Aveyron | Par La rédaction
Alors que Biocoop fête en 2026 ses 40 ans, l’agriculture biologique est à un tournant : reconnue pour ses pratiques, elle cherche aujourd’hui un nouvel équilibre économique. Tour d’horizon avec Florence Bouyssou, secrétaire de la section bio de la FDSEA.
L’agricultrice a impulsé la ferme en agriculture biologique en 2016, lors de son installation en GAEC avec son mari sur la ferme familiale, en production laitière et à une période où le lait conventionnel était en crise. À l’époque, la coopérative Sodiaal cherchait activement de nouveaux producteurs en agriculture biologique.

«L’impact positif le plus important que nous avons constaté sur notre ferme au moment de notre passage en bio, c’est le côté technique», note l’agricultrice. «Cela nous a obligé à mettre en place des rotations de culture le pâturage tournant dynamique, à implanter des prairies à flores variées, des méteils… L’objectif étant de trouver l’équilibre sol-troupeau, très important en agriculture biologique».
Technicité
Les effets du changement climatique impactent aussi fortement l’équilibre sol-troupeau si difficile à maintenir d’une année sur l’autre. «Nous avons aussi besoin de soutien technique, pour pouvoir faire face à ces changements», détaille Florence Bouyssou, qui est désormais associée à son fils (son mari Alain ayant pris sa retraite), Thomas, bien décidé à continuer à mener l’élevage en agriculture biologique.
L’agriculture biologique, dans sa philosophie, repose sur «la non-utilisation de produits chimiques de synthèse, le recyclage des matières organiques, la rotation des cultures et la lutte biologique. Tout au long de la filière, les opérateurs de l’agriculture biologique respectent un cahier des charges rigoureux».
Entre 2013 et 2021 en France, par exemple, la collecte de lait biologique a augmenté jusqu’à représenter un peu plus de 5 % de la collecte nationale de lait de vache. Le premier cahier des charges spécifique à l’agriculture biologique est apparu en 1972, et le label en 1985.
Un label qui, selon Florence Bouyssou, a toujours toute sa place dans le paysage agricole français aujourd’hui, même si l’agriculture biologique traverse une phase de turbulence depuis quelques années. «Il faut pousser pour une meilleure valorisation du bio et permettre aux consommateurs d’acheter les produits issus de l’agriculture biologique. Nous ne perdons pas de vue que cela représente un coût pour le pouvoir d’achat des ménages, mais nous travaillons à trouver un juste équilibre : une juste rémunération et des prix accessibles». Un équilibre qui pourrait se trouver via une meilleure répartition des marges, par exemple.
L’agriculture biologique à la croisée des chemins
L’agriculture biologique traverse une crise économique : la bio est moins valorisée, et les intrants sont coûteux. «Avec le cahier des charges de la bio, l’achat de tourteaux, par exemple, coûte plus cher (près de 1 300 euros la tonne)», souligne Florence Bouyssou.
Le mouvement de déconversion engagé ces dernières années se poursuit. L’Agence bio a d’ailleurs pointé le phénomène dans un récent rapport en soulignant que «en septembre 2025, le solde entre les nouveaux entrants et les sortants de la certification est négatif pour la première fois avec plus d’arrêts que de nouvelles installations».
«Le soutien de la filière pour les agriculteurs bio est d’autant plus important dans cette période de crise», note Florence Bouyssou. «Il est temps de remettre du prix dans le bio. Sans cela, les déconversions vont augmenter», craint l’agricultrice, pour qui, conventionnel ou biologique, le combat reste le même : «Que les agriculteurs puissent vivre dignement de leur métier».
Marion Ghibaudo


