Aveyron | Par Jérémy Duprat

Piéger le frelon asiatique : un appel à la mobilisation

Les beaux jours arrivent doucement mais sûrement. Et avec eux, les colonies de frelons asiatiques.

Chaque année, la fondatrice survit à l’hiver. Enfouie dans la terre, cachée dans un recoin. «Avec l’arrivée de l’hiver, la quasi-totalité des frelons meurent. Seules les femelles fondatrices survivent. Un seul nid a la capacité de générer plusieurs centaines de fondatrices. Pour éviter le renouvellement des nids, le piégeage demeure la méthode la plus efficace. Vers mi-février, les fondatrices partent fonder leur colonie. C’est à ce moment-là qu’il faut les piéger, avant qu’elles ne donnent naissance à des milliers d’individus», explique Jean Blanchot, président du GDSA12, le Groupement de défense sanitaire apicole.

Longtemps critiqué, le piégeage permet pourtant la diminution du nombre de nids. De 2016 à 2019, l’ITSAP (Institut technique et scientifique de l’abeille et de la pollinisation) a mené une étude sur trois départements français. «Cela a permis de constater que la présence de pièges au printemps permet de diminuer le nombre de nids à proximité. Cet effet est d’autant plus fort sur plusieurs années consécutives. Nous voyons depuis des années le Muséum national d’histoire naturelle appeler à éviter le piégeage de printemps. C’est une erreur et aujourd’hui nous en payons les conséquences», assure Jean Blanchot.

Car au moment où le printemps pointe le bout de son nez, et avec lui les fondatrices, les apiculteurs sont inquiets. «Le frelon asia-tique chasse les abeilles pour nourrir ses larves et assurer l’apport en protéine de sa colonie. Les dégâts sur la ruche, c’est le prélèvement direct d’abeilles mais aussi et surtout le stress et l’affaiblissement pro-gressif que la présence du prédateur induit. Elles deviennent comme paralysées et apeurées, elles ne vont plus prélever le nectar, le pollen et l’eau pourtant nécessaires à leur survie. Quand je vais voir mes ruches et que je me fais piquer parce que les abeilles sont inquiètes, je sais que le frelon est déjà là même si je ne l’ai pas encore vu», assure le président du GDSA12.

Au-delà de l’impact pour l’apiculture, dégâts qui ont déjà poussé de nombreux apiculteurs à arrêter depuis 2020, année record de pression du frelon asiatique, ce sont les impacts sur la biodiversité qui sont inquiétants. «Le frelon ne se nourrit pas seulement d’abeilles. Mais aussi de guêpes, de syrphes, de diptères, de papillons… C’est tout l’écosystème qui est abîmé. C’est pour cela que cette année, nous appelons vraiment à la mobilisation de tous. Il faut piéger les fondatrices dès maintenant. Si chaque Aveyronnais installe un piège dans son jardin, je peux vous assurer que la situation serait bien moins inquiétante», estime Jean-Bernard Fayel, administrateur au GDSA et technicien sanitaire apicole.

Pour piéger les frelons, la bonne vieille méthode de la bouteille avec un appât fonctionne toujours. Diverses versions sont également disponibles dans les magasins et les pharmacies. Cette année, un piège sélectif est commercialisé. «C’est un piège avec un entonnoir spécial fait pour laisser passer le frelon asiatique et pas le frelon européen. C’est un prototype, nous n’avons pas encore le recul nécessaire. Nous allons le tester cette année. Quoi qu’il en soit, il est primordial de piéger au printemps, moment crucial pour le frelon asiatique et où seule la fondatrice est susceptible d’être piégée», rappelle Alain Tessier, co-président du syndicat de l’Abeille de l’Aveyron.

Pour conclure, les acteurs présents rappellent l’importance de contacter la mairie, des apiculteurs ou bien les référents compétents sur la commune lorsqu’un nid est détecté pour assurer sa destruction.

Jérémy Duprat

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