Aveyron | Par Marion GHIBAUDO
Mercredi 22 juillet, à l’invitation de la FDSEA et des JA, la préfète d’Aveyron, Claire Chauffour-Rouillard, s’est rendue au GAEC de Campalvies à Camarès. Pertes fourragères, assurance, stockage de l’eau : les acteurs agricoles ont exposé leurs inquiétudes et appelé à des réponses durables face aux conséquences de la sécheresse.

La réunion a rassemblé élus agricoles, éleveurs, coopératives et assureurs afin d’échanger sur les enjeux communs. Marie-Amélie Viargues, présidente de la FDSEA, a souligné, en introduction, que les problématiques subies dans le sud Aveyron sont souvent précurseures de ce qui peut se passer ailleurs dans le département.
Installé depuis 25 ans sur l’exploitation familiale, qui en est à sa 5ème génération d’éleveurs de brebis laitières pour le compte de l’AOP Roquefort, Matthieu Bernat a vu les effets du changement climatique sur sa production.
Avec ses associés, Laure et Alexandre Bernat, il a déjà enregistré « près de 30 % de pertes en première coupe » sur ses fourrages. L’affouragement a également démarré plus tôt cette année : « normalement, on distribue une botte par jour à partir de juillet pour les brebis. Cette année, à cause de la sécheresse, on a commencé à distribuer plus tôt, et on est à deux à trois bottes par jour ».
Si l’exploitation est autonome en fourrages les années sans épisode climatique, la facture va être salée pour 2026, puisque les associés ont déjà prévu d’acheter 40 tonnes de paille. À cela s’ajoute de la luzerne déshydratée, « environ 25 tonnes de plus que les autres années ».
L’an dernier, détaille Matthieu Bernat, les trois agriculteurs ont décidé de semer 80 hectares de ray-grass. Une stratégie qui, d’après l’éleveur, leur a sans doute permis de sauver les meubles cette année : « si on avait laissé des prairies de longue durée, ou utilisé des mélanges suisses, on serait à 60 % de pertes ». Même en semant des ray-grass, il y a des pertes, souligne toutefois l’agriculteur.
Au-delà de la sécheresse, les participants ont également évoqué les pertes fourragères, les difficultés d’approvisionnement, le système assurantiel, la gestion de l’eau et la prédation. Autant d’enjeux qu’ils souhaitent voir remonter au niveau national.
La préfète d’Aveyron a confirmé « sa volonté d’écouter les acteurs du terrain, d’identifier les urgences et de se projeter sur des solutions structurelles à plus long terme ». Clémence Bernié, présidente de JA Aveyron, a noté que « la préfète était à l’écoute et consciente des problématiques agricoles touchant l’ensemble du territoire ». Mais a pointé « sa grande inquiétude face à la décapitalisation du cheptel et à l’épuisement humain des agriculteurs, qui doivent gérer simultanément les récoltes, les ressemis et l’alimentation des animaux dans des conditions de chaleur extrême ».
Jean-Baptiste Massebiau, autre agriculteur présent à la réunion, a fait le choix inverse en « maintenant ses brebis au pâturage le plus longtemps possible ». Il a également semé 15 ha de luzerne, mais celle-ci « a entièrement grillé ». Soit, au total, «une perte de 62 % de la production fourragère». «Ma ferme ne pourra pas durer longtemps comme ça», se désole Jean-Baptiste Massebiau.
De plus, pointent les agriculteurs, «les parcours sont eux aussi de moins en moins exploitables car les sécheresses successives éliminent les espèces appétantes au profit d’espèces moins nutritives».
Pour le président de la Chambre d’agriculture, Laurent Saint-Affre, ces échanges ont permis de mettre en avant la gravité de la situation actuelle : «peu importe la stratégie, finalement, rien ne fonctionne».
Le système assurantiel en question
Les éleveurs, la FDSEA et les JA ont vivement critiqué le système assurantiel des prairies, notamment son indice satellitaire. Mesurant la couleur de la végétation, il peut indiquer une repousse verte après 20 mm de pluie, alors que la luzerne brûle à nouveau 15 jours plus tard.
Quant au système de moyenne olympique ou triennale, la présidente de la FDSEA en a pointé l’absurdité : «on reçoit les indemnisations lorsque les granges sont pleines, plutôt qu’au moment où on en a besoin». Ce qui ne correspond pas à l’urgence d’une année de sécheresse comme celle en cours, où les éleveurs ont besoin de financement immédiat pour acheter du fourrage, et faire les investissements nécessaires sur leurs fermes.
Les représentants des assurances présents à la réunion ont convenu que le système était complexe. Ils ont rappelé qu’il est, pour l’instant, construit à l’échelle de la ferme France, et non des territoires, ce qui crée des tensions.

La problématique aiguë du stockage de l’eau
L’eau a aussi fait couler beaucoup d’encre lors de cette réunion. «L’absence de réserves de printemps compromet toute la saison. Et l’irrigation ne concerne pas uniquement le maïs, mais aussi les semis d’herbe et les prairies, permettant de nourrir les animaux plusieurs semaines supplémentaires», a détaillé la présidente de la FDSEA.
Elle a regretté que, malgré des précipitations importantes cet hiver, aucune eau n’ait pu être retenue, aggravant la situation estivale. La simplification administrative doit aussi être appliquée au stockage de l’eau, ont appuyé les éleveurs.
Claire Chauffour-Rouillard a mentionné que «la loi d’urgence agricole (ndlr : votée le 21 juillet par l’Assemblée nationale) fixe un objectif de doublement des capacités de stockage de l’eau d’ici 2035». Elle réfléchit désormais aux moyens de décliner cet objectif à l’échelle du département, en tenant compte de la réalité territoriale. « L’accès à l’eau pour les animaux est aussi une problématique urgente », a relevé Clémence Bernié.
En lien avec le stockage de l’eau, les participants ont évoqué la prévention des incendies. Ils ont rappelé le rôle des agriculteurs notamment grâce au pâturage en sous-bois et au stockage de l’eau, qui peut aussi servir de réserve incendie.
« L’abandon du pâturage dans les sous-bois, lié à la prédation et à la diminution du nombre d’éleveurs, contribue à l’accumulation de végétation sèche et donc au risque d’incendie », ont souligné ces derniers. « Il est nécessaire de travailler la prévention des feux de forêt en s’appuyant sur l’agriculture comme levier historique, en reconquérant des pratiques passées efficaces pour faire face au changement climatique », a conclu la préfète de l’Aveyron.


