Aveyron | Par Eva DZ

MSA : Un livre blanc pour lever les freins à l’exercice des métiers agricoles par les femmes

En 2024, sollicités par Edouard Bergeon, réalisateur du documentaire «Femmes de la terre», les administrateurs du conseil central de la MSA ont lancé une réflexion sur le quotidien des femmes, salariées et non salariées agricoles. De cette réflexion est sorti un livre blanc rassemblant 15 propositions pour lever les freins à l’exercice des métiers agricoles par les femmes.

Sabine Delbosc Naudan, présidente de la MSA Midi-Pyrénées Nord et membre de ce conseil central, a participé à l’élaboration de ce livre blanc. «Nous avons identifié 5 freins principaux : le statut des agricultrices, les imprévus liés à la vie de famille, les besoins spécifiques en santé, l’accessibilité du travail agricole et les constructions sociétales autour des métiers à responsabilité», résume l’agricultrice, installée à Lassouts, en Aveyron.

Du livre blanc de la MSA …

«De ce constat, nous avons formulé 15 propositions visant à les lever, rassemblées dans un livre blanc sorti fin 2024 et présenté officiellement à la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, au Salon de l’agriculture 2025. Un an plus tard, s’inspirant notamment de notre travail, la ministre a présenté un plan national favorisant la place des femmes dans l’agriculture. Ce plan d’actions va même parfois plus loin sur certaines propositions mais il en a omis certaines, comme celle de l’accès à la santé, très spécifique en agriculture, à notre sens», explique Sabine. Sur ce volet santé des femmes en agriculture, Annie Genevard et Aurore Bergé, ministre de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, vont soutenir l’élaboration d’un questionnaire spécifique.

Loin d’être une fin en soi, ce livre blanc est un support de travail pour les élus de la MSA : «Aujourd’hui nous sommes plus nombreuses et plus nombreux à y travailler. Nous l’avons élargi à la communication pour rendre les femmes qui travaillent dans l’agriculture plus visibles et ainsi susciter des vocations car les femmes ont pleinement leur rôle à jouer dans le renouvellement des générations en agriculture».

… au plan d’action national sur la place des femmes en agriculture

Dans le plan d’action national, la MSA est souvent citée et sera associée à sa mise en œuvre comme le confirme Sabine : «A bien des titres, notre organisation professionnelle peut œuvrer concrètement sur les territoires». Et de citer en exemple : la création de structures d’accueil de type micro-crèches pour faciliter la garde d’enfants, ou encore des partenariats avec les Services de remplacement pour faciliter le remplacement lors des congés maternité, ou bien encore la sensibilisation des femmes sur leurs droits… Mais aussi la mobilisation du service santé et sécurité au travail pour l’homologation de matériel… «La MSA se compose de plusieurs branches de protection sociale qui travaillent de façon transversale», confirme Sabine.

La MSA se veut aussi une source d’informations et d’accompagnement dans la mise en place de nouvelles mesures comme le congé naissance ou la limite des 5 ans du statut de conjoint collaborateur. «Sur ce sujet, nous sommes aux côtés des femmes concernées et qui devront, à l’issue des 5 ans, trouver une solution de protection sociale et professionnelle : soit devenir salariée, soit cheffe d’exploitation en société, soit co-exploitante sachant que ce statut, s’il divise les cotisations par deux, n’offre pas une reconnaissance pleine et entière», détaille Sabine.

Autant d’informations méconnues mais qui demeurent cruciales pour l’attractivité du métier mais aussi sa reconnaissance. «Il y a encore de nombreux stéréotypes, y compris dans les jeunes générations, sur la perception des femmes dans le milieu agricole et la sensibilisation doit commencer, à mon sens, dès la formation», poursuit la présidente de la MSA MPN.
«Nous avons de beaux exemples d’engagement de femmes qui doivent être inspirantes pour cette jeune génération et que nous devons mettre en lumière», conclut-elle.

Portrait de Sabine Delbosc Naudan, présidente de la MSA MPN

L’humain au cœur de l’engagement

Maman de 5 enfants et cheffe sur son exploitation à Lassouts, Sabine Delbosc Naudan est un bel exemple de réussite dans l’engagement professionnel. «Je n’ai pas eu un parcours d’études agricoles et je ne voulais surtout pas revenir sur la ferme familiale que ma mère a repris en main après le décent accidentel de mon père. Son profil de battante m’a beaucoup inspiré et m’a finalement convaincu de prendre sa suite. Pour autant je ne me voyais pas m’isoler sur la ferme et lorsqu’Elodie Gardes, agricultrice et maire de ma commune, m’a proposé de devenir déléguée MSA, je me suis lancée. Et plus tard, c’est Jacques Bernat, alors président de la MSA qui m’a proposé à 32 ans de rejoindre le conseil d’administration». Avant de candidater à la présidence de la MSA MPN, Sabine dit avoir pris le temps de la réflexion, avec le soutien de son mari : «si je m’investis c’est parce que je crois dans le collectif, je suis bien entourée d’une équipe. Et je suis convaincue que la MSA, régime de protection sociale spécifique à notre monde agricole, est un atout pour notre profession. C’est un engagement exigeant qui nécessite de s’organiser et on sait que l’équilibre est parfois fragile entre vie pro, perso et familiale mais c’est un combat utile et qui fait du bien !».

Eva DZ

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