Aveyron | Par Eva DZ
En partenariat avec RAGT, le Crédit Agricole et le CERFRANCE, la Société Centrale d’Agriculture a organisé en début d’année, une conférence sur le lien entre Intelligence Artificielle (IA) et agriculture raisonnée.
«A l’image de la Révolution industrielle lorsqu’est née la Société Centrale d’Agriculture, aujourd’hui, l’Intelligence Artificielle va transformer en profondeur notre façon de travailler, la productivité de l’agriculture et l’organisation de la société», a introduit le président de la SCA, Patrick Grégoire. Il a invité à un voyage sur la planète IA… déjà bien présente dans le quotidien.

«Garder un esprit critique»
Christophe Palous, conseiller international à la CCI Aveyron, en a apporté la preuve. Lui qui en est à son 10ème séjour depuis 2016 à San Francisco a témoigné de l’esprit pionnier de cette ville dans les nouvelles technologies et ce, depuis la Ruée vers l’Or en 1848 ! Premier ordinateur, développement d’Apple, de Microsoft, de Tesla, d’Amazon… «Les 7 entreprises de la Sillicon Valley pèsent 7 fois le PIB de la France ! Là bas, on avance, on innove sans cesse car on ne veut pas louper l’innovation du siècle ! Là bas, chaque crise est une opportunité : on l’a vu pendant le COVID où le système de livraison de repas à domicile a littéralement explosé !».
Un état d’esprit américain qui contraste avec celui des Européens : «Là bas on avance d’abord et on se demande si c’est légal ensuite on cherche un moyen de contourner ! Chez nous, avant d’avancer on se demande si c’est moral !… D’où notre retard !».
Alors quand la question de la gestion des données par l’IA se pose, pour Christophe Palous, aux Etats-Unis, il n’y a pas de sujet : «on se dit simplement : j’ai des données, comment j’en fais de l’argent !». Un état d’esprit en totale contradiction avec la Chine où «tout est secret» et où la collecte de données n’existe pas !
L’IA s’intègre donc dans la compétition permanente entre les puissances économiques mondiales et entre les entreprises dans tous les domaines : santé, robotique, environnement, énergies… «Pour guider l’IA, il faut des compétences, elle nécessite aussi des investissements conséquents», prévient Christophe Palous.
Et en France ?
Dans cette guerre technologique, quelle est la place de la France ? Quelles seront les capacités financières pour collecter les données, les stocker, les gérer et dans quel cadre réglementaire ? D’autant que les risques de fraude sont de plus en plus sophistiqués. «Il faut garder un esprit critique vis-à-vis de l’IA, chercher le vrai du faux et vérifier les sources d’informations, apprendre à la maîtriser plutôt que la subir car c’est un outil de développement à ne pas manquer pour l’avenir», a résumé Christophe Palous.
Au sein du Groupe RAGT, la gestion de données, l’utilisation de l’IA sont désormais omniprésentes dans la création variétale. Sébastien Chatre, directeur de recherche chez RAGT R2n, en a décliné les divers usages actuels : outils d’aide à la décision (tactique, stratégique), simulateurs, phénotypage en Haute définition, analyses d’images pour l’aide aux diagnostics, agroéquipements robotisés, robots expérimenteurs et de surveillance, génération de textes, codes, images, vidéos, analyse de documents…
«En 2026, chez RAGT, 7 millions de données sont générées et traitées par jour contre 1 million en 2019 et dans 18 mois, nous atteindrons les 10 millions par jour !», affiche d’emblée Sébastien Chatre. D’où la réflexion en cours d’un ChatGPT interne pour stocker toutes ces données. «Dans le domaine de la sélection, l’objectif est de répondre aux besoins en allant chercher la plante qui correspond sur la qualité, la tolérance (aux maladies, au climat…), il faut donc savoir manager les données recueillies pour les valoriser et créer de la valeur».
RAGT connecté aux champs
Sébastien Chatre l’assure : l’IA ne remplacera pas les salariés (ils sont 500 au sein du pôle Recherche de RAGT) mais elle leur permettra de monter en compétences. D’ailleurs, chaque mois, une session leur est proposée sur un sujet scientifique lié à l’IA. Que ce soit pour assurer la maintenance prédictive sur les machines, le pilotage de l’ensemble des actions, la collecte d’informations mondiales sur les gènes de toutes les espèces et ainsi cibler les zones d’intérêt…
«La qualité de la donnée est essentielle et nous permettra de développer de nouvelles approches de sélection», avance Sébastien Chatre. «Avant nous avions besoin d’une dizaine d’années pour créer une variété, en suivant le cycle de la plante, avec la sélection génomique, nous avons divisé ce temps par deux et avec la sélection prédictive, nous espérons encore gagner du temps et du progrès génétique», prédit-il.
La collecte et le traitement de données étant désormais automatiques, c’est désormais du temps en plus sur l’analyse, la précision de l’évaluation, l’exploration de la structuration des génétiques… grâce à l’expérimentation aux champs là où les plantes sont cultivées, «la base de notre travail», assure Sébastien Chatre. Pour lui, c’est une évidence : «la qualité et la quantité de données sont essentielles pour avancer mais nous restons les pieds sur terre puisque ces données sont issues du terrain». Pour lui la clé de l’IA est le gain de temps, «levier du progrès génétique et de son accélération».
Eva DZ


