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Le Sénat au secours de la production

Le projet de loi d’urgence agricole est débattu au Sénat depuis le 29 juin. Les élus de la Chambre haute ont choisi de replacer la production au cœur de leurs échanges. Entre réintroduction de l’acétamipride et simplification du stockage de l’eau, ils ont envoyé un message clair pour mettre un terme aux distorsions de concurrence. Mais rien n’est encore joué.

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Le projet de loi d’urgence agricole (PLUA-UPSA) poursuit son examen législatif au Sénat avant une commission mixte paritaire qui devrait se tenir « à la mi-juillet », a indiqué le 30 juin, une source proche du dossier. Les membres de la Chambre haute vont examiner jusqu’au 3 juillet pas moins de 1000 amendements, contre 2000 lors de la première lecture à l’Assemblée nationale.

Ils ont voté dans la nuit du 29 au 30 juin, la réintroduction dérogatoire et strictement encadrée de deux insecticides : l’acétamipride et la flupyradifurone. Cette décision vise à corriger une distorsion de concurrence qui pénalise nos agriculteurs. En effet, la France est actuellement le seul pays européen à s’interdire ces molécules pourtant validées par les autorités sanitaires de l’Union européenne (Efsa). Pour le sénateur Laurent Duplomb (LR, Haute-Loire), l’enjeu est de mettre fin à une « hypocrisie » qui affaiblit notamment les filières betterave, pomme, cerise et noisette. « On tue à petit feu notre production française de fruits pour finir par importer en masse ces mêmes fruits, produits avec ces mêmes molécules », a-t-il fustigé devant ses collègues. L’absence de ces outils de protection a déjà conduit à des pertes de production allant de 30 à 75 % dans certaines filières betteravières, menaçant directement 70 000 emplois et la survie des sucreries françaises.

Irritants

Cependant, le Gouvernement voit cette réintroduction d’un mauvais œil. Celui-ci a exprimé ses craintes par l’entremise de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard. Bien que favorable sur le fond, elle redoute que ce sujet « inflammable » n’agisse comme une « boîte de Pandore » et ne compromette l’adoption globale du texte. Elle craint en effet que les députés rejettent purement et simplement ce texte. « On ne va pas prendre le risque de faire capoter une quarantaine de mesures utiles pour les agriculteurs au titre d’une seule qui est certes utile mais trop clivante », a indiqué ce proche de la ministre.

Pour le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, il s’agit avant tout d’une question de pragmatisme face à l’idéologie. Il souhaite que le monde politique mène ce « combat idéologique » pour matérialiser clairement son soutien à l’agriculture française.

L’autre irritant de ce projet de loi concerne le volet consacré à la gestion de l’eau qui suit cette même logique de réalisme économique et environnemental. Le texte prévoit d’atténuer les obligations environnementales liées à la construction d’ouvrages de stockage, comme les retenues de substitution. L’idée est simple : stocker l’excédent d’eau l’hiver pour le restituer l’été. Une nécessité vitale dans un contexte de tension croissante sur la ressource. Pour beaucoup d’observateurs, les idéologies « antibassines » se heurtent aujourd’hui au « mur de la réalité » des sécheresses et des inondations.

En sécurisant l’accès à l’eau et en rendant des moyens de production efficaces aux agriculteurs, le Sénat tente de redonner de l’air à une ferme France asphyxiée par les normes unilatérales. L’adoption finale du texte sera le véritable test du courage politique en faveur de la souveraineté alimentaire.

Christophe Soulard

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