Aveyron | Par Marion GHIBAUDO

Arnaud Rousseau au plus près du terrain en Aveyron

Lundi 10 août, Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, s’est rendu en Aveyron, sur l’exploitation du GAEC des Piades, pour échanger avec les adhérents sur les difficultés économiques qu’ils traversent.

Alors que le GAEC des Piades est habituellement autonome à 100 % en fourrages, les deux associés envisagent cette année d’acheter du maïs fourrager pour faire face aux conséquences des sécheresses qui s’enchaînent dans l’Hexagone.
Installés depuis 12 ans à Frontin, Gabrielle et Samuel Maymard produisent du lait pour Sodiaal avec une cinquantaine de Prim’Holstein et quelques Jersiaises. «On a toujours eu comme objectif de ne rien acheter sur la ferme, pour pouvoir tirer notre revenu», détaille Samuel Maymard. Et si les achats de matière première étaient inévitables, le système de production avait été pensé pour l’autonomie. Cette année, avec les stocks des années précédentes, les associés devraient réussir à passer la campagne. Mais les éleveurs s’inquiètent des années futures, surtout si la crise climatique s’accentue.«Les fourrages manquent cruellement», souligne Arnaud Rousseau, président de la FNSEA. «Il manque environ une à une tonne et demie de fourrage par animal, le cheptel concerné représentant dix millions d’unités d’élevage, et une tonne de fourrage coûtant entre 120 et 140 euros», pointe Arnaud Rousseau. Selon son calcul, la ferme France «aurait besoin de financement compris entre un et deux milliards d’euros». Et les éleveurs se trouvent désormais face à un choix difficile, note le président de la FNSEA : «trouver de l’alimentation pour leurs animaux ou se séparer d’une partie de leur cheptel».Une situation qui continue de s’assombrir alors qu’une nouvelle vague de chaleur est annoncée par Météo-France. Le manque d’eau aggravant encore les problématiques fourragères. Des tensions sur l’abreuvement apparaissent aussi, avec des sources taries, obligeant les éleveurs à prélever de l’eau sur les réseaux d’eau.
Si les agriculteurs ont tous en tête les épisodes de 1976 et 2003, «on est déjà dans ce qui se fait de pire, car l’ampleur est inédite», souligne Arnaud Rousseau. «Face à une telle crise, avec des canicules à répétition, les agriculteurs ne peuvent pas s’en sortir tout seuls», lance le président de la FNSEA.

Une crise d’ampleur inédite


L’après-midi d’échanges a porté sur la crise fourragère liée à la sécheresse de 2026, ses impacts sur les éleveurs, et les mesures d’urgence attendues des pouvoirs publics.
Si Arnaud Rousseau a salué «l’annonce d’un plan d’aide par la ministre de l’agriculture», il reste cependant prudent sur sa traduction concrète. «Un plan non daté et non chiffré ne constitue pas un véritable plan d’aide».
Le gouvernement a annoncé mercredi 5 août «un plan global pour les agriculteurs avec des mesures d’urgence». Baptisé «plan Canicule – Sécheresse – Incendies» (CASI), il serait en cours de préparation selon le ministère de l’agriculture, «sur la base des remontées d’informations émanant des «cellules sécheresse» au sein des préfectures».
Le président de la FNSEA a indiqué avoir demandé «des précisions sur le montant et le calendrier de déploiement de ce soutien, indiquant que la ministre avait promis des clarifications d’ici la fin du mois». Il a également évoqué la nécessité de «mobiliser des moyens exceptionnels dans le cadre de la construction du budget gouvernemental».

Sur le terrain, «une inquiétude chasse l’autre»

Pour Arnaud Rousseau, la première étape doit être de «chiffrer précisément les besoins en fourrage et maïs ensilage, identifier les solutions alternatives à proximité, organiser le transport, clarifier le rôle des assurances et les délais d’intervention, et trouver un équilibre entre responsabilité individuelle, assurances collectives et solidarité nationale». Se posent également la question de la souveraineté alimentaire et de la gestion de l’eau, le président de la FNSEA appelant à «lancer des projets concrets avant la présidentielle».
Sur le terrain, les agriculteurs le reconnaissent : ils sont épuisés.
«Le moral est bas, les agriculteurs doivent continuer à produire, mais comment faire sans eau ?», s’interroge Marie-Amélie Viargues, présidente de la FDSEA Aveyron.
Pour cette dernière, il est important de continuer à défendre l’élevage de montagne, élevage nécessaire à la souveraineté alimentaire. «Dans la crise actuelle, il va aussi falloir parler des coûts de transport spécifiques à nos zones».
La présidente de la FDSEA de l’Aveyron s’inquiète notamment du risque «de spéculation sur les prix du fourrage par des intermédiaires profitant de la situation de pénurie».
L’urgence actuelle, souligne cette dernière, est de trouver des fourrages pour garder les animaux dans les exploitations et ne pas décapitaliser. «Nous avons activé nos canaux pour trouver des fourrages, mais c’est très compliqué, même au niveau européen. Et ce ne sont jamais de gros volumes qui arrivent». En plus de la quantité, la qualité des fourrages reste une préoccupation majeure, car relève la présidente de la FDSEA, «il ne faut pas faire venir n’importe quoi», au risque d’aggraver encore la crise.
«Pour le moment, c’est le flou total, mais on surveille ça de très près et on agit dès qu’on peut», conclut Marie-Amélie Viargues.

La question des prix en filigrane

Au-delà de la crise climatique se dessine une autre question en filigrane : l’économie agricole peut-elle encore tenir longtemps ?
Si le contexte budgétaire de la France est compliqué, reconnaît le président de la FNSEA, il rappelle que les agriculteurs sont un maillon essentiel des territoires. «La question de la structuration des filières, celle du revenu, Égalim, etc. sont importantes. Si on veut continuer à produire dans ce pays, au regard des aléas de plus en plus nombreux, il faudra aussi qu’on nous donne les dispositifs pour nous adapter», souligne Arnaud Rousseau.
Aujourd’hui, rappelle ce dernier, la question que chaque exploitant se pose est simple : comment passer l’année en continuant à produire, alors que les prix continuent d’être tirés vers le bas, peu importe la filière.
«Notre combat est aussi celui du revenu» a rappelé le président de la FNSEA.

Un combat qui s’articule notamment autour des moyens de production, des marchés, des revenus et de la structuration des filières.
En pleine négociation des prix dans les filières laitières, il trouve «inacceptable toute proposition de baisse de prix dans le contexte actuel de hausse des charges. Même le maintien des prix sans hausse serait discutable. Proposer des baisses de prix aux producteurs n’est pas à la hauteur des enjeux», s’est agacé le président de la FNSEA.
«Si je suis venue en Aveyron aujourd’hui, c’est aussi avec un but simple : faire passer un message aux pouvoirs publics sur la réalité de la situation agricole», conclut Arnaud Rousseau.

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