National | Par Agra

Zones intermédiaires : cap sur la robustesse

Longtemps poussées à l’agrandissement et à la spécialisation céréalière, les zones intermédiaires sont aujourd’hui confrontées aux limites de la recherche de performance. Une étude des Chambres d’agriculture France appelle à un changement de modèle axé sur la « robustesse et la synergie territoriale ».

Crédit : iStock – Florent Martin

A l’image des autres territoires français, les zones intermédiaires sont confrontées à la multiplication des chocs climatiques, économiques et géopolitiques. S’étendant dans une vingtaine de départements de la Lorraine aux Charentes, ces territoires aux sols pierreux et peu profonds disposent d’une réserve en eau limitée.

Historiquement dédiés à la polyculture-élevage, ils se sont spécialisés dans les grandes cultures sous l’effet des soutiens à l’hectare de la PAC. Entre 1988 et 2010, les surfaces en rotation colza-orge-blé y ont progressé de 21 %, rappelle l’étude. Cette trajectoire s’est accompagnée d’une course à l’agrandissement : la surface moyenne atteignait 103 ha en Bourgogne-Franche-Comté et 115 ha en Centre-Val de Loire en 2020, contre moins de 70 ha au niveau national.

Pourtant, cet agrandissement n’a pas compensé un potentiel agronomique restreint. De 2018 à 2022, le rendement moyen en blé tendre y plafonnait à 60,1 q/ha, contre 72 q/ha en moyenne nationale et plus de 80 q/ha dans les grandes plaines, relate Magali Catteau, l’auteure de l’étude.

Dans le même temps, l’élevage s’est effondré : dans les 18 départements 100 % en zone intermédiaire, le nombre de fermes laitières a été divisé par 5 entre 1988 et 2010. Sans fertilisation organique, le recours aux engrais minéraux et aux produits phytosanitaires s’est alourdi, tandis que la mécanisation représente désormais 30 % des charges totales.

Fragilisées par cette dépendance aux intrants et la stagnation des rendements, ces exploitations subissent de plein fouet la volatilité des marchés. En 2023 et 2024, le revenu courant avant impôts des céréaliers s’est effondré de 83 % puis de 76 %, souligne la note de dix pages. Pour le CGAAER**, le modèle hyper-spécialisé fondé sur la performance est dans une impasse.

« Réancrage territorial » 

Face à ce constat, l’étude de CdAF préconise de substituer à la performance maximale une logique de « robustesse » visant à réduire la sensibilité des fermes aux aléas. À l’échelle de l’exploitation, la priorité pourrait ainsi être donnée à la diversification des cultures, à l’allongement des rotations et à l’introduction de légumineuses.

La réintroduction de l’élevage, via l’aviculture ou des ateliers collectifs, offre également une voie prometteuse pour restaurer les équilibres agronomiques sans surcharger le travail, indique Magali Catteau. Cette transition nécessite toutefois un « réancrage » territorial global.

La fermeture de 70 % des outils de collecte et de transformation laitière depuis 1970 a accéléré la déprise. Pour recréer de la valeur locale, la structuration de filières courtes, les marques territoriales et la pluriactivité (méthanisation, agritourisme, services écosystémiques) deviennent indispensables, souligne l’auteure.

Pour elle, le collectif apporte des réponses concrètes : la mutualisation des équipements au sein des CUMA permet d’alléger jusqu’à 31 % les charges de mécanisation. Enfin, les politiques publiques ont également leur rôle à jouer, notamment via les mesures agroenvironnementales et climatiques (MAEC). Ainsi, la MAEC « eau » de la PAC 2023-2027 (entre 69 €/ha et 92 €/ha) a permis d’accompagner le changement de certaines pratiques.

Magali Catteau estime que les zones intermédiaires sont des laboratoires des transformations à venir et peuvent ainsi tracer la voie à une agriculture plus autonome et résiliente. 

(*) Disponible sur le site des Chambres d’agriculture France

(**) Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) 

Toutes les actualités

Sur le même sujet

Le nouveau contrat d’objectifs et de performance des Chambres d’agriculture passé avec l’État décline en objectifs le plan stratégique des Chambres d’agriculture conclu en 2025. Il comporte aussi un chapitre supplémentaire portant sur l’organisation et la gouvernance du réseau des organisations. Crédit : Actuagri Lors de la session de la Chambre d’agriculture France, l’État représenté par Annie Genevard, ministre de l’Agriculture et le réseau des Chambres d’agriculture France, par son président Sébastien Windsor (CdA France), ont conclu le Contrat d’objectifs et de performance (COP) 2026-2031. Ce document de 60 pages « précise les ambitions et les objectifs partagés entre l’Etat et les Chambres d’agriculture à l’égard de l’activité du réseau et tous les établissements qui le composent ». Ce texte…