National | Par Actuagri

Les éleveurs évaluent leurs pertes à plus de 5 milliards d’euros

Quatre syndicats d’éleveurs de ruminants ont présenté le 1er septembre à Paris, le chiffrage des impacts de la sécheresse. La facture s’élève à plus de 5 milliards d’euros. Ces organisations agricoles réclament une aide de l’État mais aussi une prise en charge par les filières.

© iStock-ViniSouza128

« Nous n’avons jamais vécu une situation pareille », a attaqué Patrick Bénézit, président de la Fédération nationale bovine (FNB), agacé que le ministère de l’Agriculture n’ait pas vraiment répondu aux alertes et aux demandes des éleveurs pendant l’été, en particulier sur le volet fourrage et sur les enquêtes terrain pour constater le manque de fourrage.

Aujourd’hui, c’est l’indice satellitaire Airbus qui fait foi pour constater la quantité de fourrage sur une parcelle et qui, en conséquence, décide du niveau d’indemnités qu’un éleveur peut recevoir. « Mais cet indice ne fonctionne pas, car il établit une moyenne sur toute l’année et non sur un instant T. Surtout, il ne tient pas compte des stocks fourragers comme le faisait auparavant le mécanisme des calamités agricoles », a précisé Emmanuel Fontaine, membre de la Fédération nationale ovine (FNO).

En tenant compte du déficit fourrager et de la nécessité de reconstituer des stocks, les besoins totaux en fourrage s’élèvent à près 27 millions de tonnes. Au prix d’environ 200 euros/tonne pour disposer de foin, luzerne, maïs fourrage de qualité normale, la facture s’élève à 5,4 milliards d’euros, a compté Yohann Barbe, président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL). « Encore, on ne compte pas les petits investissements réalisés ici ou là pour acheter des abreuvoirs plus grands, les rotations avec la tonne à eau, les pertes de fertilité qui peuvent atteindre 80 % sur certaines espèces, etc. », a-t-il renchéri. Lui aussi a fortement regretté que la ministre ait exigé des « préfets qu’ils ne réalisent aucune enquête terrain ».

Réaliser des arbitrages

Les quatre organisations sont conscientes de la situation financière de la France et des 3600 milliards euros de dette publique. C’est pourquoi, ils estiment que l’État ne peut pas pourvoir à tout. C’est pourquoi, sur les 5,4 Md€, elle estime que les pouvoirs publics peuvent en prendre en charge 3 Md€. A charge pour les filières, notamment viande et lait, de mettre la main au portefeuille pour compenser les 2,4 Md€ restant.

Comment ? Par des hausses de hausses rapides de tarifs, sans faire forcément augmenter le prix au consommateur, a expliqué le président de la FNPL. « Depuis quelques mois, les vaches allaitantes ont perdu environ 300 euros par bête et les éleveurs laitiers ont vu le prix des 1000 litres de lait passer de 480 euros à 400 euros. En bout de chaîne, les consommateurs ont-ils vu les prix baisser ? Non », a-t-il affirmé, suggérant que l’aval disposait des marges de manœuvre pour dispenser une solidarité qui serait bienvenue.

Jacky Salingardes, président de la Fédération nationale des éleveurs de chèvres (FNEC) a insisté sur l’urgence des mesures à mettre en œuvre. Lui-même n’a pu récolter que 17 balles de luzerne sur les 350 qu’il aurait dû produire sur son exploitation. Or « sans luzerne, pas de lait », a-t-il précisé. Il craint comme ses homologues de devoir réaliser des arbitrages douloureux dans les prochains jours. « Est-ce que j’approvisionne mes bêtes en fourrage ou bien je décapitalise, je les vends ? », a précisé Emmanuel Fontaine. « On a déjà perdu deux mois, on ne peut pas attendre le projet de loi de finances. Je rappelle qu’on a perdu 1,3 million de vaches et un millions d’ovins en France en 10 ans », a martelé Yohann Barbe pour qui « reconstituer un cheptel coûte beaucoup plus cher que de le maintenir ».

Christophe Soulard

Toutes les actualités

Sur le même sujet

La FNB, la FNEC, la FNO et la FNPL ont adressé une lettre au premier ministre pour exiger un dispositif de gestion des risques sur perte de récoltes en prairies «réellement efficace». Les associations spécialisées de la FNSEA (producteurs de lait de vache, éleveurs bovins, ovins et caprins) dénoncent «les insuffisances et manquements» du schéma fondé uniquement sur l’indice satellite, «malheureusement plus à démontrer». «Les éleveurs en ont assez d’un système inefficient, cadenassé et malhonnête d’indemnisations des pertes en Prairies, qui ne se déclenche pas dans de nombreuses situations», qualifiant le dispositif de «supercherie». Et «d’autant plus que les éleveurs contribuent pour plusieurs centaines de millions d’euros au dispositif au travers de leur cotisation et par les prélèvements PAC», ajoutent-elles.Prenant…