National | Par Actuagri
Lors du dernier Salon international de l’agriculture, l’interprofession bétail et viande (Interbev) et le Centre national des œuvres universitaires et scolaires (Cnous) ont scellé un partenariat avec un objectif double : garantir aux étudiants l’accès à une viande de bœuf et de veau durable et de qualité, tout en offrant aux éleveurs français des débouchés stables et rémunérateurs.
Selon de récentes études *, la précarité alimentaire touche une part importante des étudiants en France, environ 20 % des étudiants ont déjà eu recours à l’aide alimentaire (associations, distributions, épiceries solidaires) et plus d’un tiers (36 %) et même presque la moitié d’entre eux déclarent sauter des repas de temps en temps ou régulièrement par manque d’argent.

« Eduquer au bien manger »
Le partenariat mis en place par Interbev et le Cnous vise à répondre aux exigences croissantes des 2,9 millions d’étudiants en matière de qualité nutritionnelle et de responsabilité environnementale. Au-delà de la simple fourniture de protéines, ce partenariat défend une vision de la viande comme pilier d’une alimentation diversifiée, essentielle à la santé publique et à la justice sociale pour les étudiants.
En privilégiant les approvisionnements locaux, le Cnous soutient directement le modèle d’élevage herbager français, garant de la biodiversité de nos paysages. « Nos cantines s’approvisionnent en poulets, porcs et bovins 100 % français », a insisté Bénédicte Durand, présidente de Cnous. L’objectif n’est pas d’imposer la viande, mais de la proposer aux menus, a-t-elle précisé. Il n’en reste pas moins que le réseau du Cnous, qui s’appuie sur les Crous (centres régionaux) est un géant de la restauration collective avec 46 millions de repas servis chaque année dans plus de 900 structures. « Pour la filière bovine, il s’agit d’un débouché structurant », a souligné Emmanuel Bernard, président de la section bovine d’Interbev. L’enjeu est d’intégrer davantage de viandes durables et de qualité dans les menus étudiants, en visant l’objectif de 60 % fixé par les lois EGAlim et Climat & Résilience. « Notre mission est certes de nourrir les étudiants, mais aussi de les éduquer au bien manger, car c’est vers 20 ans que l’on prend ses habitudes alimentaires », a observé Bénédicte Durand.
« Impactomètres »
A travers ce partenariat, l’interprofession bétail et viandes n’entend pas se contenter d’un accord de principe. Elle déploie un arsenal d’outils opérationnels gratuits pour faciliter le « passage à l’acte » des gestionnaires. Interbev va ainsi donner aux Crous un catalogue national de fournisseurs locaux référençant déjà 110 entreprises et plus de 9 000 produits. Elle va en outre délivrer des « impactomètres » permettant d’optimiser les achats via la méthode du « bovin à l’équilibre », une technique cruciale pour valoriser l’ensemble de la carcasse et assurer une juste rémunération aux producteurs.
Enfin, elle va mettre à disposition des chefs de cuisine et aux acheteurs publics un programme de formations gratuites portant sur les fiches techniques et le guide d’achat des viandes. Ce partenariat s’appuie en outre sur le « Pacte sociétal » d’Interbev, une démarche RSE engagée depuis 2017. Celui-ci garantit aux Crous que la viande servie répond à quatre piliers fondamentaux : le respect de l’environnement, le bien-être animal, la qualité nutritionnelle et la juste rémunération des acteurs de la chaîne. Cette démarche de valorisation du produit « viande » en restauration collective s’inscrit dans un climat de défense de l’identité des produits de l’élevage. En effet, ce rapprochement avec le Cnous intervient alors que la filière vient d’obtenir une victoire historique au niveau européen sur la protection des dénominations de la viande (interdiction des termes comme « steak » pour le végétal).
(*) Notamment le baromètre de l’association Cop-1 (oct. 2024) et une enquête Ifop (Nov. 2025)
Christophe Soulard


