National | Par Didier Bouville

L’élevage à l’épreuve des politiques européennes

L’élevage et l’élevage laitier en particulier sera de plus en plus soumis à des mesures issues d’autres politiques européennes que de la politique agricole. A charge de s’y préparer et de déployer un lobbying adapté à ces nouveaux enjeux.

Alors que la nouvelle PAC se met en place, l’élevage laitier est confronté à de nouveaux défis au plan européen. Lancé par la Commission européenne, alors que les négociations de la nouvelle PAC n’étaient pas encore bouclées, le Green Deal et la stratégie agricole « de la ferme à la fourchette » ne seront pas sans impact sur l’élevage laitier dans les années qui viennent. La réduction des intrants qu’il programme s’imposera à toute à l’agriculture et à l’élevage en particulier. « Ce qu’il faut savoir, c’est que la logique du Green Deal est une logique réglementaire pour pousser au changement et à la transition écologique », a observé Luc Vernet, directeur de Farm Europe, un think tank européen, à l’occasion de la journée européenne du lait, organisée par la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) à Paris, le 12 octobre. « La PAC sera l’instrument de la mise en œuvre de cette transition et de règles venues d’ailleurs », a-t-il ajouté. Ainsi les réformes successives la PAC et les différentes dispositions qu’elle impose aux agriculteurs ne seront désormais plus les seules à décider de l’avenir de l’agriculture européenne.

L’amélioration de la performance environnementale

Il en est ainsi de la prochaine directive sur les émissions industrielles, dite directive IED. Conçue par la direction de l’Environnement de la Commission européenne, la proposition actuelle étend le champ d’action de la directive aux élevages bovins qui n’étaient pas concernés jusqu’à présent et elle abaisse les seuils d’éligibilité pour les élevages de volailles et de porcs. Heureusement à ce stade, le Parlement européen et le Conseil des ministres de l’agriculture se sont montrés hostiles à cette initiative. Idem pour la proposition de directive sur la réduction des pesticides particulièrement rigoureuse. De nombreuses régions ne pourront plus utiliser de produits phytosanitaires si elle est appliquée en l’état, comme dans le Piemont italien, note Luc Vernet.

En outre, les crises du Covid, climatiques et géopolitique (guerre en Ukraine) ont fait remonter l’agriculture en haut de l’agenda politique dans les institutions européennes. Certains continuent de penser que les crises actuelles sont l’occasion d’accélérer la transition écologique. Alors que d’autres, heureusement de plus en plus nombreux, estiment au contraire qu’il faut suspendre la stratégie de la Ferme à la Fourchette et donner la priorité à la souveraineté et à la sécurité alimentaire.

Les externalités positives de l’agriculture

Coté réchauffement climatique, la direction de l’Agriculture de la Commission n’ignore pas les émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture dont une grande partie provient de l’élevage à cause des rejets de méthane des bovins. Comme les autres secteurs d’activité, l’élevage doit contribuer à les réduire ainsi que les pollutions des sols, de l’air dont il est responsable et améliorer sa performance environnementale. Ainsi Carlos Martin Ovilo, membre de cette direction, justifie les mesures qui sont prises sur le maintien des prairies, la gestion des effluents, voire la réduction de la densité des élevages dans les zones particulièrement chargées comme aux Pays-Bas. Néanmoins, contrairement à d’autres, il reconnait aussi les externalités positives de l’élevage en matière de biodiversité, de stockage du carbone dans les prairies et de lutte contre le réchauffement climatique. Sur la question du gaspillage des ressources souvent évoquée par les contempteurs de l’élevage, il tient à préciser que les bovins sont les seuls à transformer de la biomasse en denrée comestible par les humains et qu’ils exploitent des terres marginales qui ne pourraient être valorisées par des cultures… Selon lui, 57 % des terres ne pourraient être utilisées à d’autres fins que l’élevage.

Le bien-être animal à l’ordre du jour

Les institutions communautaires sont également très attentives aux attentes sociétales. Sur le bien-être animal par exemple, Jérémy Decerle, parlementaire européen, a annoncé que la Commission de Bruxelles devrait adopter de nouvelles propositions en la matière en 2023. L’ancien président des Jeunes Agriculteurs, également l’auteur d’un rapport parlementaire sur le sujet, ignore, à ce stade, les intentions de la Commission de Bruxelles, mais nul doute qu’elles iront dans le sens d’un durcissement des dispositions actuelles. Sans attendre ses conclusions, le secteur de l’élevage, depuis le lancement de la charte des bonnes pratiques en 1999, a décidé d’aller plus loin. Dans le cadre du plan filière, France Terre de lait, adopté il y a trois ans, a mis en place un outil de mesure du bien-être animal, Boviwell. Les élevages sont classés en quatre catégories, excellents, bons, passables et la dernière dont le lait ne serait plus collecté, indique Ghislain de Viron, vice-président de la FNPL, en charge du dossier. L’objectif étant bien entendu d’associer un niveau de valorisation à chaque stade. D’ores et déjà 5 000 exploitations ont été diagnostiquées, la totalité des élevages laitiers devraient l’être à l’horizon 2025.

Un étiquetage spécifique sur le bien-être animal ?

Invité à la journée européenne du lait, Louis Schweitzer, président de la Fondation Droit Animal, ancien PDG de Renault, promeut une autre approche pour améliorer le bien-être animal, l’étiquetage. Déjà vulgarisé dans le secteur de l’œuf avec les notations 1, 2, 3, 4, selon le mode d’élevage des poules, sa fondation travaille à sa mise en place dans le secteur du porc. L’ancien patron de Renault qui se dit « réformiste et légaliste », contrairement à d’autre ONG de défense animale, s’intéresse à l’amélioration du sort des animaux d’élevage, des animaux utilisés pour l’expérimentation et à la faune sauvage, « de la naissance à la mort », incluant donc le transport et l’abattage. Comme dans l’œuf, il souhaite que les efforts réalisés par les éleveurs en matière de bien-être soient récompensés. C’est la raison pour laquelle les grandes surfaces sont associées à ses travaux.

La rédaction

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