National | Par Actuagri
Entre 2015 et 2025, la France a perdu 14,7 % de son cheptel bovin et plus d’un quart de ses élevages, indique Agreste dans une récente étude. Face à cette décapitalisation marquée, le paysage bovin national se transforme très profondément : les exploitations s’agrandissent, la filière laitière se réorganise et l’élevage allaitant se recentre sur le naissage.

En l’espace d’une décennie, l’élevage bovin français a connu une décapitalisation majeure, confirme le service statistique du ministère de l’Agriculture (Agreste), dans une étude publiée récemment*. En effet, entre 2015 et 2025, le nombre de vaches en France (hors DROM) a reculé de 1,6 % par an en moyenne, passant de 7,5 millions à 6,4 millions de têtes, soit une baisse globale de 14,7 %.
Cette érosion importante s’explique d’abord par la fermeture d’exploitations, dont le nombre chute de 28,0 %, dégringolant de 136 500 à 100 500 élevages. Le recul du nombre de vaches est un peu plus marqué chez les laitières (-15,9 %) que chez les allaitantes (-13,4 %). Les fermetures d’exploitations frappent durement la filière laitière (-34,8 % d’élevages, de 62 723 à 40 890 structures), alors que la filière viande résiste mieux avec un recul de 19,3 % (de 73 820 à 59 559 élevages).
Pour atténuer l’effet de ces cessations d’activité sur la production globale, les exploitations maintenues ont nettement agrandi leur troupeau. Le nombre moyen de vaches par élevage progresse ainsi de 29,0 % en lait (de 62,5 à 80,7 vaches) et de 7,4 % en allaitant (de 48,8 à 52,4 vaches). Pour les seuls élevages laitiers s’étant maintenus durant cette période, l’effectif moyen atteint même 81,7 vaches en 2025, indiquent les statisticiens.
Territorialement, la décapitalisation laitière varie de -13,2 % dans le Doubs à -64,0 % dans les Landes. Si le Sud-Ouest subit la baisse la plus marquée (-41,2 % à -64,0 %), le « croissant laitier » résiste bien, soutenu par les filières AOP-IGP dans le Doubs, le Jura et la Savoie. L’agrandissement laitier est maximal dans le Grand Ouest, avec +45,4 % dans la Manche et +37,3 % en Ille-et-Vilaine.
Recomposition des filières
Du côté des bovins allaitants, le déclin des exploitations est particulièrement prononcé dans le Sud-Ouest (Landes -43,4 %, Lot-et-Garonne -36,9 %, Limousin -26,1 %) et le bassin charolais (-20,4 %). En revanche, le recul reste très limité dans le sud du Massif central (Lozère -2,6 %, Cantal -10,0 %) et le Nord-Est (Haute-Saône -2,9 %), s’accompagnant même de hausses localisées du nombre de fermes en Haute-Loire (+4,9 %) et dans les Vosges (+8,9 %).
Entre 2015 et 2025, les arrêts d’activité bovine ont touché 37,5 % des élevages allaitants de 2015 (soit 27 705 fermes) contre 27,7 % des élevages laitiers (17 379 fermes). Ces fermetures ont frappé prioritairement de petites structures, dont le cheptel moyen en 2015 s’élevait seulement à 45,3 vaches en lait et 31,5 vaches en viande.
Chez les allaitants, la perte est en partie compensée par 7 641 créations d’élevages et par 6 488 reconversions d’exploitations laitières vers la viande. Les reconversions vers le lait (681 fermes) et les créations laitières (1 353) restent très rares : 95,0 % des élevages laitiers de 2025 l’étaient déjà en 2015. Enfin, les systèmes de production accélèrent leur spécialisation au fil des années.
En élevage laitier, l’engraissement des mâles est délaissé au profit du lait. La part des laitiers spécialisés s’élève désormais à 78,0 % en Bretagne et dans les Pays de la Loire, et 41,9 % des laitiers engraisseurs se sont reconvertis. Côté allaitant, l’élevage se recentre sur le modèle des « naisseurs », conservé par 53,6 % des naisseurs de 2015 et omniprésent dans le bassin charolais (72,6 % des élevages en 2025). Les naisseurs-engraisseurs diminuent quant à eux de 26,1 %, illustrant le recentrage général du secteur.
(*) https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/disaron/Pri2606/detail/


