Aveyron | Par Marion GHIBAUDO
Les 20, 21 et 22 octobre, le SDIS de l’Aveyron a accueilli, à Millau, les 35ème rencontres nationales du réseau emploi intégré du feu. Cette manifestation s’inscrit dans une dynamique de partage, d’innovation et de structuration des pratiques à l’échelle nationale.
Près de 300 congressistes se sont retrouvés à Millau pour débattre de brûlage dirigé, partager les bonnes pratiques de l’emploi du feu, et de lutte contre les incendies dans un contexte de changement climatique. Cet événement a regroupé de nombreux professionnels (pompiers, forestiers, agriculteurs, élus, environnementalistes, universitaires, étudiants, chercheurs) pour des journées d’échanges et de partage d’expérience.
L’intense saison des feux de forêt en 2026, et la période de sécheresse prolongée de la saison estivale, ont tout naturellement irrigué le programme de ces 3 jours de rencontres.

«Les praticiens de l’emploi du feu jouent un rôle clé dans la protection des forêts contre les incendies : ils utilisent les techniques de brûlage dirigé pour prévenir les feux de forêt et réalisent des feux tactiques lors des incendies», souligne la plaquette de présentation de l’événement.
Croiser les regards du monde pastoral, scientifique et des pompiers permet aussi d’élargir les débats, d’échanger sur les évolutions des pratiques et de gestions de territoire.
«Le bilan de ce congrès a été très positif, puisque nous avons accueilli des pompiers de toute la France, mais aussi des voisins catalans et même des invités venus du Mexique», note le capitaine Benoît Tomczak. «Les rencontres sont très positives pour les échanges de pratiques et de connaissances qu’elles permettent». Le capitaine a, par exemple, pointé les pompiers catalans, considérés dans le milieu comme à la pointe de la lutte contre le feu, et inspirent régulièrement les stratégies de lutte contre le feu du côté français.
La première journée a été consacrée à l’utilisation du feu tactique par les pompiers, «un outil qui prend de l’ampleur» dans le trousseau à disposition des équipes sur le terrain face aux feux de forêt, en complément des moyens terrestres et aériens mobilisables.
Les deuxième et troisième journées ont été consacrées à des échanges sur le brûlage dirigé, avec le monde forestier et pastoral, et en toile de fond, le sujet de l’aménagement du territoire face au changement climatique.
«Il est nécessaire de faire dialoguer économie, écologie et lutte contre les feux pour trouver des compromis et contribuer à éviter de grands feux de forêt», souligne le capitaine.
Le brûlage dirigé pour baisser le risque incendie
En Aveyron, le brûlage dirigé (ou écobuage) est porté depuis 10 ans par la cellule départementale de brûlage dirigé organisée par le SDIS de l’Aveyron. En 2026, la cellule a donc soufflé sa dixième bougie et continue de progresser.
Pour le capitaine Benoît Tomczak, qui dirige la cellule, le brûlage peut aussi être considéré comme «un véritable outil de prévention du risque incendie». Il permet de garder des milieux ouverts, utilisés ensuite par les troupeaux, ce qui permet de diminuer le combustible disponible lors des incendies.
Le brûlage dirigé est une technique qui consiste à brûler la végétation, généralement l’hiver, pour aider à maintenir des milieux ouverts. C’est particulièrement efficace pour lutter contre la propagation des flammes, et cela permet d’épargner des zones sensibles dans des territoires difficilement accessibles.
Au fil des ans, la cellule a su développer son expertise, et sa réputation dépasse désormais les frontières du département : en 2026, ses personnels ont notamment été mobilisés en renfort dans les Landes et en Gironde. «La cellule appuie les agriculteurs et éleveurs, contribue à la gestion du combustible et permet aussi aux sapeurs-pompiers de se former», détaille le capitaine Benoît Tomczak.
Cette cellule trouve son origine dans un dispositif lié au Parc naturel régional des Grands Causses, qui répondait aux besoins des agriculteurs et des éleveurs souhaitant rouvrir des milieux pour le pastoralisme. Après un temps de latence entre 2009 et 2014, à la demande des agriculteurs qui souhaitaient la maintenir, la cellule a été organisée autour du SDIS et de plusieurs partenaires : le Parc, la DDT, le Conseil départemental, l’ONF, l’OFB, le CNPF, des propriétaires forestiers privés et la Chambre d’agriculture.
La cellule réalise habituellement 3 à 5 chantiers par an, de 5 à 10 hectares chacun. Son activité, initialement concentrée dans le sud de l’Aveyron, s’étend progressivement : des chantiers ont été réalisés ou sont prévus autour de Saint-Affrique et jusque sur l’Aubrac. La cellule est composée de 9 personnes : 5 chefs de chantier et 4 équipiers. Parmi les chefs de chantier, 4 ont suivi une formation de cadre feu tactique. Le SDIS a par ailleurs formé en interne 25 équipiers et «la cellule évolue chaque année».
«Attention, rappelle cependant le capitaine Benoît Tomczak, le brûlage dirigé est une solution complémentaire, notamment lorsque les moyens mécaniques ne sont pas adaptés». Le brûlage dirigé est aussi une porte d’entrée, pour les pompiers, à la préparation de l’évolution vers le feu tactique, envisagé comme un outil de lutte contre les feux de forêt. Les chantiers de brûlage dirigé peuvent offrir aux sapeurs-pompiers locaux l’occasion de s’aguerrir, d’observer l’évolution du feu et son rayonnement thermique, et, potentiellement, de s’exercer à l’extinction.
En résumé, le SDIS apporte son expertise de la technique du feu et peut contribuer à sécuriser les parcelles afin que les agriculteurs puissent ensuite les utiliser, contribuant à la bonne tenue de ces parcelles sur le long terme.
Marion Ghibaudo


