National | Par Jérémy Duprat

Malgré les mesures sanitaires strictes, la filière palmipède offre des avantages

Loïc Christophe est éleveur de canards prêt à gaver. Il est installé près de la commune de Montbazens. Éleveur en bovin lait jusqu’en 2015, il a décidé de changer son fusil d’épaule. Malgré les mesures sanitaires, il ne regrette pas son choix. D’autant plus qu’il est épaulé par Unicor et La Quercynoise.

Zone surveillée

Personne ne rentre comme dans un moulin. Lors de l’arrivée devant la ferme de Loïc Christophe, quelques mesures sont à respecter pour pénétrer à l’intérieur des murs du bâtiment. L’éleveur se déchausse. Revêt sa combinaison. Et se lave les mains. «Si je rentre, voilà tout ce que je dois faire. Et si je sors, c’est pareil. Ici c’est le sas sanitaire. Il y a une partie zone sale, vers l’extérieur, et une partie zone propre, vers l’intérieur. Il vaut mieux ne rien oublier en rentrant ici», blague Loïc Christophe. Auquel cas, les allers-retours ont vite fait de faire perdre de précieuses minutes au cours de la journée.

L’éleveur est installé près de Montbazens. Il élève les canetons qui arrivent chez lui et les garde jusqu’à 85 jours. Au bout d’un laps de temps, les animaux partent pour être gavés dans d’autres élevages. «Une fois la bande partie, je mets en place un vide sanitaire de 15 jours. Je nettoie le bâtiment et je le désinfecte une semaine avant le vide. Je passe tout au karcher, des murs au plafond. Après il faut curer, nettoyer le bas des murs. Puis désinfecter les lignes d’eaux et les sorties de trappes. Pour finir, je désinfecte avec un atomiseur fruitier. Quand tout est propre, le vide sanitaire débute. Au bout de 15 jours, je peux faire rentrer d’autres canards», explique Loïc Christophe.

Les mesures sont strictes. Depuis une petite fenêtre du sas sanitaire, les jeunes canards sont visibles. Ils s’abreuvent. Battent des ailes. Et courent parfois sur un mètre ou deux. «Suite aux mesures de sécurité vis-à-vis de la grippe aviaire, ils sont confinés à l’intérieur tant que l’alerte est maintenue. Le bâtiment est chauffé à 28 degrés lors de l’arrivée d’une bande. Je baisse la température d’un degré par jour jusqu’à 20 degrés. La première semaine, le canard demande une présence, c’est-à-dire qu’il faut aller les voir souvent pour les faire bouger, les faire manger, et boire. Il faut qu’ils soient actifs. Il y a de grandes chances que cette bande reste dedans du début à la fin. D’habitude, à partir de quatre semaines, j’ouvre les trappes et les canards sortent quand ils veulent», dévoile Loïc Christophe.

Anticipation

Parfois, subsiste cette image d’un animal plus sensible que les bovins ou les ovins. «Je ne trouve pas qu’ils soient plus sensibles. Il y a des choses auxquelles il faut faire attention, comme la qualité de la paille. S’il y a des champignons, ils peuvent développer des problèmes pulmonaires. Il leur faut une bonne qualité d’eau. Ils sont sensibles lors des 4 premières semaines de croissance. Mais comme d’autres animaux finalement. Je trouve qu’ils sont assez résistants. Je ne m’inquiète pas plus qu’en bovin. Il n’y a pas de vêlage par exemple», sourit Loïc Christophe.

Avec Unicor et la Quercynoise, le choix a été fait d’agrandir les bâtiments pour prévoir de telles mesures. Ici, les canards sont 5,5 par mètre carré au lieu de 7 précédemment. Ce qui signifie plus de place pour évoluer, battre des ailes et se déplacer même lorsqu’ils sont contraints de rester à l’intérieur. Les travaux d’aménagements ont été financés en partie par Unicor et la Quercynoise. «C’était une bonne anticipation. Ils n’étaient pas obligés de le faire. Aujourd’hui, cela assure à Unicor et La Quercynoise une autonomie et une flexibilité. Et pour nous, éleveurs, ce choix est payant aujourd’hui. Si je n’avais pas agrandi mon bâtiment, au lieu de 10 000 canards, j’en aurais 9 000 à l’année. Ce serait autant de canards qui me manqueraient à moi et à La Quercynoise. Il y a un intérêt commun», juge Loïc Christophe.

