National | Par Actuagri
Enjeux sociétaux et élevage ne font pas toujours bon ménage. Mais des pistes existent pour apaiser les choses.
Le projet Entr’Actes (Acteurs face aux enjeux sociétaux), piloté depuis 2023 par les instituts techniques de l’élevage (Idele), du porc (Ifip) et de l’aviculture (Itavi), s’est clôturé par un colloque réuni récemment à Paris. L’actualité et la complexité du débat ont été résumées, en fin de journée, par Dominique Grasset, éleveur de poulets et président de la toute nouvelle commission Responsabilité Sociétale (RSO) de l’interprofession volaille de chair (Anvol). « Il existe une incompréhension croissante entre l’élevage et la population autour d’enjeux sociétaux (bien-être animal, plein air…) qui remet en question la pérennité des filières».
Cinq considérations majeures en découlent, poursuit en substance Dominique Grasset :
- 1) les éleveurs ne forment pas un groupe homogène et l’accompagnement doit s’adapter à chacun ;
- 2) Il existe un décalage entre les futurs éleveurs, souvent irrités par les injonctions contradictoires de la société, et leurs futurs conseillers, qui y voient plutôt des opportunités agroécologiques ;
- 3) Pour recréer du lien avec le citoyen, l’éleveur est le plus crédible pour communiquer mais c’est pour lui une tâche chronophage qui ajoute à sa charge mentale ;
- 4) Il convient d’agir ensemble pour briser l’isolement et dégager des moyens financiers ;
- 5) les outils existants ne dispensent pas de s’appuyer sur des personnes de proximité. »
Et l’éleveur du Maine-et-Loire de conclure que « le projet Entr’Actes nous évite l’illusion qu’il existerait un changement sans douleur ».

« Ne pas s’isoler »
Les deux tables rondes de la journée ont montré que l’élevage fait évoluer ses pratiques pour répondre aux attentes d’un consommateur-citoyen lui-même « schizophrène » tant l’écart est grand, parfois, entre les attentes proclamées et l’acte d’achat finalement réalisé. Marie-Andrée Luherne, productrice de lait dans le Morbihan et présidente déléguée de l’interprofession laitière (Cniel), a rappelé la somme de « petits pas » induite, partout sur le terrain, par la Charte des bonnes pratiques d’élevage. « On ne pratique pas l’ébourgeonnage des veaux comme il y a trente ans », a-t-elle expliqué tout en reconnaissant que certaines problématiques continuent à interroger les ONG et parfois les filières elles-mêmes : la séparation de la mère et de son veau, la difficulté de concilier la traite robotisée et l’accès des vaches au pâturage…
La vice-présidente de la FNPL insiste aussi beaucoup sur l’importance pour les éleveurs, à commencer par les jeunes, de « ne pas rester isolé » pour affronter les défis sociétaux. Investissez-vous dans les Cuma, le contrôle laitier, les Chambres d’agriculture…, recommande-t-elle tout en ajoutant que, de manière générale, « l’élevage ne valorise pas suffisamment ce qui est déjà fait ».
« Je raconte mon histoire »
« On a déjà trop attendu pour communiquer. L’information, aussi légère soit-elle, permet de lancer le débat », approuve Lucie Mainard, éleveuse de poules pondeuses bio en Vendée, très active sur les réseaux sociaux. Quand elle s’est installée, en 2019, « personne ne communiquait sur la volaille. Au début, j’ai pris la vague animaliste dans la face, mais cela se passe plutôt bien depuis. Je raconte mon histoire, je ne suis pas là pour porter la parole des collègues », explique-t-elle tout en affichant sa confiance envers la Cavac, sa coopérative. Autre exemple de réalisation et de communication réussies, le bâtiment porc alternatif Physior, lancé par Le Gouessant (Côtes-d’Armor), qui associe accès à l’extérieur, chargement animal moindre qu’en conventionnel, queues entières, zones de couchage, d’alimentation et de déjection distinctes.
« Les résultats technico-économiques sont là et les mises-bas en liberté fonctionnent bien », témoigne Mathilde Radek, la responsable Innovation du groupe coopératif. « Plus de 2 000 visites ont permis de rassurer les consommateurs. L’aval de la filière est plutôt partant. Des éleveurs aussi, fiers de s’engager dans un projet qui place le bien-être animal au centre », détaille-t-elle en substance. « Néanmoins, le voisinage reste réticent car des voix abolitionnistes (de l’élevage, ndlr) demeurent. » Les attentes sociétales seront-elles jamais rassasiées ?
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