Aveyron | Par Eva DZ
Sans pression, Lionel Portes du GAEC des Vialettes à Curan avance dans son travail de sélection sur son troupeau Aubrac. Il mènera pour la première fois un taureau au concours cantonal à Laissac, ce samedi, sans ambition particulière si ce n’est celle de continuer à progresser et de profiter d’une journée conviviale entre éleveurs.

Installé il y a 20 ans sur la ferme familiale, avec son frère, Olivier et sa mère Françoise et avec toujours le soutien de son père, Michel, Lionel Portes met toute sa passion dans le troupeau de 140 mères Aubrac. Une race pour laquelle il a «un coup de cœur» ! Le GAEC des Vialettes a acheté ses premières génisses Aubrac pendant l’hiver 1977/1988 en complément alors du troupeau de vaches laitières, définitivement abandonné en 2020. «J’ai toujours eu une attirance pour l’Aubrac, sa rusticité, sa capacité d’adaptation, ses facilités d’élevage. Quand nous avons eu à choisir, il n’y a pas eu de débat !», se souvient Lionel.
Coup de cœur pour l’Aubrac
Progressivement, il a forgé son système d’élevage, avec la confiance de son frère, davantage tourné vers le travail du sol et la mécanique. «Nous sommes partis de zéro. Petit à petit, nous avons construit notre troupeau avec nos idées, nos objectifs», explique Lionel, qui s’est appuyé sur les échanges avec d’autres éleveurs et notamment son ami, Maxime du GAEC Monnié des Cats à Aurelle Verlac dont il partage la vision de conduite. «J’ai beaucoup appris et je continue d’apprendre sur le choix des taureaux, des accouplements, l’orientation du troupeau… C’est ça qui est passionnant !», confie-t-il, fier d’avoir aujourd’hui un troupeau qui «tient la route».
Dès le départ, Lionel s’est fixé des critères précis : les vêlages très groupés à l’automne (120 à 125 sur 40 jours), un style d’animaux mixte à mixte viande car il croise 40 à 45% de ses vaches avec du Charolais. «Le croisement, au-delà d’apporter une plus-value sur l’élevage pour le même travail, incite à sélectionner les bonnes vaches, ça aide beaucoup quand on n’a pas encore un troupeau homogène», explique l’éleveur. Investi dans la filière Bœuf Fermier Aubrac, qu’il «aime bien» pour son image et la valorisation de la race, il fournit les trois quarts de ses animaux de réforme au label.
Lionel travaille essentiellement en IA avec des taureaux qu’il achète chez des sélectionneurs et prélevés sur la ferme, pour une diffusion plus facile. S’il n’a pas encore eu l’opportunité, il ne ferme pas pour autant la porte à des achats de taureaux à la station ou lors de ventes aux enchères. «Mon troupeau n’est inscrit au Herd Book que depuis 2-3 ans, je veux attendre d’être prêt pour franchir de nouvelles étapes», confie l’éleveur. Tout comme pour la vente de reproducteurs, «ça viendra avec le temps et avec les opportunités !».
«Les échanges sont la base pour avancer»
En attendant, il continue d’apprendre, notamment en accompagnant des copains lors de concours et depuis peu, en participant lui-même au National à Laissac, au Départemental à Saint Amans des Côts et pour la première fois cette année, au cantonal de Laissac. «Pour l’instant je présente des animaux que j’ai achetés mais quand mon troupeau sera prêt, j’aimerai montrer des bêtes nées chez moi», dit Lionel, encouragé par son petit garçon de 5 ans, déjà passionné !
«Il faut être lucide, je sais que je n’ai pas de champion mais ma priorité, c’est de pouvoir m’améliorer. Un concours permet de savoir où on en est, de voir aussi ce qui se fait dans les autres élevages…». Pas question pour lui de «sur-préparer» les animaux qu’il présente : «ils sont le reflet de ce qu’est mon élevage». Lionel mesure le chemin parcouru sur les qualités fonctionnelles de son troupeau (IVV, facilité de naissance, homogénéité, aptitudes laitières) : «aujourd’hui je dois travailler sur les qualités morphologiques et sur le développement de la voie mâle» pour évaluer sa marge de progrès. Lui qui est installé sur le Lévézou, ne se sent pas si loin de l’Aubrac : «Le Lévézou, ce sont des prairies humides, des landes et des parcours, que nos vaches Aubrac valorisent très bien. Grâce à leurs qualités de race et d’adaptation, elles s’en sortent bien même en année sèche».
Son expérience, il aime la partager avec d’autres : «Ce qui me plaît, ce sont les échanges, c’est la base pour avancer dans notre métier»… et dans la vie, car Lionel est aussi très investi au-delà de son métier, comme premier adjoint de la commune de Curan ou à l’école de ses enfants.
Eva DZ


