Aveyron | Par Marion GHIBAUDO
En AOP Côtes-de-Millau, la saison 2026 a été marquée par des vendanges précoces, en quantité limitée mais à la qualité marquée.
Fin août, les vendangeurs s’activent déjà dans le vignoble du Domaine du vieux noyer. Sous un soleil de plomb, ils récoltent à la main les grappes de syrah et de gamay, notamment, qui serviront aux rouges et rosés de l’appellation, tandis que les cépages de chenin, de mauzac et de viognier serviront au blanc.
«Nous avons plus de trois semaines d’avance par rapport aux années précédentes. Là où on commence normalement mi-septembre, cette année, on a démarré au 19 août. Les raisins sont, dans l’ensemble, très sucrés et de très bonne qualité, mais le rendement devrait être plus faible», détaille Éric Portalier.

Une année « très particulière »
Le domaine couvre 32 hectares conduits intégralement en bio depuis 2011. Associé à Ludovic Bouviala, les deux vignerons sont engagés dans le renouveau de l’AOP Côtes de Millau depuis de longues années.
2026 restera cependant comme une année très particulière pour le Domaine du vieux noyer : selon Éric Portalier, là où les années précédentes, le rendement frôlait les 50 hectolitres/hectare, cette année, les vendangeurs atteindront péniblement les 30 hectolitres/hectare, sur les meilleures parcelles.
Fin août, malgré la chaleur accablante de l’été, les vignes présentaient encore des feuillages de belle couleur verte. Un hiver pluvieux avait permis aux ceps d’accumuler des réserves d’eau qui ont en partie contribué à préserver la vigne durant l’été. «Nous verrons les conséquences de la sécheresse l’an prochain», soupire Éric Portalier.
Au-delà de cette incertitude sur les effets à long terme de la sécheresse, la gestion de la ressource en eau constitue déjà un enjeu pour les vignerons.
Née en 2011, l’AOP Côtes-de-Millau interdit en effet l’irrigation des vignes. Au Domaine du Vieux Noyer, dont les trois quarts des surfaces relèvent de cette appellation, contre un quart en IGP Aveyron, cette contrainte réglementaire soulève des interrogations pour l’avenir. Éric Portalier reste toutefois optimiste : «D’avoir récolté plus tôt, et s’il pleut entre septembre et octobre, cela peut aider les pieds de vigne à se reconstituer».
Pour anticiper ces évolutions climatiques, les deux associés travaillent notamment au renouvellement de leurs vignes et au choix de nouveaux porte-greffes, dont les racines peuvent plonger plus profondément dans le sol.
Une AOP en recherche de pérennité
«L’AOP Côtes-de-Millau est de petite taille, cherche à renforcer sa reconnaissance et à s’adapter au nouvelles conditions climatiques», détaille Ludovic Bouviala, président de l’AOP. Une AOP qui trouve peu à peu sa place sur la table des amateurs de vins, et s’exporte à l’international. Pour continuer de produire, selon le président de l’AOP, «le cahier des charges va peut-être évoluer, notamment sur l’irrigation». Mais adapter le vignoble de l’appellation ne sera pas chose facile, au vu des parcelles en pente, exposées plein sud et en terrasse, de l’appellation.
Si, selon Ludovic Bouviala, «le terrain est difficile à travailler et les coûts de production élevés rendent difficile la rentabilité», l’AOP Côtes-de-Millau a de nombreuses cartes à jouer, et une renommée qui commence à solidement s’établir au-delà du département. «Il y a de la place pour de jeunes viticulteurs qui voudraient se lancer», conclut le président de l’AOP, optimiste quant à l’avenir de ce vignoble en devenir perpétuel.
Marion Ghibaudo


