Aveyron | Par Marion GHIBAUDO

« Quand on abandonne l’agriculture, on abandonne aussi le reste »

Jeudi 17 septembre, la FDSEA et les JA de l’Aveyron ont, lors d’une conférence de presse, pointé l’angoisse et la frustration ressenties dans les cours de ferme, alors que les agriculteurs sont toujours aux prises avec les conséquences d’une sécheresse historique. Et ont l’impression d’être abandonnés par les pouvoirs publics.

« Un camion venant de la région toulousaine coûterait environ 700 euros de transport hors surtaxe gazole. Avec 20 tonnes de paille à 135 euros la tonne, le total atteindrait environ 3 500 euros ; avec du foin à 200 euros la tonne, le coût serait supérieur », ont calculé Marie-Amélie Viargues, Clémence Bernié et Benoît Fagegaltier, au prix du marché actuel. Les variations des prix du marché pèsent d’autant plus sur les trésoreries des exploitations.

Ce vendredi 18 septembre, les syndicats agricoles ont un nouveau rendez-vous prévu en préfecture pour prolonger les discussions sur « les petites enveloppes » prévues pour soutenir l’agriculture dans le cadre du plan CASI. Sans grand espoir de voir les lignes bouger, cependant. « Annoncer 1 milliard à l’échelle de l’agriculture nationale, ce n’est rien. Et les annonces arrivent avec du retard, les processus sont opaques, et surtout ce sont des annonces sans argent concret au bout », détaillent des syndicats agricoles remontés contre un plan jugé largement insuffisant au vu des besoins réels : « La chambre d’agriculture de l’Aveyron a estimé les besoins globaux du département à 235 millions d’euros ».

« Aujourd’hui, l’agriculture a besoin d’un quoi qu’il en coûte », ont martelé les élus FDSEA et JA devant la presse. Marie-Amélie Viargues, présidente de la FDSEA, Clémence Bernié, présidente des JA, et Benoît Fagegaltier le vice-président de la FDSEA ont souligné que le plan annoncé par la ministre de l’agriculture Annie Genevard était avant tout « plein de promesses vides ».

« On compatit, on vous comprend et une tape sur l’épaule de la part de l’administration », dénoncent FDSEA et JA, « ne suffira pas à passer l’hiver et à continuer à produire ». Les promesses politiques, selon les syndicats agricoles majoritaires, n’ont abouti qu’à « quelques petites enveloppes largement insufisantes » Elles entraînent aussi des choix horribles pour les exploitations qui doivent gérer l’urgence du manque de nourriture, des stocks qui fondent et l’inquiétude qui grandit sur les cultures qui ne peuvent pas être mises en route, au vu du manque d’eau actuel.

Industrie, sidérurgie, agriculture : des filières « abandonnées »

L’enveloppe dédiée à l’Aveyron de 2,14 millions d’euros «  répartie entre 6 500 exploitations représenterait environ 329 euros par exploitation ». « Même une aide ciblée de 2 000 euros pour les agriculteurs les plus vulnérables ne couvrirait pas le coût total d’un camion de paille ou de foin », notent les élus agricoles, au vu du prix du transport et du coût de la paille ou du foin.

Parmi les demandes portées par la FDSEA et les JA auprès de la préfecture ce vendredi 18 septembre : le versement anticipé des avances PAC puisque « 95 % des dossiers PAC aveyronnais seraient déjà instruits et pourraient donc être mis en paiement avant le 15 octobre » ; une aide à l’achat et au transport de fourrage : un dégrèvement de la TFNB, et enfin, une simplification effective des procédures d’aide au GNR.

« Nous demandons également de réserver des ressources fourragères, notamment la pulpe de betterave actuellement destinée en grande partie aux méthaniseurs, à l’alimentation animale afin de limiter la décapitalisation » dans les cours de ferme. Une décapitalisation qui pourrait être massive au vu du manque de fourrages qui se profile dans les fermes.

Enfin, la FDSEA et les JA demandent une refonte du système assurantiel, et surtout de repenser le système Airbus qui ne fonctionne pas actuellement, selon les agriculteurs, très remontés sur le sujet. « Airbus est incapable de distinguer une végétation réellement consommable d’une simple couleur verte dans les prairies », dénoncent FDSEA et JA. « Il ne faut pas s’y tromper, le peu de vert que l’on voit dans les prairies actuellement ne constitue pas des plantes consommables par les animaux ».

Les anciennes références satellitaires montreraient, selon les régions naturelles, « 40 à 60 % de pertes début septembre », selon les syndicats, alors que le nouveau système n’est plus mis à jour depuis juillet, laissant les agriculteurs dans l’expectative de ses résultats. Une saisine officielle de la préfecture a été effectuée afin d’obtenir des enquêtes de terrain de la DDT avec des experts.

« Il ne faut pas s’y tromper », ont conclu Marie-Amélie Viargues, Clémence Bernié et Benoît Fagegaltier. « Les agriculteurs sont résilients, mais la colère gronde. On est pieds et poings liés par cette crise, mais si rien de concret ne se profile, la colère des agriculteurs va s’exprimer cet automne », ont-ils averti.

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