Aveyron | Par La rédaction
Entretien avec Hélène Ancessi, déléguée départementale aux droits des femmes et à l’égalité.
En Aveyron comme ailleurs, les questions d’égalité ne sont ni abstraites ni lointaines. Elles traversent la vie quotidienne, les familles, les exploitations, les entreprises et les institutions. À la DDETSPP, Hélène Ancessi est en charge de la politique publique égalitaire. Son cap tient en une phrase simple : «S’assurer d’avoir une société qui gère les différences sans violence ni discrimination».

Trois axes pour agir
- La lutte contre les violences sexistes et sexuelles : physiques, psychologiques, financières, administratives, harcèlement, prostitution… les formes de violence sont multiples. Plus de 90 % sont commises envers des femmes. Une femme sur 6 de plus de 15 ans en a été victime au moins une fois. Ces situations touchent toutes les couches de la population, quels que soient l’âge, la catégorie socio-professionnelle, le niveau d’éducation, l’origine… Pour Hélène Ancessi, ces réalités s’inscrivent dans une société encore marquée par des racines patriarcales. «C’est pourquoi il n’y a pas d’homologue dédié à une cause masculine sur ce poste», précise-t-elle. Il faut lutter contre ces racines pour espérer un début d’égalité, dans la vie comme au travail.
- L’égalité professionnelle
Accès à tous les métiers, y compris ceux catalogués masculins, accès aux responsabilités, égalité salariale, parité : le monde du travail reste un terrain majeur. Dans les territoires ruraux, où les femmes sont souvent très impliquées dans les exploitations sans toujours bénéficier d’une reconnaissance équivalente, ces enjeux prennent une dimension particulière. - La culture de l’égalité
Sport, politique, vie associative, engagement citoyen, l’égalité ne se décrète pas seulement par la loi, elle se construit par l’éducation, les représentations et les pratiques quotidiennes.
Accompagner sans se substituer
Face aux violences conjugales, les évolutions sont réelles, même si le chemin reste long. «Aujourd’hui, une femme met en moyenne 5 ans à quitter un conjoint violent, contre 15 ans au début des années 2000. Cela reste une belle progression», souligne-t-elle, invitant à un optimisme lucide.
Ce travail repose sur un réseau de partenaires – associations, institutions, forces de l’ordre, services sociaux, applications dédiées – créant un véritable filet connecté (voir notre article). «On travaille ensemble pour faire circuler les informations. Nous cherchons principalement à prévenir les violences, prendre en charge les victimes et éviter les récidives».Un centre pour accompagner les auteurs de violences a récemment été mis en place. Accompagner demande cependant du recul. La victime reste libre de ses choix. Elle peut hésiter, pardonner, revenir en arrière. «Il y aura forcément des retours en arrière et parfois une mise en échec des dispositifs. Il faut l’accepter : cela fait partie du processus». Juger ou imposer serait contre-productif.
Pour la déléguée, les clichés s’installent tôt et concernent tout le monde : famille, école, monde professionnel. «Il y a un éveil des consciences, mais c’est un travail de chaque instant». Concrètement, elle anime le réseau de partenaires et finance des actions de sensibilisation : interventions au sein de l’Éducation nationale, formations auprès des personnels et des institutions, soutien à des associations comme le Planning familial… L’objectif est pédagogique. En fil rouge, une même exigence : faire de l’égalité une réalité concrète, dans les actes comme dans les mentalités.
Une démarche qui profite aussi aux hommes
Hélène Ancessi insiste sur un point : son travail bénéficie également aux hommes. Lutter contre les stéréotypes, c’est aussi casser des représentations qui les enferment : pression à la virilité, difficulté à exprimer les émotions, assignation à certains rôles… L’égalité libère tout le monde. Prendre en compte la sensibilité de l’autre, s’interroger sur l’existence d’un rapport hiérarchique ou d’un ascendant, se regarder soi-même avant de juger la réaction d’autrui : chacun a «une pierre à poser à l’édifice d’un avenir plus égalitaire». Elle résume son engagement par une formule : «Bien vivre ensemble».
Dans les campagnes comme en ville, le silence isole. «Que vous soyez victime ou témoin, ne restez jamais seul. Il y a toujours un interlocuteur discret pour aider ou orienter».
Rym Mekhalfa


