National | Par Actuagri
Dans son dernier ouvrage, Marc Benoît explore le lien indissociable entre agriculture et paysages À travers sept piliers fondamentaux, l’agronome décrypte l’évolution de nos campagnes, du bocage aux terrasses de montagne. Un voyage au cœur des terroirs, entre héritage historique et enjeux contemporains.
On ne répétera jamais assez tout ce que les paysages doivent à l’agriculture. L’ouvrage de Marc Benoît le rappelle à chaque page, aussi bien dans ses écrits que dans l’importante iconographie qu’il dévoile. A la fois cause et conséquence de l’activité agricole, les paysages de nos campagnes se font et se défont au rythme des cultures saisonnières. L’auteur détermine sept piliers permanents des paysages agricoles, qu’il associe à « un jeu des sept familles des petits moteurs de leur construction » mais que l’on pourrait tout aussi bien associer aux sept piliers de la Sagesse : les sols, les pentes (à maîtriser), les pierres (à évacuer), les excès d’eau (à gérer),le manque d’eau à compenser, les voies et chemins (à entretenir) et enfin les saisons, véritables horloges des paysages.
Marc Benoît, docteur en sciences agronomiques s’intéresse également aux « histoires longues de nos campagnes » qui ont été et restent décryptées par les historiens et les archéologues. Des villas romaines qui ont révolutionné les paysages celtes à la mécanisation agricole qui « a brisé la maille paysagère héritée de la traction animale », les paysages ont évolué. Aujourd’hui, c’est la déprise agricole qui menace à la fois les plaines et les massifs, car la forêt gagne du terrain. « La surface forestière est ainsi passée de 9,9 millions à 15,6 millions d’hectares en un siècle », souligne-t-il. Les remembrements des années 1970 ont fait disparaître des haies et les bâtiments d’élevage se sont exilés en périphérie des villages, sous la contrainte législative et réglementaire (souvent hygiéniste) et parce que les stocks et les matériels de taille importante réclamaient plus d’espace. Le confort des animaux a joué aussi un rôle important

Produits de qualité
Ces paysages qui sont « à la racine de terroirs » comme l’évoque le sous-titre de l’ouvrage, sont le reflet de nos productions agricoles. L’auteur retrace les grandes formes actuelles des systèmes agraires comme l’openfield, « très ancienne forme d’organisation des territoires », qui a conservé ses caractéristiques de post-remembrement, sans arbres et sans haies. Le bocage, fruit d’un maillage dense de chemins, de haies, de talus et de parcelles que l’on retrouve notamment en Bretagne, Normandie et plus largement dans l’Ouest de la France et en Bourgogne-Franche-Comté.
Marc Benoît décrit également les terrasses « paysages de toutes nos montagnes, de la Corse aux Vosges » ainsi que les steppes et landes initialement liées à des élevages plutôt pauvres. L’ensemble de ces paysages s’expriment à travers les produits locaux, le terroir et leurs labels de qualité : les fromages, la viande ovine et bovine… Le travail des agricultrices et des agriculteurs façonnent ces paysages à travers les âges : la balle ronde qui a permis des fenaisons plus sereines a remplacé la botte de foin qui a elle-même supplanté la meule souvent magnifiée dans la peinture par Van Gogh, Gauguin, Millet, Caillebotte ou encore Monet. L’auteur consacre une partie de ce superbe ouvrage, richement documenté, aux « paysages agricoles de l’énergie » qui, s’ils sont utiles à la collectivité, chamboule parfois l’architecture des territoires : champs photovoltaïques, champs d’éoliennes… La France agricole est tellement diverse que l’uniformisation des paysages n’est pas à l’ordre du jour…
Paysages de campagne. Aux racines des terroirs – Marc Benoit – Editions Quae – 144 pages – 25 euros
Christophe Soulard


