efforts et des compromis importants. Axel Prunier et sa femme, Krystelle, ont vécu une reprise de ferme idyllique au GAEC de Fanjaud, à Mélagues.

Le GAEC de Fanjaud a été transmis à Axel Prunier et sa femme, Krystelle, en 2021. Les deux Varois ont décidé de quitter la pisciculture de truites qu’ils possédaient pour partir s’isoler dans l’extrême sud du département aveyronnais, à Mélagues. «Nous avons travaillé quelques années en tant que salariés agricoles. Et j’ai notamment été sur mon futur GAEC. Je m’entendais bien avec le propriétaire et sa femme. Et comme les enfants ne souhaitaient pas reprendre leur ferme, nous y avons tous vu une opportunité à saisir. Alors nous nous sommes embarqués dans un CEFI. C’est une initiative géniale d’ailleurs, ce CEFI», se réjouit Axel Prunier.
Transmettre sa ferme, dans laquelle un éleveur a passé sa vie et où l’ancien propriétaire est né, c’est un chamboulement émotionnel. Mais heureusement, les deux hommes se sont bien trouvés. «Pour lui c’est une continuité.  Nous avons d’excellentes relations. Et bien que nous soyons hors-cadre, ils nous disent souvent qu’ils nous considèrent comme des enfants. Que ce soit eux ou nous, tout le monde est ravi. Lui vient m’aider encore de temps en temps, je lui demande conseil quand j’ai un doute, même si j’ai un sacré caractère et que c’est moi désormais qui prend les décisions», plaisante Axel Prunier.

De la bonne volonté

L’homme de 38 ans observe les compromis et les efforts effectués par l’agriculteur retraité pour transmettre une ferme. «Aujourd’hui, le renouvellement des générations et la transmission, c’est un sujet central. C’est triste mais il faut souvent se résigner à vendre à un prix inférieur à la valeur réelle de la ferme. Sinon il n’y a pas de repreneurs. Pour l’ancien propriétaire, c’était vite vu : il préfère des bâtiments pleins, une ferme vivante, plutôt que de vendre ses terres à la découpe pour agrandir des voisins ou de se retrouver dans 10 ans avec sa ferme sur les bras. J’ai vraiment entre les mains un héritage qui représente beaucoup pour eux. Entre nous, il y a eu de la bonne volonté des deux côtés. Aujourd’hui, nous employons sa femme jusqu’à sa retraite, nous avons retapé une ancienne maison sur la ferme, et eux occupent celle qui existait déjà», raconte Axel Prunier.

Après deux saisons de traite, le couple est aux anges. «Nous sommes vraiment fiers de notre métier. Tous les jours. Que ce soit de travailler pour une filière comme Roquefort, ancrée dans l’histoire et le terroir français, ou que ce soit de s’occuper des animaux, de faire évoluer le troupeau, d’améliorer nos pratiques… Oui, nous sommes fiers. C’est un vrai choix de vie. Pas seulement un métier. Nous vivons et respirons agriculture et élevage, nous vivons sur place, nous partons rarement en vacances. Mais j’aime ça. Je me lève le matin avec le sourire», assure Axel Prunier.

«On fait vivre du monde»

Si sa bonne humeur est tenace, le néo-Aveyronnais, qui a grandi en Lozère, s’inquiète légèrement du climat anti-élevage. Pour lui qui vit le nez dedans, il ne comprend pas la vision caricaturale de l’agriculture. «J’ai l’impression que les gens ne se rendent pas compte qu’ils ont besoin des agriculteurs pour manger et entretenir le paysage. Nos animaux mangent de l’herbe dans les prairies. Vous les enlevez, le territoire sera une friche et une forêt. Notre filière fait vivre du monde, crée des emplois. Les politiques et une frange de Français se cachent derrière la pollution et l’écologie pour expliquer que nous polluons. Mais tout pollue ! Tout a un impact, à l’échelle d’un individu, d’un foyer, d’une ville… Nous sommes dans une belle image d’Épinal dans laquelle il n’y a pas de rejets grâce à des normes strictes, alors que les gens achètent des produits qui viennent de loin et qui polluent encore plus. Ils oublient aussi que l’agriculture française compense en partie ses émissions».

Jérémy Duprat

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