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Investissement agricole : 30 ans d’équipements sous pression réglementaire

En trente ans, le taux d’investissement agricole a bondi de 23,4 % à 37,5 % de la valeur ajoutée, indique une étude de l’Insee publiée le 28 octobre. Poussée par la baisse des actifs et les exigences des réformes successives (PAC, environnement), cette course aux équipements a décuplé la productivité, mais pèse lourdement sur les trésoreries.

Crédit : iStock- mammuth

Depuis trois décennies, les exploitations agricoles connaissent une transformation structurelle. Pour compenser le déclin de la main-d’œuvre et respecter un cadre législatif et réglementaire toujours plus important, la ferme France a intensifié son recours au capital productif.

Selon l’Insee, les agriculteurs ont beaucoup plus investi dans leurs exploitations : la part de leurs richesses (formation brute de capital fixe- FBCF / rapportée à la valeur ajoutée brute) consacrée à l’achat de matériel ou de bâtiments est passée de 23,4 % (entre 1990 et 1994) à 37,5 % (entre 2020 et 2024).

Cette hausse de 14,1 points dépasse nettement celle du reste de l’économie (+2,7 points pour les entreprises non financières, à 21,7 %). Cette modernisation des outils de production s’inscrit dans un contexte de forte érosion démographique. L’emploi agricole total a chuté de 50,9 % depuis 1990 (-722 500 équivalents temps plein – ETP), pour s’établir à 696 100 ETP en 2024. Le nombre d’exploitations en France métropolitaine est tombé à 349 600 (-62,2 % par rapport aux 924 000 fermes recensées en 1990).

Pour gérer des structures agrandies tout en se conformant à l’inflation législative, les agriculteurs ont été incités à s’équiper. Dès les années 1990, la Directive Nitrates (1991) et les programmes nationaux de maîtrise des pollutions (PMPOA 1 et 2) ont imposé des mises aux normes lourdes pour le stockage des effluents d’élevage (fosses à lisier, fumières).

Par la suite, les réformes de la Politique agricole commune (PAC) — avec la conditionnalité des aides en 2005 (BCAE) et les éco-régimes (2023-2027) —, la loi sur l’eau de 2006 et le plan Écophyto ont accéléré l’achat d’outils de précision : pulvérisateurs homologués, guidage GPS, rampes d’épandage pendillard et matériel de désherbage mécanique.

Ces investissements ont été soutenus par les aides publiques, dont la dotation Jeunes agriculteurs (DJA, 6,3 % de la FBCF) et le Plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations (PCAE). Résultat : entre 2020 et 2024, les engins et machines spécialisées ont absorbé 64,5 % des investissements annuels, avec une hausse en volume de 49,8 % en trente ans pour le matériel spécialisé (traite, récolte, travail du sol), éclipsant celle des tracteurs (+20,1 %), relate l’étude de l’Insee.

Des investissements contraints qui pèsent sur la rentabilité

Tous les secteurs ne partagent pas cet élan d’équipement. Tandis que la FBCF en produits non agricoles a progressé de 24,6 % en volume, l’investissement en produits agricoles a chuté de 34,3 %, soulignent les statisticiens. Ce recul traduit la décapitalisation de l’élevage et le retrait des surfaces pérennes.

Le bétail reproducteur s’est effondré de 48,8 % en volume, le cheptel bovin passant de 8,6 à 7,0 millions de vaches. Les plantations de vignes et vergers ont reculé de 27,8 % en volume (-18,9 % pour le vignoble), malgré une orientation vers les signes de qualité, en particulier les appellations d’origine protégée (AOP) (54,8 % de la FBCF en plantations).

Surtout, cette modernisation encouragée par les réformes et la recherche de productivité s’est faite à un coût très élevé. L’augmentation des dépenses s’explique par l’envolée des prix des équipements (+62,3 % en moyenne), très importante pour les bâtiments (+81,9 %) et les tracteurs (+61,4 %).

Il faut sans doute y voir un contre-coup de la hausse des prix de certaines matières premières (comme l’énergie) pendant les périodes « Covid » et « invasion de l’Ukraine », que l’Insee se contente d’effleurer. À cela s’ajoute l’usure du matériel : la consommation de capital fixe est passée de 22,4 % à 34,4 % de la valeur ajoutée. Résultat : le renouvellement des équipements absorbe désormais 43,1 % du résultat brut de la branche, contre 30,0 % trente ans plus tôt.

Alors que les investissements des non-salariés agricoles ont littéralement explosé de 221,7 % en euros constants, leurs gains réels n’ont pas suivi la même trajectoire. Le bénéfice brut par actif n’a progressé que de 124,6 %, et le bénéfice net final se limite à une hausse de 91,6 %, pointe l’Insee. Malgré les aides, l’alourdissement des charges d’amortissement liées aux mises aux normes et à la mécanisation pèse plus que jamais sur le revenu réel des agriculteurs, conclut l’étude. 

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