Aveyron | Par La rédaction

Portrait /// Laurie Jandl : opératrice au centre de compostage La Capelle-Balaguier

À La Capelle-Balaguier, au centre de compostage de Déchets Services 12/Groupe PENA, une jeune opératrice trace sa route dans un univers encore largement masculin. À l’image de son parcours, fait d’opportunités saisies et de détermination, Laurie Jandl incarne une nouvelle génération de professionnelles de la filière agricole, engagées et polyvalentes.

Laurie a fait ses classes dans le monde agricole. Salariée d’un groupement d’employeurs, elle enchaîne les missions de ferme en ferme : traite, travaux des champs, soins aux animaux… Une première expérience riche, mais qu’elle souhaite élargir. «Je voulais m’ouvrir plus de perspectives», explique-t-elle. Elle décide alors de passer un CACES pour la conduite d’engins, avec une idée bien précise en tête : intégrer le centre de compostage.
Peu de temps après, Jérôme Cazelles, directeur de Déchets Services 12, la contacte pour un poste sur le site de La Capelle-Balaguier. Il l’avait rencontrée lors d’un précédent recrutement et avait conservé son CV dans un coin de son bureau. «Lorsque le poste s’est ouvert, on n’a pas hésité à la recontacter», confie-t-il.

Avant tout une question de personnalité

Le poste est exigeant, il comporte de nombreuses plages de travail en autonomie. L’opérateur doit donc faire preuve d’indépendance, de polyvalence et d’initiative. La dimension technique ne suffit pas : il faut également savoir entretenir une relation commerciale de qualité, en accueillant, orientant et accompagnant les clients venus charger, avec professionnalisme et sens du service. «Nous cherchions avant tout des compétences et un savoir-être en adéquation avec le groupe et l’équipe. La question du sexe ne s’est jamais posée», insiste Jérôme Cazelles. Et concernant Laurie, le choix est clair : «Au-delà des compétences, c’est sa personnalité qui a fait la différence».

L’intégration est progressive. Pendant deux mois, Laurie travaille en binôme, gagnant peu à peu en autonomie. En parallèle, elle se rend chaque vendredi sur le site de la Glèbe afin de mieux comprendre l’organisation globale de l’entreprise et s’intégrer à l’équipe. «C’était impressionnant : à part Emmanuelle Cance (responsable d’exploitation des sites de Villefranche de Rouergue et de La Capelle Balaguier), j’étais la seule femme de l’équipe technique, et la plus jeune !», se souvient-elle. Loin des craintes initiales, elle découvre un accueil chaleureux sans aucune forme de rejet ou d’animosité «je suis devenue la chouchoute de l’équipe, tout le monde est aux petits soins».

Cette bienveillance s’inscrit dans une politique claire portée par le Groupe PENA, auquel Déchets Services 12 est rattaché, soulignant que les cadres du groupe sont majoritairement des femmes, sans logique de favoritisme.

Dans un environnement et sur un poste encore largement associé à un univers masculin, Laurie exerce son métier sereinement. «Je n’ai pas eu à faire face à des situations compliquées du fait de mon sexe. Et je sais que je ne suis pas seule : des dispositifs concrets ont été mis en place et le suivi est régulier».
Son avis est sollicité lors des décisions importantes, notamment pour l’achat de matériel. «C’est elle qui l’utilise au quotidien, il est essentiel de s’assurer que les équipements correspondent réellement à ses besoins, notamment en matière d’ergonomie», souligne Emmanuelle Cance.

Responsabilité et technicité

Sur le terrain, Laurie occupe un poste clé dans un métier qui exige une maîtrise complète de la chaîne d’activité. Gestion du parc, suivi des différentes étapes de fabrication des amendements organiques, prélèvements pour analyses, conduite et gestion des machines et chargeurs, accueil et guidage des clients, organisation des chargements : Laurie est sur tous les fronts. «Il faut être au four et au moulin, et c’est ce que j’aime. On ne s’ennuie jamais, surtout avec la conduite d’engins», explique-t-elle. Mais cette polyvalence impose une rigueur sans faille. Une mauvaise manipulation peut endommager les semis ou véhicules venus charger. Un écart dans le respect des procédés de fabrication peut rendre des tonnes de compost inutilisables. Un parc mal agencé peut rapidement bloquer toute circulation. Ici, chaque geste compte.

Au-delà de la technicité, l’entreprise veille aussi à l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. «Nos choix RSE vont dans ce sens», souligne Jérôme Cazelles. Quelques mois après sa prise de poste, Laurie tombe enceinte. Une situation qu’elle appréhende, mais la réaction de l’entreprise la rassure immédiatement. «Ils ont pris les devants, se sont assurés de mon bien-être et m’ont accompagnée jusqu’à mon arrêt». Elle a ainsi pu mener sa grossesse sereinement et retrouver son poste dans de bonnes conditions.

Aujourd’hui, Laurie se projette avec confiance. «On se sent vraiment faire partie d’une équipe. Pouvoir concilier ma vie familiale avec ma carrière, c’est une vraie tranquillité d’esprit. Et ça me fait encore plus apprécier mon travail», conclut-elle.

Rym Mekhalfa

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