Aveyron | Par Marion GHIBAUDO
Mardi 21 juillet, la chambre d’agriculture de l’Aveyron a organisé un coin de champs sur l’exploitation de Pierre-Henri Lacombe, pour échanger sur «la production de fourrages de qualité en été».

Ce dernier est installé depuis 2008, et en agriculture biologique depuis 2018. Il exploite une ferme de 38 vaches laitières produisant entre 180 000 et 200 000 litres de lait par an pour Biolait. Il utilise le sorgho depuis plusieurs années comme dérobée estivale entre deux céréales, et sème en TCS (techniques culturales simplifiées) pour «remplacer la monoculture de maïs sur diverses parcelles qui dégradait la qualité de mes sols. Chaque année, je devais ajouter des éléments fertilisants en plus, de l’azote, du fumier, pour essayer de maintenir les rendements».
La matinée était consacrée à la production de sorgho pâturé et autres dérobées estivales. Elle a été organisée par Charlotte Maisonabe, conseillère agronomie à la Chambre d’agriculture de l’Aveyron, en lien avec Catherine Saunier, conseillère agriculture biologique, et Arnaud Marignac, conseiller bovin lait.
La vingtaine d’agriculteurs présents sur la parcelle de Pierre-Henri Lacombe a pu échanger autour de la qualité du sorgho fourrager, notamment en période de sécheresse, et des avantages et des inconvénients de son implantation. «Pour moi, le sorgho est un couvert d’été pour valoriser le pâturage sur la période estivale» a expliqué Pierre-Henri Lacombe.
Les éleveurs recherchent désormais des cultures capables de sécuriser l’alimentation de leurs troupeaux tout en limitant leur dépendance aux ressources en eau. Le sorgho fourrager possède des qualités intéressantes, notamment sa résistance à la sécheresse et son potentiel fourrager. À cela s’ajoute un système racinaire qui puise l’eau en profondeur. «Il possède aussi une forte teneur en sucre, une grande digestibilité, une bonne appétence et représente un apport énergétique pour les ruminants» détaille Arnaud Marignac.
Pour sa part, Pierre-Henri Lacombe maintient une surface de 1,5 hectare de sorgho, avec un maximum envisagé de 2,5 hectares. Il utilise du colza fourrager et du trèfle d’Alexandrie comme couverts estivaux. Cette année, avec seulement 35 à 39 mm de précipitations depuis l’implantation, la partie non irriguée de la parcelle présente moins d’une tonne de matière sèche par hectare, tandis que la partie irriguée (30 mm apportés) affiche une estimation de 3 à 4 tonnes de matière sèche par hectare.

Des cultures face à la sécheresse
Face aux épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents, Catherine Saunier a souligné «l’importance de choisir des espèces adaptées aux stress hydriques. Le sorgho, encore peu développé en Aveyron, présente l’avantage de supporter des périodes de sécheresse et de repartir à la reprise des pluies».
Il faut distinguer deux types de sorgho : le monocoupe et le multicoupe. Concernant le sorgho multicoupe, présent sur l’exploitation de Pierre-Henri Lacombe, il existe deux types principaux : le Sudan Grass, variété précoce avec des tiges et des feuilles plus fines et une meilleure capacité à repousser, et les variétés hybrides, plus tardives.
Les sorghos BMR présentent une meilleure digestibilité mais nécessitent une préparation de sol plus soignée. La digestibilité du sorgho BMR augmente avec le temps, contrairement au Sudan Grass dont la valeur diminue avec l’âge. Il est intéressant d’associer le sorgho avec du trèfle d’Alexandrie ou de la luzerne, par exemple. «Il faut toujours apporter de l’azote dans la ration à base de sorgho pour assurer la digestion de la cellulose» rappelle Arnaud Marignac.
La culture du sorgho est souvent comparée à celle du maïs, qui, à valeur alimentaire égale, demande moins d’irrigation, tout en maintenant un rendement et une valeur énergétique équivalents. Le sorgho est une culture exigeante en matière de température. Pour assurer une levée rapide et régulière, le sol doit être réchauffé. La petite taille des graines impose une préparation soignée du lit de semence pour assurer un bon contact sol-graine et une profondeur de semis régulière entre 2 et 4 cm.
«Le sorgho nécessite moins d’eau que le maïs, ce qui offre davantage de souplesse, même si cette année particulièrement sèche a limité son développement», pointe pour sa part Charlotte Maisonabe. Elle a également rappelé qu’il s’agit d’une culture pouvant être semée en direct, sans labour ni phytosanitaires, comme le démontre l’exemple de l’agriculteur bio hôte de la journée.
«Il est important de diversifier les espèces et variétés fourragères (sorgho monocoupe, BMR, sudan grass, ray-grass, trèfle, etc.) pour sécuriser la production selon les années et les conditions climatiques» a conclu Arnaud Marignac.


