Aveyron | Par Marion GHIBAUDO
Mercredi 16 septembre, le Parc naturel régional de l’Aubrac a accueilli des représentants de l’Observatoire des prairies à Saint-Urcize.
Ce projet de recherche global se penche sur le fonctionnement des prairies, un milieu naturel servant tout à la fois de réserve de biodiversité, à la production d’herbe pour l’élevage et en tant que levier d’adaptation au changement climatique.
Regroupant des chercheurs d’horizons divers, tels que l’Inrae de Clermont-Ferrand, le Conservatoire botanique national, et des chargés de mission du Parc naturel régional de l’Aubrac, l’axe de travail principal de l’Observatoire est d’analyser, sur un temps long, 150 parcelles différentes, sur une décennie, et situées entre Massif central, Morvan et Haut-Languedoc. Quinze de ces parcelles sont en Aubrac.

L’objectif est de comprendre et prédire le rôle et l’évolution de la composition floristique des prairies dans un contexte de dérèglement climatique. L’hypothèse centrale de cette recherche est que «la biodiversité peut soutenir l’adaptation des prairies aux changements climatiques, notamment par ses effets sur la production et les cycles des nutriments».
Réunis sur la parcelle de Paul Raynal, éleveur d’Aubrac dans le Cantal, cette réunion a permis de présenter le dispositif de recherche mis en place, ainsi que les travaux d’animation territoriale autour de ces recherches, puis de confronter les résultats et hypothèses scientifiques aux observations des éleveurs présents.
Les sujets abordés ont balayé les sécheresses, les pratiques de fertilisation, la diversité floristique, la gestion des prairies permanentes, etc.
Un axe d’étude supplémentaire concerne plus particulièrement la diversité floristique : Comment concilier le maintien de la diversité floristique et une production fourragère qualitative et quantitative ?
Des relevés météorologiques locaux, floristiques, microbiens et d’invertébrés du sol, ainsi qu’un enregistrement détaillé des pratiques : fertilisation organique, fauche, pâturage, dates d’entrée et de sortie des animaux, chargement et type d’animaux permettront de recueillir des données les plus larges possibles.
Des prairies aux comportements divers
Sur la prairie naturelle de Paul Raynal, des drapeaux rouges délimitent un carré de 10×10. C’est à l’intérieur de cette placette que seront relevés tous les éléments nécessaires au suivi du projet. «Cette prairie est naturelle et jamais labourée, avec apport de lisier ou de fumier tous les deux ans», a décrit Paul Raynal. «La parcelle compte 56 espèces dans le carré de suivi» selon les chercheurs, et «illustre qu’une prairie diversifiée présente un intérêt agricole».
Le chargement n’est pas, selon l’éleveur, excessif, avec deux couples par hectares. Paul Raynal réserve d’ailleurs une petite pointe de la parcelle à la fauche, pour «compléter les stocks».
D’autres éleveurs ont souligné que la pousse de l’herbe s’est arrêtée dès juin sur certaines parcelles d’exploitations, tandis que d’autres ont continué à accueillir des troupeaux. Mais les vagues de chaleur répétées ont été jugées particulièrement néfastes pour l’herbe future, et la physionomie des parcelles.
La discussion de la matinée entre éleveurs et chercheurs a mis en évidence le besoin de compromis entre productivité, diversité et stabilité lors de l’utilisation des prairies. Les intervenants ont expliqué que «la fertilisation favorise la production, notamment printanière, mais peut notamment réduire la diversité floristique», modifier les communautés microbiennes et rendre les rendements plus sensibles aux sécheresses ou autres aléas.
Mais, ont aussi souligné la dizaine de participants à la discussion du matin, «les effets dépendent aussi du sol, du climat, de l’historique et du type de prairie».
À terme, il devrait être possible de «développer des indicateurs robustes à l’échelle du Massif central et, si possible, des outils d’aide à la gestion pour les éleveurs et les conseillers», ont indiqué les chercheurs réunis à Saint-Urcize ce matin-là.
Les premiers résultats devraient de l’étude devraient être disponible d’ici deux à trois ans.
Marion Ghibaudo


