Aveyron | Par Chambre d'agriculture de l'aveyron
Les 10 et 15 septembre, deux demi-journées d’échanges ont été consacrées à l’état des prairies après les événements climatiques de l’été. Au total, plus de 40 éleveurs se sont réunis pour partager leurs observations de terrain, leurs expériences et leurs réflexions, mais aussi leurs interrogations face aux choix à venir.
Sur le terrain, les situations sont contrastées et les décisions loin d’être évidentes. Certaines prairies ont fortement souffert du manque d’eau et présentent aujourd’hui des zones clairsemées, tandis que d’autres conservent encore un potentiel de production. Faut-il regarnir les prairies dégradées, à quel moment et avec quoi ? Les tentatives de semis des nouvelles prairies dans le sec ou tardivement vont-elles réussir ? Y a-t-il encore des solutions possibles pour garantir un minimum de stock pour le printemps prochain ?
Une prairie dégradée n’est toutefois pas nécessairement une prairie à détruire.

Diagnostiquer avant d’intervenir
Une prairie peut sembler dégradée tout en conservant un potentiel fourrager intéressant. Avant toute intervention, le diagnostic doit prendre en compte trois critères : la couverture du sol, la composition botanique et l’état du sol. La présence de graminées fourragères comme le ray-grass anglais, le dactyle ou les fétuques, ainsi que des légumineuses comme trèfle blanc, trèfle violet ou luzerne, permettent d’évaluer le potentiel de la prairie. À l’inverse, une forte proportion d’adventices, d’espèces à faible valeur fourragère ou de sol nu traduit une dégradation du couvert. Le diagnostic doit être réalisé sur plusieurs zones de la parcelle afin de prendre en compte son hétérogénéité.
La réussite d’une prairie ne dépend pas uniquement du mélange choisi ou de la qualité de la semence. Elle dépend avant tout de la capacité du sol à fournir aux plantes les conditions nécessaires à leur développement.
Le fonctionnement hydrique du sol est déterminant pour la réussite d’une prairie. La réserve utile (RU), liée à la texture, la profondeur et la structure du sol, conditionne la quantité d’eau accessible aux plantes.
Un sol profond et bien structuré favorise un enracinement profond et une meilleure résistance à la sécheresse. À l’inverse, le tassement, une faible profondeur ou l’hydromorphie peuvent limiter l’enracinement et l’accès à l’eau. Avant de ressemer, il est donc essentiel d’identifier les éventuelles contraintes du sol. En effet, un nouveau semis ne corrigera pas un problème de structure ou de fonctionnement hydrique.
Le test de l’assiette peut être utilisé comme outil pratique d’observation de la densité du couvert et de la proportion de sol accessible. Si dans un 1 m², des trous de la taille d’une assiette sont observés, un sur-semis est à envisager. L’objectif est de déterminer si la prairie possède encore suffisamment de potentiel prairial pour être conservée ou sursemée.
Conserver, sursemer ou ressemer ?
Une fois le diagnostic réalisé, trois stratégies principales peuvent être envisagées. Le choix dépend du niveau de dégradation de la prairie. Une prairie encore dense et riche en bonnes espèces peut être conservée. Le but, dans ce cas, sera de ne pas dégrader par du surpâturage à l’automne, ou un pâturage trop précoce sur les repousses. Une prairie clairsemée mais avec un bon fond prairial peut être améliorée par sursemis.
Si les bonnes espèces ont quasiment disparu, le ressemis devient nécessaire. Chaque stratégie implique des niveaux différents de coût, de risque et de perturbation du système fourrager.
Le sursemis : regarnir sans détruire
Le sursemis consiste à introduire de nouvelles espèces ou variétés dans une prairie existante, sans détruire complètement le couvert. Sa réussite dépend principalement de la maîtrise de la concurrence de la végétation en place. Les plantes semées doivent disposer d’eau, de lumière, de nutriments et d’espace pour s’installer et développer leur système racinaire. Un pâturage ras ou une fauche avant le semis permet de favoriser les jeunes plantules.
Les conditions de réussites passent également par le choix d’espèces agressives, qui vont s’installer rapidement – par exemple le Ray gras hybride ou Italien et le trèfle blanc et violet – et seront semés à dose totale (25-30kg). Une légère ouverture du couvert améliore également le contact sol-graine, essentiel à la germination et à l’implantation. Passer le rouleau après semis favorise ce contact et les transferts d’eau vers la graine. Un apport de fertilisation n’est pas conseillé, pour limiter la concurrence de la prairie en place.

