National | Par Actuagri

La filière viande bio compte sur la grande distribution

L’interprofession bétail et viandes (Interbev) a présenté son Observatoire des viandes bio pour l’année 2025. La filière entend relancer la consommation, notamment par le dialogue avec la grande distribution et le retour des références en rayon. La contractualisation reste un outil pour retrouver d’ici 2030, les volumes de production d’avant-crise.

©iStock-Olivier DJIANN

Baisse continue des abattages depuis 2021


Pour la quatrième année consécutive, la viande bio (bovins, veaux et ovins) a enregistré une baisse des abattages en 2025, constate l’Observatoire des viandes bio présenté par Interbev à la mi-octobre. Les abattages globaux de viandes bio ont reculé de 6 % sur un an, s’établissant à 27 541 tonnes équivalent carcasse (téc), contre 29 294 téc en 2024. Ce repli s’explique par la réaffectation d’animaux finis et maigres vers le marché conventionnel, stimulée par la hausse des cours traditionnels, mais aussi par le déréférencement en grandes et moyennes surfaces (GMS).

Dans le détail, les abattages de veaux ont dévissé de 27 % à 1 867 téc et ceux des gros bovins de 4,5 %. Seule exception, l’agneau progresse de 4,3 % à 1 636 téc malgré le déclin des cheptels. En viande bovine, le chiffre d’affaires a néanmoins augmenté de 4,8 % sous l’effet combiné de l’inflation et d’une hausse moyenne des prix de 6,5 %. Canal majeur de distribution, la grande surface absorbe 44 % des volumes de viande bio, contre environ 56 % avant la crise.

En 2025, ses ventes ont encore fléchi de 2 %. La boucherie artisanale (-12 %) et la vente directe (-8 %) subissent des replis importants, tandis que les magasins spécialisés bio restent quasi stables (-0,4 %). Seul créneau dynamique, la restauration hors domicile (RHD) gagne 1,6 % et atteint 19 % des débouchés, « à la faveur des lois Egalim », a souligné Philippe Sellier, président de la commission bio d’Interbev lors de la conférence de presse.

« Marges de manœuvre »

Pour l’interprofession, la clé de la reprise réside en partie dans la présence physique des produits en magasin. « Si le produit n’y est pas, on ne risque pas de l’acheter », a prévenu Philippe Sellier. Ce dernier affirme toutefois que l’appétit des ménages demeure : « Le consommateur revient pour consommer des produits bio et des viandes ». Un constat étayé par le rebond d’ensemble du marché biologique : +3,6 % en valeur et +2 % en volume en 2025. Pour retrouver d’ici 2030 ses volumes de 2019, Interbev veut sécuriser l’offre face à l’érosion du nombre d’élevages.

« La généralisation de contrats pluriannuels doit offrir aux éleveurs les garanties nécessaires pour maintenir leur production », a plaidé Philippe Sellier. Des démarches concrètes sont d’ores et déjà engagées auprès des enseignes. « Il y a de la contractualisation avec certaines enseignes, et des références qui sont sorties des linéaires doivent revenir progressivement », a expliqué Cécile Devèze, chargée de l’animation de la commission bio d’Interbev.

L’interprofession travaille désormais à animer les points de vente pour convaincre les distributeurs de redonner sa place à la viande bio. Encore faudra-t-il que les volumes de production soient au rendez-vous, surtout après la sécheresse estivale. « Il nous reste encore quelques marges de manœuvre sur les fourrages et les dérogations que nous avons obtenues pour incorporer jusqu’à 10 % de fourrage conventionnel dans la ration devraient nous permettre de tenir », a indiqué Philippe Sellier. « Nous ferons tout pour éviter les sorties d’animaux au début de l’année 2027 », a-t-il conclu.

Christophe Soulard

Toutes les actualités

Sur le même sujet

Les indicateurs de la filière lait biologique virent progressivement au vert. Mais question prix, les éleveurs français restent bien moins lotis que leurs voisins européens. La filière française « lait biologique de vache » semble avoir touché le fond. « Entre 2022 et 2025, 13 % de lait en moins avait même été transformé », souligne l’Institut de l’élevage (Idele). Mais depuis le début de l’année, la quantité de lait collectée est chaque mois, supérieure à celle de l’an passé à pareille époque. En février dernier, 84,7 millions de litres de lait avaient été livrés après avoir progressé de 2,6 % sur un an. La production d’herbe insuffisante et surtout, les retards de vêlages engendrés l’été passé par la fièvre…