Aveyron | Par Eva DZ

Vendanges 2026 en Aveyron : un bon cru malgré la chaleur

Une récolte de bonne heure dans la saison avec plus de 3 semaines d’avance, de fortes chaleurs qui apportent des degrés au vin, des raisins un peu moins gonflés et des vignes un peu moins garnies, voici les grandes lignes de la campagne viticole sur l’ensemble des vignobles du département… conclue par une très bonne nouvelle, sa reconnaissance Vignoble Européen 2027, au sein du vignoble du Sud-Ouest.
Isabelle Vialettes, œnologue, conseillère vitivinicole à la Chambre d’agriculture et Philippe Teulier, président de la Fédération départementale des vins de qualité de l’Aveyron font le point sur la saison.

Comment s’est passée la saison viticole en Aveyron ?
P. Teulier : «A l’image de la saison, la récolte est arrivée de bonne heure, avec 3 semaines d’avance environ, quelle que soit la situation géographique en Aveyron. Le soleil était au rendez-vous, ce qui était très bien pour l’organisation des vendanges.
Côté volumes, nous serons un peu en dessous d’une année normale. En raison des excès de chaleur, les baies sont plus petites. En revanche, la qualité sera bien au rendez-vous. Nous serons à l’optimum, avec des vins qui s’annoncent équilibrés, généreux.

I. Vialettes : Cette année nous offre une très belle surprise car la qualité sera très bonne. Nous avons pris les épisodes de canicule très tôt mais les réserves en eau de l’hiver et du début de printemps ont permis aux vignes de bien tenir. De plus l’état sanitaire était exceptionnel et les vignerons ont eu très peu d’interventions à réaliser.
Néanmoins les rendements sont un peu plus faibles cette année car les premières canicules sont arrivées à la formation des grappes. Cela n’empêchera pas la qualité !

Quel est votre regard d’œnologue sur le vignoble aveyronnais ?
I. Vialettes : En Aveyron, être viticulteur ou vigneron est compliqué parce que nous ne sommes pas dans une grande zone viti. Ils ne disposent pas, par exemple, de laboratoire d’œnologie de proximité pour analyser leurs vins… Je les trouve donc très méritants parce qu’ils doivent être encore plus réactifs pour corriger leur travail en chais.
Pour avoir un bon vin, il faut un bon raisin et des vignerons professionnels. En Aveyron, c’est le cas !

Comment appréhendez-vous les problématiques actuelles de changement climatique, de nouvelles tendances de consommation du vin ?
P. Teulier : Même si nous sommes de petits vignobles, nous ne sommes pas épargnés par la crise viticole. Nous espérons vraiment sortir de cette spirale parce que les vignerons d’Aveyron le méritent. Leur travail au quotidien dans des vignes où le travail est entièrement manuel puis dans les caves où ils ne manquent pas d’idées pour innover, leur montée en compétences méritent d’être reconnus. Et la meilleure reconnaissance est un consommateur qui a plaisir à goûter (et regoûter) nos vins !
Quant au changement climatique, l’effet millésime est très marqué sur nos vignobles, et nous oblige à davantage de rigueur.

I. Vialettes : Les vignerons vivent en effet une période compliquée entre la déconsommation de vin et l’adaptation au changement climatique. Dans le département, je tiens à préciser qu’il n’y a pas d’arrachage de vigne et que le potentiel de développement est réel, à condition d’être bien accompagnés et de bien réfléchir son projet, parce qu’être vigneron ne s’improvise pas, c’est un métier. Les aléas climatiques font partie du métier et les vignerons savent s’adapter. Peu à peu, les vignes vont «monter», elles ont donc toute leur place en Aveyron, là où l’amplitude thermique entre les nuits et matinées fraîches et les journées chaudes est idéale pour la vigne et l’atteinte d’une maturité optimale.
Quant à la consommation, j’invite tout le monde à goûter et regoûter les vins aveyronnais (avec modération) ! C’est la meilleure reconnaissance et le meilleur soutien que l’on peut leur apporter !

Quels sont les projets pour les vins de l’Aveyron ?
P. Teulier : Autour de nos 4 AOP et de notre IGP, nous continuons de pousser notre projet d’ODG commun. Nous sommes sur de petits vignobles et nous cherchons à mutualiser nos coûts d’appellation, tout en préservant nos identités respectives. Pour être plus efficaces sur la communication et la promotion de nos vins.

I. Vialettes : Le travail pour un ODG (organisme de défense et de gestion) commun se poursuit avec l’INAO et les présidents de nos appellations. Il nécessite du temps car il faut faire comprendre que sur nos petits vignobles, nos exploitants s’occupent de leurs vignes, récoltent le raisin, préparent leurs vins, tout cela dans un contexte soumis aux aléas. Il faut avoir un sens de l’adaptabilité hors pair et cette démarche d’ODG commun leur donnera davantage de poids, de crédibilité.

Parmi les animations organisées par la Fédération départementale des vins de qualité de l’Aveyron, il y a les foires aux vins de l’été. Comment s’est déroulée la saison 2026 ?
I. Vialettes : Nous avons en effet depuis quelques années, pris l’habitude d’organiser deux foires aux vins pendant l’été : l’une itinérante en juillet et la seconde à Marcillac en août. Une vingtaine de vignerons de toutes les appellations du département répondent présents. C’est une belle vitrine des vins de l’Aveyron, avec à certaines occasions, des associations avec d’autres produits de qualité, comme cette année à Millau, le Roquefort, le Pérail. Nous sommes de plus, toujours très bien accueillis par les municipalités.

Philippe Teulier, président de la Fédération départementale des vins de qualité de l’Aveyron et Isabelle Vialettes, œnologue, conseillère vitivinicole à la Chambre d’agriculture sont fiers de la reconnaissance Vignoble Européen 2027.

Comment percevez-vous cette reconnaissance Vignoble Européen 2027 pour l’Aveyron ?
P. Teulier : C’est une belle reconnaissance. Au sein de l’interprofession Vins du Sud-Ouest, nous sommes heureux de voir le vin de l’Aveyron au Pays Basque reconnu à l’échelle européenne. Nous sommes fiers que les communes, puisque ce sont elles qui acceptent la dénomination, aient adhéré à la démarche : Millau, Marcillac, Estaing, Entraygues, Le Fel et l’Agglomération de Rodez puisque l’une des communes sous appellation Marcillac en fait partie. Ensemble nous serons plus forts pour communiquer et faire la preuve de la diversité de nos vignobles, de la variété de nos cépages, de la mosaïque de nos paysages, de la spécificité de nos terroirs. Une diversité qui nous réussit !
Au-delà, nous aurons aussi à cœur de défendre notre secteur de production créateur d’emplois, aménageur de territoire et véritable pare-feu. Des arguments qui doivent peser aujourd’hui et que nous voulons partager avec les élus qui nous soutiennent. Nous travaillons pour eux et ils travaillent pour nous !

I. Vialettes : C’est une belle récompense. Il y a derrière ce projet de belles rencontres avec les élus des territoires viticoles du département. Ils sont tous derrière nous ! Ensemble avec l’interprofession des vins du Sud-Ouest, nous avons porté ce dossier jusqu’à l’Europe et cette récompense nous sera remise au prochain congrès des maires à Paris. Cette distinction doit aussi décomplexer les vignerons du département face aux grandes appellations, ils sont tout aussi méritants !».

Recueillis par Eva DZ

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