National | Par Actuagri

La FNB veut enrayer la décapitalisation

A la veille de son congrès qu’elle tiendra les 4 et 5 février prochains à Cournon d’Auvergne, la Fédération nationale bovine (FNB) a appelé à redonner des couleurs à l’élevage français.

Après quelques années très difficiles, les cours de bovins ont repris des couleurs et la situation des éleveurs quelque peu s’est améliorée. Le point de bascule a été identifié à la fin du printemps 2025, entre mai et juin, «lorsque le prix de vente des animaux au départ de la ferme (Jeunes bovins catégorie U, ndlr) a dépassé l’indice du coût de production», a indiqué Patrick Bénézit, le président de la FNB.

Selon les chiffres de l’Institut de l’élevage (Idele), cet indice était en mai de 6,05 euros/kg et le prix payé aux éleveurs, en moyenne de 6,40. Depuis un peu plus de six mois, cet indice est resté stable quand le prix d’achat aux éleveurs a grimpé à 7,23 euros/kg. Plusieurs facteurs expliquent cette hausse. Tout d’abord les lois Egalim qui ont eu un effet sur le marché intérieur mais aussi le marché européen qui a «tiré les prix car la décapitalisation est également européenne», a-t-il expliqué. A elle seule, la France a perdu plus d’un million de vaches en dix ans, dont 700 000 vaches allaitantes. La faute à «une mauvaise rentabilité et à des mauvais choix politiques (…) Avec le découplage des aides, la PAC n’a pas favorisé l’élevage», a observé Patrick Bénézit.

© iStock-Gregory_DUBUS


Si cette embellie réjouit les éleveurs et «donne du baume au cœur», selon l’expression du secrétaire général, Cédric Mandin, la FNB n’oublie pas que nombre de leurs confrères sont «encore dans le rouge» pour avoir accumulé les dettes au cours des dernières années quand le coût de production oscillait autour des 5-6 euros le kilo pour un prix de vente entre 3,76€/k et 5,20-5,30€/kg et des écarts négatifs moyens d’environ 0,9€-1€/kg. «beaucoup d’entre nous continuent à rembourser les trous qu’ils ont creusés, ou sont obligés d’investir sur du matériel vieillissant car ils n’ont pas pu le faire avant», a admis Patrick Bénézit. C’est notamment ce phénomène qui a entraîné la décapitalisation du cheptel français mais aussi européen. Le cheptel bovin de l’UE a diminué de 9 % entre 2014 et 2024 pour atteindre environ 70 millions de bovins*

«La coupe est pleine»

La FNB est consciente que le maintien du troupeau allaitant passera par «signal fort extrêmement fort» venant du gouvernement et de la Commission européenne. Certes la profession et la filière ont obtenu quelques avancées après l’application du volet «élevage» du plan de souveraineté agricole et alimentaire mis en place en 2024 par le ministre de l’Agriculture de l’époque, Marc Fesneau. «On a obtenu quelques avancées fiscales, sur les normes, mais il reste encore beaucoup de points à régler», a concédé le président de la FNB.

Au premier rang d’entre eux l’indice satellitaire sur les prairies «qui ne fonctionne pas quand il le devrait (…) Sur ce point, la coupe est pleine. Il faut revenir à des contrôles plus efficaces», a-t-il martelé. La prédation «qui ne fonctionne pas non plus», le bien-être animal sur lequel «la Commission européenne nous fait encore des misères» ainsi que le dossier sanitaire sont aussi sur la liste.

Sur ce dernier point, Patrick Bénézit presse le Gouvernement de muscler les services du ministère de l’Agriculture. «Il faudrait moins de fonctionnaires pour compter les loups et plus pour lutter contre les épizooties», a-t-il dit. Enrayer la décapitalisation passe aussi par «la garantie des marges et donc du revenu, mais aussi par la garantie du renouvellement des générations.

Aujourd’hui la moitié du cheptel français est entre les mains d’exploitants qui ont plus de 50 ans», a précisé Cédric Mandin. Cet objectif passera aussi par la réouverture des frontières à l’exportation pour les broutards. Après l’Italie, l’Espagne et le Kosovo ont annoncé aux autorités françaises leur accord pour une reprise des mouvements d’animaux issus de zones vaccinales II vers leur territoire, sous conditions. «C’est une bonne nouvelle», a commenté Patrick Bénézit.

(*) vaches laitières, allaitantes, veaux, bœufs…

Christophe Soulard

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