National | Par Eva DZ
Chaque ministère accueille un poste de haut fonctionnaire en charge de l’égalité des droits et de la lutte contre les discriminations. Ils sont 14 à travailler en réseau et sous le pilotage d’Aurore Bergé, ministre de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. Naïda Drif Lamia occupe ce poste au ministère de l’agriculture depuis novembre 2022. Elle explique son rôle et ses missions au service de l’égalité des droits en agriculture et de la lutte contre les discriminations.

En quoi consiste votre mission ?
N. Drif Lamia : «J’ai reçu à ma nomination par le ministre de l’agriculture, ma lettre de mission dont l’objectif est de définir, impulser et coordonner le plan d’action du gouvernement et sa déclinaison auprès des 36 000 agents du ministère et de toutes les politiques publiques dépendantes du ministère de l’agriculture : enseignement agricole public et privé, monde agricole et rural dont les acteurs de la profession, les organisations professionnelles, les associations en lien avec le monde agricole… Nous veillons aussi au bon fonctionnement des dispositions instituées par la loi.
Quelles sont vos actions ?
N. Drif Lamia : Nous participons à l’élaboration des lois, textes législatifs et réglementaires, en lien avec le cabinet du ministère. Nous proposons toutes les mesures de nature à faire respecter l’égalité des droits et à lutter contre les discriminations.
Dans le cadre du plan interministériel pour l’égalité entre les femmes et les hommes 2023-2027 «Toutes et tous égaux», je porte deux mesures pour le ministère de l’agriculture : la première vise à soutenir la création, la reprise ou le développement d’entreprise agricole par des femmes et la deuxième vise à favoriser l’égalité filles-garçons dans l’enseignement agricole ainsi que la mixité dans les formations dites «genrées».
Au sein de la loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture (LOSARGA), nous avons veillé à ce que soit reconnu et valorisé le rôle des femmes en agriculture. La rémunération et la protection sociale, l’accès au métier, des sujets souvent invisibles que nous avons voulu voir pris en compte dans la reconnaissance des femmes.
Comment portez-vous votre action sur le terrain ?
N. Drif Lamia : Je participe à de nombreux événements sur la question de la place des femmes en agriculture. Ces rencontres sont l’occasion de partager les expériences, les initiatives et les actions en faveur de l’égalité. Nous travaillons également régulièrement avec les associations, comme Agridées, Vox Demeter, sur des problématiques particulières tel l’entrepreneuriat féminin en agriculture.
Au Salon de l’agriculture, lors d’une table-ronde organisée par le ministère de l’agriculture, nous avons donné la parole à des femmes qui ont témoigné de leur parcours, de leurs difficultés, de la manière dont elles les ont levées… En suivant, à l’initiative de la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, des groupes de travail, réunissant la profession agricole, les organisations professionnelles, Safer, CUMA, MSA… et les différents services du ministère, ont initié une consultation citoyenne sur la place des femmes en agriculture, lancée l’été dernier, afin de mieux cerner les attentes et les enjeux. Il y était question d’installation-transmission, de formation, de santé-conditions de travail, d’engagement et de statut-retraite.
Tous ces échanges, ces travaux alimentent notre feuille de route qui a abouti à un plan d’action national (lire encadré).
Quel regard portez-vous sur la place des femmes en agriculture pour demain ?
N. Drif Lamia : Dans les années à venir, la moitié des agriculteurs partiront à la retraite. Je pense que pour faciliter leur renouvellement, il faut partir de la formation : plus de 200 000 élèves sont formés chaque année dans les établissements agricoles, les femmes y ont toute leur place. Nous travaillons avec la DGEAR sur la mixité dans l’enseignement agricole. Une étude sociologique en 2024 a révélé que l’enseignement agricole accueillait 45% de filles et 55% de garçons mais la disparité reste encore grande selon les filières (production animale, services aux personnes).
Les femmes représentent un quart des chefs d’exploitation et 30% des actifs agricoles : leur contribution est essentielle à l’agriculture et absolument nécessaire au renouvellement des générations agricoles. La ministre de l’agriculture s’est saisie de ce sujet et œuvre pour que la place des femmes soit nettement améliorée dans le monde agricole. Son action sera traduite dans le plan national (lire encadré). Déjà notre certification Afnor, depuis 2013, est une reconnaissance de l’engagement du ministère sur l’égalité et la diversité hommes/femmes au sein de nos services et dans les établissements agricoles, y compris jusque dans les territoires puisque nous nous appuyons sur un réseau d’une trentaine de référents égalité et diversité».
Recueillis par Eva DZ


