Aveyron | Par Didier Bouville

Baisse des revenus des éleveurs : FBL demande une aide à l’État

La sonnette d’alarme est tirée. Une baisse des revenus des éleveurs, des charges qui ont augmenté davantage que le prix du lait. France Brebis Laitière souhaite un soutien des pouvoirs publics.

Lors de son assemblée générale, jeudi 20 avril, France Brebis Laitière a fait un point sur la situation de sa filière, qui compte 4 000 professionnels et plus de 8 000 éleveurs pour 1,6 million de brebis, soit autour d’un tiers du cheptel français. Chez FBL, comme dans toutes les autres filières d’élevage, le manque de rémunération des éleveurs inquiète. Pris en étau entre la hausse des charges et l’inflation qui contracte la consommation intérieure, notamment sur un produit de niche comme le lait de brebis, les agriculteurs rognent sur leur rémunération. Sans oublier les effets de la sécheresse, dernier coup d’estoc de cette année 2022.Sébastien Bouyssière, animateur de FBL, s’appuie sur un travail récemment publié par le réseau Inosys.

Premier élément central de l’étude : l’explosion de l’indice IPAMPA (Indice des prix d’achats des moyens de production agricole) lait de brebis. «Cet indice représente le panier des charges que vous avez sur les fermes, en moyenne, en mettant en relation les prix d’achats supportés par les éleveurs et leurs dépenses d’investissement. Au cours de l’année 2022, ce chiffre a augmenté de 17,7%, sur une base 100 en 2015. En début d’année, l’IPAMPA lait de brebis était de 140,2. L’évolution du prix des aliments, des engrais et de l’énergie explique pour 80% de l’augmentation de ce chiffre en 2022», explique l’animateur de FBL.

Si l’augmentation des prix de vente du lait a permis d’atténuer le choc, elle est loin de contrebalancer entièrement la hausse des charges. «Le revenu des éleveurs a baissé en moyenne de 27%. Le total des produits affectés à l’atelier ovin lait a augmenté de 3,7%, soit 66 euros/1000 litres. Le prix du lait a augmenté de 2%, la vente des agneaux de 8% et des réformes de 7%. Finalement, en moyenne sur la campagne 2021, un UMO exploitant se rémunérait 1,4 SMIC. En 2022, l’estimation actuelle est autour d’un SMIC. Tout simplement parce que les coûts de production sont passés de 1982 euros/1000 litres en 2021 à 2163 euros. En face, le produit des ateliers (le prix du lait, des agneaux, les aides, etc), s’élève à 1795 euros en 2021 et 1861 euros en 2022, selon des estimations. Si ce produit est inférieur au coût de production, cela ne veut pas dire que vous perdez de l’argent. Mais que la variable d’ajustement, la rémunération de l’éleveur, n’est pas au niveau de l’objectif fixé : se rémunérer à hauteur de 2 SMIC», résume Sébastien Bouyssière.

La hausse du coût de la vie impacte tout le monde. Forcément, le marasme économique global force le consommateur à arbitrer ses dépenses. «Concernant un produit comme le lait de brebis, plutôt haut de gamme et destiné à un public particulier, l’impact est plus important. Le lait de vache par exemple, malgré la hausse du prix de vente, est resté relativement stable en termes d’achat par les consommateurs. Sur l’ultra-frais de brebis, la baisse de la consommation est de 11% sur l’année dernière. Les fromages de brebis quant à eux accusent une baisse de 7%, avec de fortes variations entre les différents fromages de brebis : les fromages à pâte fraîche ne s’en sortent pas trop mal par exemple. À titre de comparaison, le fromage de vache a perdu 2% en termes d’achat dans les rayons. Et puis, côté bio, c’est encore plus compliqué : en fromage de vache, la baisse est de 9%, en fromage de chèvre 12% et en brebis nous avons perdu 22% des volumes de consommation», regrette Sébastien Bouyssière.

Une nouvelle abrupte qui ne rassure pas. Face à ce constat, la FBL demande une aide de l’État de 30 millions d’euros. Ou plutôt, a déjà demandé une aide depuis de longs mois. En octobre, l’association avait adressé un courrier au ministère de l’agriculture. Une lettre restée sans réponse. «Aujourd’hui, nous réfléchissons à la suite. Devons-nous organiser des actions, des manifestations ? Car l’enjeu c’est de sauvegarder les élevages en activité. Mais aussi maintenir un renouvellement des générations : un objectif clair des prochaines années. Et tout cela passe par un revenu décent pour permettre aux éleveurs de gagner leur vie correctement», assure Sébastien Bouyssière.

La rédaction

Toutes les actualités

Sur le même sujet

Les adhérents d’APO – Alliance Porci d’Oc étaient réunis en assemblée générale, vendredi 14 juin. Lionel Tauriac, le président et Mikaël Le Gallic, directeur général, ont fait le point sur l’activité et sur les projets de la coopérative. La coopérative APO était en assemblée générale vendredi 14 juin à Rodez © APO Malgré une année 2023 plus compliquée, hausse des énergies et des charges en général, baisse de la production porcine, la coopérative APO «s’en sort très bien» selon ses responsables. «Que nous dégagions un résultat positif après cette année difficile est une vraie satisfaction», résume Lionel Tauriac.Appuyé de son directeur, Mikaël Le Gallic, le président de la coopérative explique cette bonne santé par la complémentarité entre les différentes activités…