Quelles espèces pour redynamiser une prairie ?
Le choix des espèces doit être adapté aux conditions hydriques de la parcelle. Le ray-grass anglais et le trèfle blanc conviennent aux situations suffisamment favorables. Tandis que le dactyle et la fétuque élevée sont plus sécurisants sur sols séchants grâce à leur meilleure adaptation aux conditions estivales. La luzerne, avec son enracinement profond, peut être intéressante sur des sols profonds et bien drainés. Les mélanges graminées-légumineuses permettent enfin de combiner les atouts des espèces et, grâce à la fixation symbiotique de l’azote des légumineuses, de limiter la dépendance aux apports d’azote minéral.
La prairie multi-espèces : rechercher la complémentarité
Associer plusieurs espèces permet de répartir les risques climatiques et agronomiques en combinant des plantes aux comportements différents.
Exemple technique sur une parcelle séchante pâturée : un mélange associant dactyle, fétuque élevée, ray-grass anglais, trèfle blanc, lotier corniculé et luzerne permet de combiner plusieurs stratégies. Le dactyle et la fétuque élevée apportent une meilleure résistance au déficit hydrique. Le ray-grass anglais contribue à la production et à la qualité lorsque les conditions sont favorables. Tandis que le trèfle blanc apporte de la valeur alimentaire et fixe l’azote atmosphérique. Le lotier corniculé apporte une légumineuse adaptée aux sols séchants. Quant à la luzerne, grâce à son enracinement profond, elle peut valoriser l’eau située dans les horizons plus profonds. L’objectif n’est donc pas d’accumuler les espèces, mais de construire un mélange complémentaire.
La parole aux éleveurs
Les deux rencontres du 10 et du 15 septembre ont eu lieu sur des zones où les situations sont contrastées.
La première journée s’est déroulée sur l’exploitation de M. et Mme Vayssettes, sur le secteur de Lunac. Les prairies ont souffert cet été mais ont pu bénéficier d’orages fin août. Certaines plantes comme le dactyle, la fétuque et la luzerne veulent repartir. Ils remarquent également que les prairies laissées avec un couvert haut même sec, repartent mieux que les autres.
La stratégie de sacrifier une parcelle parking a été faite par ces agriculteurs pour ne pas dégrader les autres parcelles. Les discussions dans la parcelle visitée se sont orientées vers le sursemis des prairies, dans l’objectif de soutenir leur production et de les regarnir pour assurer du stock fourrager au printemps. L’éleveur pense semer après un passage herse étrille, à la volée, un mélange de dactyle et de fétuque, suivi d’un passage de rouleau. Le rechargement de prairie avec un méteil est envisagé dans un objectif d’augmenter le rendement de la première coupe. Dans ce secteur, les gelées précoces ne sont pas à craindre, attendre le retour de la pluie est envisageable.
La deuxième rencontre a été organisé en partenariat avec l’EPAGE Viaur sur l’exploitation du GAEC de Faral sur le secteur de Vezins-de-Lévézou à 900 m d’altitude. Dans cette zone les prairies avaient amorcé un redémarrage fin août après quelques millimètres de pluie, mais au 15 septembre le paysage a de nouveau jauni.

La plupart des agriculteurs présents vont refaire la quasi-totalité de leurs prairies. Avec les températures et le manque de pluie annoncé, aucun redémarrage des plantes n’est à espérer. Les racines sont sèches et les plantes montrent peu ou pas de feuilles vertes. L’inquiétude est grande. Le mois de septembre habituellement propice au semis des prairies sur ce secteur, ne s’annonce pas dans de bonnes conditions cette année.
Dans cette zone, les semis tardifs risquent de ne pas résister aux premières fortes gelées. Les pistes envisagées peuvent être de semer la prairie sous couvert d’un méteil qui la protégerait davantage du froid. Dans ce cas, le méteil est à semer à demi-dose, autour de 80-100kg/ha en ligne à 3 cm de profondeur. Un mélange de 3-4 espèces avec des semences de fermes peut être utilisé pour limiter le coût. Différentes espèces sont possibles : triticale, blé, seigle, avoine (maximum 20kg), trèfle incarnat, squarosum, vesce commune.
Le mélange prairial est semé à 25-30 kg/ha dans un deuxième passage à 1 cm de profondeur et roulé en suivant. Dans le cas d’un semis tardif avec le risque de gelée, le choix d’espèces avec une implantation rapide peut permettre de sécuriser son semis. L’atteinte de ce stade est 1ère talle pour les graminées, et 3 feuilles trifoliées pour les graminées avant les gelées. Les Ray-gras hybride et italien sont les graminées les plus rapides d’installation, entre 35 et 40 jours ; pour les légumineuses, le trèfle blanc et violet ont besoin de 15 à 35 jours dans de bonnes conditions.
Il n’existe pas une recette unique, l’essentiel est dans l’adaptation à son sol et à son système, et d’intervenir au bon moment pour préserver la prairie dans la durée.
Alexia DUPAIN et Charlotte MAISONABE,
conseillères en agronomie, Chambre d’agriculture
Une 3ème journée aura lieu le 30 septembre, sur le Nord Aveyron, rendez-vous à 9h30 chez Baptiste Guibert sur la commune de La Terrisse, au lieu-dit «Les Clauzels».
Contact : service «Agronomie» de la Chambre d’agriculture au 05 65 73 79 01



