Aveyron | National | Par La rédaction

GAEC d’Aulos : l’efficacité récompensée

Jacki et Patrice Théron du GAEC d’Aulos à Saint Chély d’Aubrac et leur technicienne à la Chambre d’agriculture, Hélène Alexandre, ont reçu le Sabot d’or 2021 en race Aubrac. Une distinction qui vient récompenser un duo éleveurs-technicien efficace tant d’un point de vue technique que génétique.

Le suivi par Bovins Croissance du troupeau Aubrac au GAEC d’Aulos ne date pas d’hier ! Il coincide avec l’inscription du cheptel au Herd Book au début des années 80 et l’installation de Jacki, le frère aîné, rejoint par sa sœur Régine quelques années plus tard puis par Patrice en 1996, qui a succédé dans le GAEC familial à leur père. Depuis 2018, et la retraite de leur sœur, Jacki et Patrice poursuivent le travail ensemble.

Un veau par vache et par an

Leur père a commencé avec 70 mères, aujourd’hui le troupeau tourne autour de 130 vaches. Les deux frères passionnés de génétique, font jouer pleinement les atouts de la race Aubrac : une vache économe, rustique qui valorise bien les espaces pauvres et d’altitude. A la pointe en matière de sélection, ils ont chaque année un veau retenu à la station d’évaluation de La Borie toute proche et sont toujours au rendez-vous sur les concours de la race. Leur système d’élevage est basé sur l’autonomie et une gestion maîtrisée. Leur objectif : produire un veau par vache et par an. Ils conduisent leur troupeau en lots pour diversifier leurs débouchés : une trentaine de mâles vendus au sevrage à l’automne vers l’Italie et l’Algérie via CELIA, une quarantaine de mâles et femelles plus tardifs. Une dizaine de mâles sont vendus pour la repro et une soixantaine de génisses par an sont vendues en élevage (de 10 mois à 2 ans prêtes à saillir) via le GIE Aubrac et leur réseau de connaissances tissé au fil des ans. Toutes les génisses sont à l’attache pour faciliter leur dressage : «Cela a un effet positif sur le caractère, c’est important pour nous mais aussi pour la vente !».

Jacki et Patrice gardent entre 15 et 20 femelles pour le renouvellement de leur troupeau (taux de renouvellement de 14-15% en moyenne). «Nous les sélectionnons sur l’origine, la morphologie, la production de la mère, la croissance», expliquent les deux éleveurs. S’ils font un premier choix ensemble, ils s’appuient aussi sur le pointage au sevrage des génisses que réalise leur technicienne, Hélène Alexandre. «Avec mon pointage, je leur laisse un commentaire, pour chaque animal, cela permet d’affiner leur sélection !», explique la technicienne de la Chambre d’agriculture qui les suit depuis 9 ans, à la suite d’Hervé Poudevigne. Les années passant et l’expérience en plus, les deux éleveurs ont l’œil ! «Nous connaissons bien nos lignées mais nous misons aussi sur la diversité», confient-ils. «Nous gardons des vaches de petit gabarit, rustiques, robustes avec de bons aplombs et du lait pour nourrir les veaux. Et nous attachons aussi de l’importance aux sabots parce que nous sommes en stabu libre sans attache». Les «moins bonnes» vaches sont destinées au croisement avec le Charolais, qu’ils réalisaient via l’IA jusqu’alors et depuis cette campagne avec un taureau qu’ils ont acheté chez un éleveur aveyronnais. Toutes les réformes (une quinzaine par an environ) sont engraissées et quelques-unes sont valorisées en label rouge Bœuf Fermier Aubrac.

Pour la repro, exclusivement en monte naturelle, autour du 20 mars, ils utilisent les taureaux soit de l’élevage en étant vigilants sur la consanguinité, soit achetés chez d’autres éleveurs ou à la station. La première année, ils sont testés sur une dizaine de vaches afin de voir les résultats. Les primipares sont mises au taureau autour du 15 avril pour un vêlage en février : «le premier hiver, elles souffrent moins et elles reprennent plus vite ensuite», expliquent les deux éleveurs. Ce qui porte leur premier intervalle vêlage – vêlage  à moins d’un an : 362 jours pour les vaches en moyenne et 354 jours sur 4 ans). L’objectif un veau par vache et par an est rempli ! «Notre veau c’est notre revenu !», s’exclament Jacki et Patrice.

Pour la surveillance des vêlages, ils disposent depuis de nombreuses années d’une caméra de surveillance couplée depuis trois hivers par SmartVel, un système de détection des vêlages. «Ce système est vraiment très confortable car nous ne sommes alertés que quand c’est nécessaire !», expliquent les éleveurs qui doublent la surveillance avec la prise de température le soir.

Le ventre plein !

Au GAEC d’Aulos, les animaux sont nourris exclusivement au foin, produit sur les 200 ha de SAU (dont 70 ha de prairies de fauche). «Il est difficile pour nous, en altitude, de cultiver des céréales, de faire de la paille, c’est un peu notre point faible», expliquent les éleveurs. «Avec les sécheresses, les augmentations du prix de l’aliment et la présence des rats taupiers, c’est vrai que l’on s’interroge sur l’autonomie de nos systèmes». Mais la marge de manœuvre est faible tant les deux éleveurs optimisent la gestion. «Nous veillons à ce que nos vaches aient toujours le ventre plein avec l’hiver, une ration matin et soir de foin et de la paille d’orge à volonté toute la journée et de mai à décembre, les pâtures. Nous avons aussi travaillé avec Hélène, sur l’abreuvement dans notre bâtiment», détaille Patrice. «Nous avons ajouté des points d’abreuvement avec des bacs, en plus des pipettes, les vaches y vont plus facilement et sans concurrence. Et en plus l’eau est moins froide l’hiver dans les bacs», continue Jacki. «Nous avons constaté une nette amélioration aussi dans la santé de nos veaux», constatent-ils satisfaits. «C’est justement l’un des atouts de l’accompagnement d’Hélène dans le troupeau : «Nous profitons de son expérience et de ce qu’elle peut voir dans d’autres élevages pour améliorer certains points, l’abreuvement en fait partie», expliquent les éleveurs. Hélène Alexandre confirme : «Dans un élevage comme celui-ci, en vitesse de croisière, il n’est pas question de bouleverser les choses, d’autant que les résultats sont déjà performants mais on échange ensemble sur d’autres sujets comme le calcul économique de la marge brute, la valeur du fourrage et la qualité de l’aliment, le bien-être des animaux avec l’installation de brosses par exemple… Sur la génétique, c’est plutôt moi qui apprend beaucoup avec Patrice et Jacki ! Moi je peux leur apporter un plus sur la conduite technique». «Et un œil extérieur, un peu de recul, ça fait du bien aussi !», complètent les deux éleveurs.

C’est grâce à ces échanges aussi qu’ils ont testé la mise en place d’une sous-couche de plaquettes bois dans la litière. «C’est notre troisième hiver, nous fournissons le bois et une entreprise vient nous le transformer en plaquettes que nous laissons sécher pendant tout l’été dans le bâtiment. Cela nous permet d’économiser un peu de paille».

Si le GAEC d’Aulos est en routine, Jacki et Patrice Théron ne restent pourtant pas sur leurs acquis. Certes les résultats sont au rendez-vous mais ils comptent sur les visites d’Hélène Alexandre pour continuer à s’améliorer, à se former et à échanges avec d’autres éleveurs. C’est ce qu’ils feront d’ailleurs en accueillant une journée d’informations organisée sur leur ferme, par la Chambre d’agriculture le 29 novembre… sur la thématique de l’eau !

Eva DZ

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