National | Par Actuagri
Le baromètre 2026 de la société Fermes en vie (FEVE)* révèle une génération de porteurs de projet déterminée mais entravée. Entre aspirations bio et blocages fonciers, l’enquête souligne la nécessité d’un meilleur accompagnement, alors que le Parlement examine actuellement la loi d’urgence agricole.

Le renouvellement des générations est devenu un enjeu de première importance rappellent les résultats de l’enquête nationale menée par FEVE auprès de 1 176 répondants. Ils apportent aussi un éclairage brut sur la réalité des parcours d’installation. Ce panel, composé à 48 % de personnes en reconversion professionnelle et majoritairement âgé de 25 à 44 ans, dessine le portrait d’une « nouvelle agriculture » en quête de sens et de résilience. Les jeunes installés aspirent à des pratiques durables.
C’est d’ailleurs le moteur principal de ces candidats. En effet, 51 % des répondants visent une installation en agriculture biologique, et parmi eux, 75 % souhaitent être certifiés dès leur démarrage. Cette volonté ne se limite pas au label biologique : elle s’inscrit dans une vision systémique incluant la gestion de l’eau, l’agroforesterie et le pâturage tournant. Pour 52 % des candidats au bio, ce mode de production est même une condition non négociable : « je n’irai pas sans bio », souligne l’étude. Les motivations sont claires : protéger les sols, la biodiversité et la santé, tout en redonnant de la cohérence à leurs valeurs professionnelles.
Le défi du renouvellement
Pourtant, cette détermination se heurte à des obstacles structurels que les politiques publiques peinent encore à lever, indique le baromètre. Le foncier et le financement représentent, à eux seuls, 70 % des freins majeurs cités par les porteurs de projet. L’accès à la terre reste le verrou principal pour 40 % des sondés. La réalité du terrain est, de ce point de vue, assez éclairante : sur les 995 répondants ayant entamé des recherches, 43 % cherchent activement sans trouver d’opportunités adaptées, et seulement 5 % ont réussi à sécuriser une ferme.
Les causes de cette paralysie sont multiples : prix du foncier trop élevé, manque d’offres disponibles ou inadéquation des fermes aux projets actuels (problèmes de surface ou d’accès à l’eau), explique le sondage. Le financement constitue le second souffle coupé de cette génération. Si le crédit bancaire classique reste la solution envisagée par 42 % des candidats, l’épargne personnelle est mobilisée par 30 % d’entre eux. Malgré une notoriété croissante, les dispositifs alternatifs comme le portage foncier ou les foncières agricoles restent sous-utilisés, avec seulement 15 % des porteurs de projet y ayant recours concrètement. Plus inquiétant encore, 19 % des répondants n’ont toujours pas de plan de financement défini, illustrant une forme d’incertitude économique persistante.
Déficit d’accompagnement
L’enquête pointe également un « angle mort » majeur du dispositif national : le déficit d’accompagnement. Alors que le parcours à l’installation est complexe, seuls 23 % des répondants déclarent être suivis activement par une structure. À l’inverse, 41 % ne bénéficient d’aucun soutien à ce stade, et 11 % avouent ne même pas savoir vers qui se tourner. Si les Chambres d’agriculture et les réseaux spécialisés restent des piliers, ils ne couvrent qu’une fraction des besoins. On observe ainsi la montée du soutien « pair à pair » (20 %), où les futurs installés s’appuient sur l’expérience d’agriculteurs déjà en place pour pallier les manques institutionnels. Le baromètre FEVE 2026 interpelle enfin les législateurs. Pour que l’ambition agroécologique de cette nouvelle génération ne s’étiole pas, la future loi d’urgence agricole devra impérativement traiter la question du foncier et transformer l’accompagnement pour sortir les porteurs de projet de l’isolement, indique en substance ce baromètre.
(*) Fermes en vie (FEVE) est une société foncière solidaire qui facilite la transmission des fermes sur le territoire en finançant l’installation de la nouvelle génération d’agriculteurs
(**) Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural : Associations pour le développement de l’emploi agricole et rural
Christophe Soulard
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