National | Par La rédaction

Les forêts françaises en souffrance climatique et sanitaire

L’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) a publié mi-octobre son inventaire forestier national* pour l’année 2025. Si la forêt se régénère de manière naturelle, elle peine à préserver sa précieuse ressource en bois.

© iStock-olrat

La forêt française se porte moins bien qu’il n’y parait selon l’IGN qui a dressé un bilan inquiétant de l’année écoulée. Selon l’établissement public, la mortalité annuelle des arbres a augmenté de 0,5 % en 2024 à 0,6 % en 2026. Cela peut paraître peu mais le volume représente tout de même presque 17 millions de mètres de cubes (Mm3) par an, sur la période 2015-2023 « soit une mortalité 2,3 fois supérieure à celle de la période 2005-2013 », indique le rapport. Les deux causes principales sont le changement climatique et les attaques sanitaires, la seconde étant la conséquence de la première.

« Les écosystèmes forestiers évoluent sous l’effet du changement climatique, parfois de manière lente et diffuse (dépérissement, changement des pratiques sylvicoles…), parfois de manière rapide et massive (épidémies, tempêtes, incendies…) », note l’étude de l’IGN dans le rapport. Antoine Colin, coordinateur de l’observatoire des forêts de l’établissement public, résume la menace qui pèse sur ces écosystèmes. « Aujourd’hui dans la forêt française, un arbre sur 20 est mort ». Cette perte peut-elle remettre en cause la superficie globale des forêts ? Pas dans l’immédiat car la forêt qui couvrait près de 10 Mha en 1908, s’étend aujourd’hui sur 17,6 Mha. Et elle progresse d’environ 50 000 ha par an. « L’exode rural, les révolutions agricoles et industrielles, le boisement des terres soutenu par le Fonds forestier national (1947-1999 : 2 millions d’hectares boisés ou reboisés) et la poursuite des reboisements en montagne ont grandement contribué à cette expansion d’après-guerre », explique l’IGN.

39 mégatonnes de CO2

Les propriétaires forestiers (propriétaires privés, communes, Etat, sociétés privées…) sont exposés aux incendies. Leur fréquence ainsi que le nombre moyen des hectares brûlés a augmenté depuis le début du XXIe siècle. Selon Copernicus, plus de 36 000 ha sont partis en fumée en 2025 en France. L’année la plus calme sur le front des incendies en France a été 2013 avec 891 ha brûlés, la plus intense en 2022 avec 66 337 ha. Or perdre des arbres, c’est se priver d’un puissant capteur de carbone. « Chaque hectare de forêt contient aujourd’hui en moyenne 82 tonnes de carbone dans ses arbres vivants, à comparer aux 73 tonnes en moyenne en 2009 », souligne le rapport.

Ce potentiel est attaqué par les crises sanitaires liées au réchauffement climatique qui fragilise les arbres. Les insectes, notamment les scolytes, y creusent des galeries pour pondre leurs œufs. Depuis 2018, ce sont entre 120 et 130 000 ha (37 Mm3) de conifères (22 Mm3 d’épicéa et 15 Mm3 de sapin) qui ont été touchés. Et ce, malgré le plan mis en place en avril 2024 par le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau. En bout de chaîne, la captation carbone par les arbres ne joue plus son rôle. « Les forêts françaises ont séquestré 39 mégatonnes de CO2 en 2015-2023, soit 38 % de moins qu’en 2005-2013 », rapporte l’inventaire forestier qui s’appuie sur des données collectées pendant cinq ans.

https://www.calameo.com/read/0011885827c418636cbd4(*)

Christophe Soulard

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