Monde | Par Agra
Avant la publication du Cyclope 2026 qui fêtera son quarantième anniversaire le 2 juin prochain, son fondateur Philippe Chalmin a récemment présenté, lors d’une conférence de presse à Paris, ce que pourraient être les tendances mondiales pour les principales commodités agricoles. L’année qui s’ouvre sera-t-elle atone ?
Philippe Chalmin concède ne pas avoir de boule de cristal mais à quelques exceptions près (cacao, croissance américaine…) les prévisions que sa société d’études, spécialisée dans l’analyse des marchés mondiaux de matières premières et de commodités, a réalisées se sont peu ou prou révélées justes pour l’année 2025. Il est vrai que la géopolitique est un facteur déterminant dans l’évolution des prix et des cours mondiaux. Le mouvement global est « à la militarisation de la matière première », explique Yves Jégourel directeur de Cyclope qui cite les terres rares, le pétrole, les minerais (cuivre, étain, or) etc. ainsi que les produits agricoles.
Au cours de l’année écoulée, la pression s’est accentuée sur les prix de la viande bovine (+31 % en Europe, +14 % au Brésil) sur l’huile de soja (+ 10 %), le beurre européen et océanique (Australie, Nouvelle-Zélande / + 5 %) ou encore sur le maïs (+4 % à Chicago). En revanche, l’abondance de blé a entraîné ses cours à la baisse (-7 % à Chicago et -12 % en Europe) et celle de sucre (autour de 185 millions de tonnes) a fait décrocher son prix : -17 %.
Les viandes porcine européennes (- 9 %) et chinoises (-12 %) ainsi que le beurre américain (-21 %) et le riz (-30 %) ont souffert du différentiel entre une offre surabondante et une demande atone. En dehors de possibles soubresauts géopolitiques et climatiques difficiles à prévoir, le cercle Cyclope entrevoit cette année encore le maintien global de l’économie agricole mondiale « dans un certain marasme », a souligné Philippe Chalmin.

Impact Mercosur
Les récoltes mondiales de céréales devraient cette année encore être abondantes : de l’ordre de trois milliards de tonnes (MdT) riz compris. « Elles n’étaient que d’1,5 MdT il y a 40 ans », a-t-il rappelé. Les prévisions sont bonnes pour le maïs au Brésil et le blé en Argentine et en Australie. Cyclope table pour 2026 sur une hausse de +3 % pour le maïs car « le bilan mondiale serait légèrement déficitaire ». A cela s’ajoute des « cours qui devraient rebondir avec la demande chinoise et moins de disponibilités ukrainiennes », a souligné Philippe Chalmin. Quant au blé, il devrait encore fléchir de -5 % à Chicago malgré le retour des achats chinois. « Ensuite tout dépendra de la récolte 2026 et quand même de la situation en Mer Noire », a-t-il ajouté.
Pour la viande bovine, les prix devraient rester « élevés tant en Europe qu’en Amérique du Nord » et l’impact de l’accord UE-Mercosur ne « se fera sentir que vers 2027 au mieux ou au pire », a ironisé le fondateur de Cyclope. Les cours de la viande porcine devraient poursuivre leur repli en Europe car la Chine a verrouillé ses marchés, notamment sous l’effet des droits de douane.
Cette guerre commerciale est suivie de près par Philippe Chalmin et Yves Jégourel, notamment côté américain. En effet, la Cour suprême américaine examine depuis novembre 2025 le dossier des taxes douanières imposées par le président Donald Trump. Le 5 février, elle n’avait pas tranché pour savoir si le président avait outrepassé ses droits et son autorité en imposant ces droits de douane. En cas d’invalidation, les Etats-Unis pourraient rétrocéder aux pays taxés, la somme globale de 250 milliards de dollars. Une décision qui pourrait tendre encore plus les tensions géopolitiques … et commerciales.
Christophe Soulard


