Aveyron | Par Bérangère Carel
Sylvie et Antoine Stouff sont à la tête d’une exploitation de brebis laitières, sur la commune de Roussennac, collectée par la laiterie Sodiaal.
En 1997, fraîchement diplômée de l’école d’ingénieurs de Purpan, Sylvie Stouff a entamé le parcours à l’installation afin de reprendre la ferme familiale, produisant du lait pour l’AOP Roquefort. «A 18 ans, en intégrant l’école, je savais déjà que je voulais m’installer». Elle exploitera seule cette ferme, d’une référence de 400 hectolitres, pendant une dizaine d’années avant que son mari Antoine Stouff ne la rejoigne en 2008. Entre temps, le couple a eu le bonheur d’avoir deux filles nées en 2001 et 2005.

«J’ai bien sûr bénéficié de l’aide de mes parents, ma mère continuant à traire et mon père toujours actif pour les travaux des champs. Malgré cet accompagnement, ils m’ont laissée faire mes propres choix, sans critique ni jugement». Même lorsque que le couple décide de quitter l’AOP Roquefort, lors de l’installation d’Antoine Stouff.
«Nous n’avions aucune possibilité d’augmenter la référence. Du coup nous avons mis en balance deux projets : créer un atelier hors sol, notre choix se portant sur les lapins, ou traire pour le quatrième bassin en augmentant le troupeau. Dans un souci de simplification du travail, et grâce à une opportunité de reprise près de chez nous, nous avons opté pour la seconde option. Nous avons alors commencé à traire en intersaison pour Sodiaal, un gros pari à une époque où le quatrième bassin était à la marge». Aujourd’hui la traite commence le 1er mars et se termine à la Toussaint.
Gagner en ergonomie : un objectif essentiel
Sylvie Stouff n’a eu de cesse de moderniser l’exploitation familiale. A son installation, les brebis étaient encore réparties sur deux sites : celui qui abrite aujourd’hui tout le troupeau en lactation, et une bergerie en plein cœur du village, utilisée aujourd’hui pour l’élevage des agnelles. «Je me suis donné entre 5 et 10 ans pour être autonome dans le travail».
L’éleveuse s’est d’abord concentrée sur la réduction de la pénibilité au niveau de la distribution. «J’ai totalement arrêté l’ensilage au profit de l’herbe enrubannée. En parallèle je me suis équipée d’une dérouleuse, puis j’ai commencé à installer des tapis mécanisés. Enfin, j’ai investi dans des trémies sur les tapis pour la distribution des céréales et du concentré». Autre poste qui nécessitait beaucoup de manutention : le paillage. «Il se faisait entièrement à la fourche depuis une botte posée au centre du parc. Afin de faciliter les manœuvres dans la bergerie, j’ai acheté une pailleuse portée compacte, extrêmement maniable, qui ne dépasse pas la largeur du tracteur».
Devenant tous deux chefs d’exploitation, Sylvie et Antoine Stouff ont mis en place des solutions pour optimiser le temps de travail. «Tout d’abord, nous avons instauré une mono traite matinale à partir de début août ; ce qui nous permet aussi de garder les brebis dehors plus longtemps. Ensuite, petit à petit, nous avons délégué à l’entreprise une partie des travaux dans les champs, comme l’enrubannage, très pénible et chronophage. Pour moi, l’important c’est le troupeau. C’est à lui que je consacre le plus de temps.
Optimiser le temps pour vivre mieux
En outre, grâce à l’arrivée des échographies, nous avons pu regrouper les brebis par stade de gestation, ce qui a nettement amélioré notre organisation du travail. Cela nous permet aussi d’anticiper les portées multiples, en répartissant les agneaux entre les brebis, surtout en cas de triplés». Le couple est aussi adhérent au service de remplacement, ce qui lui permet de passer du temps en dehors de la ferme, pour poursuivre d’autres engagements, ou tout simplement profiter de la vie !
Quant au fait d’être une femme agricultrice, Sylvie Stouff répond qu’elle n’a jamais vraiment eu de questionnements à ce sujet. «J’ai toujours été dans les brebis, donc pour moi c’était une évidence de poursuivre le travail de mes parents. Il est vrai que certains outils étaient autrefois peu adaptés à une femme, comme les tracteurs, avec des sièges trop éloignés du volant. Ce n’est plus le cas aujourd’hui où on n’a plus besoin de force physique pour atteler un outil ou serrer un frein à main !». En parlant de tracteur, Sylvie Stouff se remémore être partie à Rodez pour une manifestation contre la zone vulnérable en 2014. «Il y avait plus de 400 tracteurs dans la ville, et j’étais la seule femme au volant. Je me souviens que les Ruthénois m’applaudissaient au passage tellement ça les étonnait !».
Bérangère CAREL
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