Aveyron | Par Bérangère Carel

CUMA de Saint Germain : Courage et solidarité récompensés

La CUMA de Saint Germain a remporté le premier prix du Challenge CUMA – Crédit Agricole Nord Midi-Pyrénées grâce à sa mobilisation sur des incendies, qui a initié le partenariat départemental entre la FD CUMA et le SDIS de l’Aveyron, formalisé en juin de cette année.

Créée en 1981, la CUMA de Saint Germain rayonne sur environ 3 km autour du village et rassemble 14 exploitations, essentiellement en ovin lait. «La CUMA a été créée autour d’un service de broyeur de pierres et d’épandage, celui-ci comptant aujourd’hui pas moins de 4 épandeurs», relate Benoît Costes, le président depuis une dizaine d’années. La CUMA s’est renouvelée en 2019 avec l’acquisition d’un tracteur de 250 chevaux et d’une presse enrubanneuse. Elle dispose aussi de 5 bennes pour 12 fermes. «Notre CUMA paraît plutôt suréquipée, mais c’est une des conditions pour conserver les adhérents. Avec une moyenne de 120 hectares par exploitation nous avons besoin de réactivité», explique le président. «Malgré cela nous avons la volonté de conserver un prix à l’adhérent le plus bas possible».

Benoît Costes et Pierre-Louis Fages

En 2024 la CUMA s’est enrichie d’un service épareuse. Elle organise aussi des achats groupés de gas-oil avec une dizaine de fermes. «Comme nous sommes sur un petit territoire, nous nous connaissons tous et nous entraidons lors des chantiers de récolte. Nous mettons un point d’honneur à cultiver cette convivialité en organisant une à deux fois par an un repas où nous invitons les familles de nos adhérents. L’idée est de se retrouver sans forcément parler de matériel agricole !»

Les CUMA : un recours salutaire dans les zones isolées

C’est sans doute cet esprit de groupe qui a généré en juin 2022 un élan de solidarité envers ceux qui étaient confrontés aux incendies sur les secteurs de Comprégnac et Saint-Georges-de-Luzençon. Pierre-Louis Fages est secrétaire général de la CUMA de Saint Germain et administrateur à la FD CUMA, responsable du partenariat avec le SDIS.

«Nous avons proposé aux pompiers, de notre propre initiative, de mettre à disposition deux tonnes à lisier de 10 000 litres chacune. Nous nous sommes relayés pour acheminer l’eau de la borne à incendie vers le poste de surveillance situé une dizaine de kilomètres plus haut. Aisni, nous devions remplir la piscine qui sert de réservoir aux camions citernes. Avec d’autres CUMA nous avons aussi utilisé des chisels pour couper l’avancée du feu». Un peu plus tard au mois d’août 2022, s’est déclenché le méga incendie de Mostuéjouls. Là encore la CUMA de Saint Germain a répondu présente malgré la distance à parcourir.

La CUMA sert de pont entre les sources d’eau et les réservoirs placés au plus proche de l’incendie.

Un partenariat avec le SDIS

«Suite à cet été exceptionnel, nous avons participé à une réunion avec la sous-préfecture de Millau, la mairie et le SDIS, afin de mieux anticiper ces départs de feu, de plus en plus fréquents, et mieux encadrer la présence des agriculteurs», relate Benoît Costes. Ensuite le dossier est remonté au niveau départemental, ce qui a conduit à la convention encadrant juridiquement et financièrement ce partenariat.

«Notre rôle reste l’acheminement de l’eau vers les zones difficiles d’accès et souvent escarpées. Nous ne pouvons agir qu’avec le feu vert du SDIS et uniquement sous son commandement. Notre présence doit être sécurisée et ne doit en aucun cas entraver la circulation des secours», explique Pierre-Louis Fages. Une formation va d’ailleurs être lancée pour les responsables de CUMA sur les règles de sécurité et le respect de la chaîne de commandement. Un flyer a aussi été édité intitulé : «Agriculteurs en CUMA, comment aider les sapeurs pompiers en Aveyron ?»

A présent, le SDIS dispose du contact de chaque administrateur départemental qui fait le lien avec les CUMA locales. «Toutes les CUMA ne sont pas équipées en cuves et la convention ne couvre pas du matériel de particulier», remarque l’administrateur départemental. «Aussi, j’estime qu’il serait bon de solliciter les collectivités pour qu’elles s’équipent elles-mêmes, et mettent à disposition des CUMA en cas d’incendie». Avec un tiers du département à présent classé vulnérable aux feux de forêt, le réseau des CUMA de l’Aveyron saura sans nul doute se mobiliser pour prêter main forte aux soldats du feu et à la population locale.

Bérangère Carel

Toutes les actualités

Sur le même sujet

Alors que le risque incendie gagne du terrain en Aveyron, agriculteurs, pompiers et services de l’État renforcent leur coopération. Une convention entre la fédération des CUMA et le SDIS a été signée le 17 juin à l’aéroport de Rodez, tandis qu’un pélicandrome mobile destiné à accélérer l’action des moyens aériens a été inauguré. «Le département est désormais identifié comme vulnérable aux feux de forêt», a pointé Claire Chauffour-Rouillard, préfète de l’Aveyron, lors de l’après-midi inaugurale. Un tiers des communes aveyronnaises sont classées comme vulnérables ou très vulnérables aux feux de forêt, et cette proportion devrait s’étendre avec le réchauffement climatique. «L’année dernière, l’Aveyron a connu quasiment 50 jours avec un risque sévère ou très sévère d’incendies de forêt». ©Marion Ghibaudo…