Aveyron | Par Marion GHIBAUDO
Vendredi 23 octobre, la Chambre d’agriculture de l’Aveyron a organisé une journée Innov’Action autour du colza. L’occasion de scruter ses avantages et inconvénients, que l’on soit en agriculture conventionnelle ou biologique.
Dans les rotations culturales, implanter du colza présente de nombreux avantages. Mais avertissent ceux qui le pratiquent : «c’est une plante qui demande une certaine rigueur et de la technique pour la mener à bien». Le colza est un oléagineux, une plante riche en huile mais aussi en protéines végétales aux débouchés divers : alimentation humaine et animale, chimie végétale et source d’énergie renouvelable. Semé fin août et récolté en juillet, le colza couvre le sol pendant environ 300 jours et réduit ainsi l’érosion.

En 2025-26, les surfaces de colza ont atteint 1 417 000 ha, soit +12 % par rapport à 2024-25, selon Agreste, la statistique agricole. Au titre de l’année 2026, selon Terres Inovia, le colza a su «confirmer sa résilience culturale et sa capacité à soutenir le revenu des exploitations agricoles».
En Aveyron, le colza est une culture peu répandue, mais en développement, qui peut notamment permettre de diversifier les revenus et les rotations culturales. «Il n’y a pas de recette magique : les choix doivent s’adapter aux sols, à l’humidité, à la météo, à la rotation et à l’état de la culture», a pointé Quentin Lambert, ingénieur régional chez Terres Inovia.
Le matin, en agriculture conventionnelle, les agriculteurs ont pu découvrir comment Michel Blanc, à Naucelle, conduit sa culture de colza dans une rotation de grandes cultures. L’après-midi, au sein du GAEC de Saint-Hilaire, les agriculteurs ont pris connaissance de la manière dont Jean-Charles Blanc, éleveur de brebis laitières, cultive le colza en agriculture biologique.
Un intérêt agronomique et économique
Michel Blanc considère le colza comme essentiel dans ses rotations. Si son activité principale est orientée sur les grandes cultures, il a aussi un atelier de génisses à l’engraissement. Son exploitation se situe à une altitude de 500 mètres, à Naucelle, sur un sol principalement argilo-calcaire.
L’exploitation de Jean-Charles Blanc et Aurélie Mourgues se situe à 760 mètres, à Trémouilles, et les sols sont majoritairement sableux. Leur activité principale repose sur leur troupeau de brebis laitières. Pour les deux agriculteurs hôtes de la journée, le colza a rapidement trouvé sa place sur leurs exploitations.
Michel Blanc trouve son intérêt dans la sécurisation des cultures suivantes. Le colza permet de casser le cycle des graminées et gérer le salissement pour les cultures suivantes. Jean-Charles Blanc voit dans le colza une manière de diversifier son assolement, valoriser les apports organiques et rompre le cycle des maladies et ravageurs des céréales à paille.
La rotation est un facteur important de réussite de la culture du colza, avec un délai de retour minimum évoqué de 4 à 5 ans et un intervalle de 6 à 7 ans jugé préférable. Michel Blanc, pour sa part, l’utilise comme tête de rotation. Il est, par exemple, un excellent précédent pour le blé. L’agriculteur implante ensuite deux céréales à paille généralement, notamment une succession blé-orge. Le dernier avantage non-négligeable du colza est économique et permet aux agriculteurs de tirer un revenu supplémentaire de cette culture : en octobre 2026, le cours du colza s’établit à près de 500 euros la tonne en conventionnel et 800 euros la tonne en agriculture biologique.
Après récolte, au GAEC de Saint-Hilaire, la paille est récoltée et utilisée en litière pour les brebis. Chez Michel Blanc la paille est broyée sur place, et la décomposition contribue à restituer de la matière organique au sol. Enfin, le colza résiste assez bien à la sécheresse grâce à son système racinaire et surtout à la précocité de son cycle, qui lui permet d’éviter une partie des épisodes de chaleur de mai et du début de juin.
L’implantation, clé de la réussite
Jean-Charles Blanc et Michel Blanc sont d’accord sur un point fondamental : l’implantation conditionne la réussite de la culture. Elle est déterminante pour la robustesse du colza, c’est-à-dire sa capacité à supporter les attaques de bio-agresseurs, en particulier les insectes d’automne, les aléas climatiques, et donc à exprimer son potentiel de rendement dans un contexte contraint.
De plus, il est important «d’assurer une surveillance quotidienne des ravageurs aux stades critiques», selon Michel Blanc pour que la culture aille à son terme. Jean-Charles Blanc pointe, lui, les exigences de culture : «assurer une fumure suffisante à l’implantation» permet au colza de se développer en toute sérénité.
Si certaines difficultés ont été citées par les agriculteurs présents : «des levées irrégulières, des rendements qui plafonnent ou baissent, les risques de ravageurs et de maladies, des drains bouchés», les atouts l’emportent largement en Aveyron.




