National | Par Actuagri

La difficulté de « manger local »

Le Conseil national pour la résilience alimentaire (CNRA) et l’association Nuances d’avenir ont récemment organisé un colloque autour du thème « Manger local ». De la production à la consommation en passant par la logistique, comment assurer aux Français une alimentation à la fois proche, saine, équilibrée et financièrement accessible, notamment en restauration collective ?

Selon un sondage réalisé par Vertigo Lab, les approvisionnements locaux des cantines scolaires sont estimés aujourd’hui à 33 %, ce qui génère une activité économique proche du milliard d’euros-Md€ (980 millions €-M€), une création de richesse de 290 M€ et environ 5 500 emplois équivalents temps plein (etp). Chaque million d’euros acheté en circuits courts permet de « générer 630 000 euros supplémentaires dans l’activité économique locale et de faire vivre presque 10 etp (9,7) », a précisé Emma Cantet, consultante-chercheure chez Vertigo Lab.

« Long chemin de croix »

Ce bureau d’études en transition écologique a bâti trois scénarios sur une augmentation de ces approvisionnements locaux. En passant à 36 %, l’activité économique générée atteindrait 1,045 Md€, pour 5 886 emplois soutenus. À 44 %, elle monterait à 1,306 Md€ et 7 355 emplois. Dans un scénario à 62 % de produits locaux, elle atteindrait 1,816 Md€, avec 10 300 emplois soutenus et 500 M€ de richesse créée. Mais changer d’échelle nécessite de lever plusieurs verrous comme celui de l’augmentation des volumes, celui de la logistique et du fameux « dernier kilomètre » et naturellement de faire sauter les innombrables verrous législatifs et réglementaires.

« Créer le pont entre la ferme et les cantines reste possible », a ainsi estimé Benoît Butin, directeur adjoint à l’éducation de la ville de Caen. Ingénieur en restauration collective, il assure la fourniture de 5 200 repas quotidiens dans 29 cantines de la ville. Sa définition du local est simple : « Tout ce qui est normand ». Encore lui faut-il identifier les fournisseurs et les intégrer dans le circuit d’approvisionnement. « Mais c’est un long chemin de croix », a-t-il concédé expliquant qu’il faut « du temps » pour chercher les bons interlocuteurs, que les cantines et les cuisiniers doivent « accepter les contraintes de production », qu’il faut « changer les mentalités » et aussi répondre aux critères parfois pointilleux des marchés publics, surtout au cahier des clauses techniques particulières (CCTP).

Lui-même a dû décloisonner et donc multiplier les lots d’approvisionnement des produits agricoles bruts (qui sont passés d’une demi-douzaine à 26) et créer de toutes pièces une légumerie. Les services de la Chambre d’agriculture l’ont naturellement appuyé, « mais une fois l’agriculteur retenu, il a fallu l’accompagner. Car c’est bien de pouvoir fournir 5 200 yaourts, encore faut-il qu’ils soient moins acides pour les jeunes générations » afin d’éviter le gaspillage, a-t-il souligné.

« La qualité a un coût »

De son côté, Aleksandra Nicolle, déléguée générale du Syndicat national de la restauration collective a insisté sur la nécessité de respecter la saisonnalité, « parce que c’est une question de bon sens ». Elle a regretté au passage que l’ananas soit le fruit le plus consommé en restauration collective. Une anomalie qu’elle aimerait d’autant plus corriger qu’elle assure que « seulement 2 % des viandes servies viennent hors de l’Union européenne, notamment de l’agneau néo-zélandais » et que 94 % des produits laitiers et fromagers sont français.

« Car la mozzarella et le parmigiano reggiano que l’on met parfois dans nos plats sont italiens », a-t-elle dit. Et les agriculteurs, qu’en pensent-ils ? Patrick Riauté, éleveur laitier en Sarthe, approvisionne directement les collectivités locales, en glaces artisanales fermières et réalise des animations dans les cantines, assurant parfois lui-même le service du dessert. « Mais travailler avec elles, c’est un calvaire, notamment les appels d’offres et le CCTP », a-t-il insisté. Pourtant, il a été formé aux marchés publics et à la commercialisation par la Chambre d’agriculture. « Il faut simplifier et aussi expliquer aux parents le vrai coût d’un repas », a-t-il martelé, laissant entendre que le repas à un euro, conçu avec des produits de qualité, n’était pas rémunérateur. « La qualité a un coût », a-t-il conclu.

Christophe Soulard

Toutes les actualités

Sur le même sujet

Lors du dernier Salon international de l’agriculture, l’interprofession bétail et viande (Interbev) et le Centre national des œuvres universitaires et scolaires (Cnous) ont scellé un partenariat avec un objectif double : garantir aux étudiants l’accès à une viande de bœuf et de veau durable et de qualité, tout en offrant aux éleveurs français des débouchés stables et rémunérateurs. Selon de récentes études *, la précarité alimentaire touche une part importante des étudiants en France, environ 20 % des étudiants ont déjà eu recours à l’aide alimentaire (associations, distributions, épiceries solidaires) et plus d’un tiers (36 %) et même presque la moitié d’entre eux déclarent sauter des repas de temps en temps ou régulièrement par manque d’argent. © iStock-Pixavril « Eduquer…