L’éleveur était auparavant installé en bovin lait. «J’ai une partie salariale sur la ferme, avec un tiers-temps, mais sinon je suis seul. J’ai fait le choix de changer de production pour plusieurs raisons. En premier lieu, suite aux investissements que j’avais faits lors de mon installation, j’ai fini par amortir tous les coûts. Mais je me suis retrouvé limité par mon bâtiment si je souhaitais produire plus de lait, puisque j’avais cette possibilité avec mon organisation. Ce qui voulait dire que je devais faire un autre bâtiment. C’était repartir pour la même chose. Ce qui m’amène au deuxième point : vu la conjoncture en 2014-2015, je me suis posé la question de savoir si je voulais vraiment investir à nouveau dans le lait. La contrainte de la traite pesait aussi, même si je pouvais passer au robot. J’ai fait le choix de changer de cap», résume Loïc Christophe.

Un filet de sécurité

Il se lance avec Unicor et la Quercynoise dans l’aventure. Fin 2016, l’éleveur reçoit ses premiers canards. «En canard, comme dans d’autres productions, une grosse partie du résultat économique est liée à l’alimentation des animaux. À la Quercynoise, tout ce qui est aliment est pondéré par son coût. S’il augmente, le prix du canard à la sortie est plus élevé. C’est-à-dire que le prix de mon canard est indexé sur le prix de l’aliment. Actuellement, autour d’un euro du prix que je touche découle de l’indexation de l’aliment. Ce système existe dans très peu de filières. C’est une sacrée sécurité pour l’éleveur. Si je prends mon revenu, exclusivement sur ma production de canard puisque j’ai d’autres choses à côté, j’arrive à me dégager 70% d’un SMIC avec 10 000 canards sur l’année. Même lorsque l’aliment flambe, puisque l’indexation peut dépasser un euro. Forcément, cela varie suivant la performance de ma ferme, mais en moyenne, voilà un ordre de grandeur», dévoile Loïc Christophe.

Alors que la contractualisation effectue ses premiers pas dans la filière bovin viande, peut-être que des pistes de réussite sont à chercher du côté des canards. «Je pense que ce que nous faisons avec la Quercynoise, l’indexation du prix de l’aliment, c’est une mesure intéressante. Pour connaître un peu la filière bovine, peut-être faudrait-il faire la même chose avec le prix du soja. Par exemple. Si je reprends mon expérience, quand je produisais du lait, il me fallait produire plus pour me garantir une marge. Mais ce sont des investissements en plus et du travail en plus. Pour un résultat pas toujours positif, surtout quand le prix des intrants explose et qu’il n’y a pas de filet de sécurité», assure Loïc Christophe.

Au total, l’éleveur possède 70 hectares. Pour utiliser au mieux ses bâtiments, ses terres et ses prairies, Loïc Christophe possède un atelier complémentaire. «Comme j’avais une structure avant mon passage en canard, j’avais des terres, j’ai décidé de faire de la génisse grasse. Cela collait parfaitement aux bâtiments que j’avais. Mais aussi à mes prairies que je ne peux pas utiliser pleinement avec des canards. Par an, je fais 40 génisses. Sur les 70 hectares, 30 sont dédiés aux céréales. Et en grande partie pour la paille également : le canard est un gros consommateur de paille. Il adore ça pour sa litière. Je produis également du maïs pour son alimentation. J’arrive à produire 80% de ma paille et de mon maïs. Je valorise au mieux mes terres. C’est une souplesse assez intéressante au niveau économique», conclut Loïc Christophe.

Jérémy Duprat

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