Aveyron | Par Eva DZ
Chaque été, l’Interprofession régionale du Veau d’Aveyron et du Ségala propose des visites de fermes au grand public, chez ses adhérents éleveurs. Mi-juillet c’était au tour de la famille Alaux à Sébrazac de recevoir un couple… d’agriculteurs de Mayenne à la découverte de la production de veau sous la mère en label.

Pour les vacances, Vincent agriculteur en Mayenne et son épouse, Delphine, conseillère bancaire dans le domaine agricole, ont choisi la destination Aveyron, curieux de découvrir un département qu’ils ne connaissaient pas. Passionné par son métier, Vincent a plaisir à découvrir l’agriculture d’autres territoires, les produits et les hommes et les femmes qui en sont à l’origine. Eleveur de Montbéliardes pendant 17 ans, il a démarré une conversion en allaitant, en race Limousine. «Je suis donc particulièrement curieux d’en savoir plus sur la production de veau sous la mère», confie-t-il.
«Impressionné» par la topographie
Sa prise de contact avec l’Interprofession régionale du Veau d’Aveyron et du Ségala – IRVA, le conduit à visiter la ferme de Jean-Pierre et Aurore Alaux, installés à Sébrazac. Accompagné de leur fille, Charlotte, elle aussi passionnée d’élevage et qui va entrer en 2nde au lycée La Roque, le couple a accueilli Vincent et Delphine juste avant la tétée des veaux en fin de journée. Un moment toujours magique pour qui découvre la production de Veau d’Aveyron et du Ségala. D’ailleurs à ce moment-là, après l’effervescence des retrouvailles entre mères et fils, le calme est total pendant la tétée ! Et Vincent d’immortaliser le moment en photo pour le partager avec ses deux filles qui travaillent, elles aussi, dans l’agriculture !
Entre éleveurs quelle que soit la région et quelle que soit la production, cet été, on parle évidemment sécheresse, autonomie fourragère… Jean-Pierre et Aurore Alaux ont présenté leur système d’exploitation : un élevage de 70 Limousines sur 70 ha à leur installation, une surface qui a un peu augmenté au fil du temps (autour de 100 ha dans un rayon de 10 km à la ronde) pour gagner en autonomie. «Aujourd’hui nous sommes exclusivement en système de prairies temporaires, sans engrais. Une quarantaine d’ha sont consacrés au pâturage des animaux de fin février au 31 décembre. Nous avons arrêté le maïs et nous ne produisons que 5-6 ha d’orge», explique Jean-Pierre.
En effet, les pentes escarpées qui les entourent, les petites parcelles et la présence de pierres ne facilitent pas la culture… Une topographie qui a «impressionné» le couple venu de Mayenne !
«Le moment magique de la tétée des veaux»

Ensemble, ils ont aussi parlé choix des animaux, renouvellement, sélection… Jean-Pierre et Aurore Alaux ont évoqué leurs achats de taureaux à la station d’évaluation de Gélioc : «Nous travaillons exclusivement en monte naturelle», précisent-ils, gardant le renouvellement chaque année. Le couple recherche d’abord les facilités de naissance, «les bonnes pattes et les bonnes tétines», le lait… et le caractère : «Nos vaches doivent être gentilles, c’est un critère très important» ajoute Aurore. D’ailleurs, leurs deux enfants, Charlotte (15 ans) et Jules (13 ans) ont été habitués depuis petits à suivre leurs parents dans l’élevage : «le troupeau doit être calme ! C’est aussi une condition pour pouvoir se faire remplacer au besoin plus facilement», évoque le couple.
D’ailleurs pour se faciliter la tâche, Jean-Pierre et Aurore font confiance au système de clôture virtuelle, Digit’Animal, pour la gestion du pâturage : «Nous pouvons gérer à distance ou programmer dans le temps, depuis notre smartphone, le déplacement de nos animaux, chacun étant équipé d’un collier connecté. Nous savons précisément où se trouve chaque vache et le chemin qu’elle a effectué sur 24h, si elle est allée au point d’eau… C’est un outil vraiment pratique et qui nous exempte des kilomètres de marche et du temps passé pour déplacer les clôtures», atteste Jean-Pierre. Un dispositif qui a séduit l’éleveur mayennais. Preuve que ces rencontres peuvent aussi constituer de judicieux moments d’échanges de pratiques !
L’élevage de la famille Alaux est dans un système de vêlage toute l’année «pour garantir une production régulière de veaux toute l’année», explique le couple, engagé depuis leur début dans le label rouge Veau d’Aveyron et du Ségala avec la SA4R, qui fournit notamment l’enseigne Auchan. «Nous vendons nos veaux entre 6 et 8 mois et demi au poids de 400 kg vif pour un rendement de 240 kg carcasse en moyenne», répondant à la question de la valorisation de leur production. «Nous sommes payés en fonction de l’âge des animaux, de leur classement à l’abattage… Mais surtout grâce au label, nous avons de la visibilité sur le prix garanti par une grille», expliquent Jean-Pierre et Aurore.
Fiers de perpétuer et de transmettre une tradition d’élevage
Tous deux ont «plaisir à partager notre fierté de produire une viande de qualité et de pouvoir le dire aux consommateurs». D’ailleurs, Jean-Pierre a déjà participé à plusieurs animations en magasin… à Strasbourg pour présenter ce veau fermier, né et élevé à la ferme dont la viande rosée est issue de l’allaitement par sa mère avec des céréales en complément. Le couple reçoit 2 – 3 visites par an sur leur ferme via l’IRVA. Il y a 5 ans, ils ont aussi aménagé et ouvert un gîte, labellisé Gîtes de France, et proposent à leurs hôtes qui le souhaitent de visiter leur exploitation. «Nous sommes fiers de perpétuer la tradition d’une production transmise pas nos grands-parents et qui a été reconnue par un label», témoignent-ils. Leur plus belle rencontre : «Il y en a beaucoup mais celle qui nous a le plus touché, c’est un groupe de jeunes venus de Paris qui nous a dit : «Merci de nous nourrir !».
Eva DZ


