National | Par Actuagri
L’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) a présenté le 19 janvier à Paris ses orientations stratégiques à l’horizon 2030. Avec l’objectif que la science permette de répondre aux attentes des agriculteurs et des consommateurs.

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Dans un monde en mutations et en tensions, alors même que la recherche est remise en cause sur de nombreux continents, l’Inrae a réajusté sa stratégie en tenant compte des crises économiques, sociales, sanitaires et géopolitiques. «Car celles-ci se combinent avec des chocs encore plus forts», a insisté Philippe Mauguin, PDG de cet institut de recherche qui n’a pas caché la rude concurrence livrée par des pays comme la Chine. C’est ainsi que l’Inrae a identifié 15 «défis recherche et innovation», qui seront déclinés sur le court, le moyen et le long terme. «Construits de manières interdisciplinaires, ils s’organisent en mode projet, autour d’objectifs clairs et de livrables précis», a-t-il indiqué. Ils sont regroupés dans cinq grandes orientations scientifiques : changements globaux et risques associés ; transition agroécologique et transformation des systèmes alimentaires ; bioéconomie sobre et circulaire ; une seule santé (One Health, ndlr) et enfin intelligence artificielle et numérique au service des transitions.
Les filières en attente
Cinq d’entre eux, un dans chaque catégorie, ont été présentés à l’occasion d’une conférence de presse. Le premier concerne «les nouveaux outils de pilotage des ressources en eau. Il s’agit ici d’étudier les effets du changement climatique sur le cycle de l’eau, mais aussi sur les usages, surtout quand on sait que les surfaces irriguées ont été multipliées par trois en 50 ans et que plus de 60 % de l’eau bleue* sert à l’agriculture», a expliqué Sami Bouarfa, chef adjoint du Département Aqua. «Nous allons mettre les modèles agronomiques et hydrologiques ‘‘en dialogue’’, notamment dans trois territoires sensibles : Loire-Bretagne, Adour-Garonne et Vallée du Rhône ». A travers les « nouvelles approches de surveillance et de vaccination pour la santé animale», l’Inrae ambitionne de «développer avec nos partenaires publics et privés** cinq vaccins en cinq ans pour lutter notamment contre la grippe aviaire, la fièvre catarrhale ovine, le syndrome dysgénésique et respiratoire du porc ou encore la dermatose nodulaire contagieuse», a assuré Pauline Ezanno, cheffe du département santé animale de l’Inrae. «Nous savons que les filières attendent beaucoup de la recherche. C’est pourquoi nous souhaitons délivrer des vaccins qui soient acceptables et mobilisables sur le terrain, pas trop coûteux, industrialisables et naturellement efficaces», a-t-elle ajouté.
Dans le cadre de sa troisième orientation scientifique (OS3), l’Inrae compte également poursuivre son travail sur les biotechnologies et les ferments du futurs à travers des jumeaux numériques, c’est-à-dire une représentation virtuelle fidèle d’un objet, d’un système ou d’un processus réel, qui est alimentée en continu par des données du monde réel afin de le simuler, de l’analyser et d’en prévoir le comportement.
Intelligence artificielle
Afin de mobiliser les microbiomes pour des innovations alimentaires favorables à la santé (OS4, une seule santé), Christophe Chassard, directeur du département microbiologie et chaîne alimentaire (Mica), veut faire avancer les connaissances sur les écosystèmes microbiens. Son objectif est de présenter trois livrables d’ici cinq ans : tout d’abord un «aliment fonctionnalisé dont le bénéfice santé et/ou nutritionnel aura été démontré. Ensuite un nouveau complément alimentaire en réponse à un besoin en santé humaine. Et enfin, une solution thérapeutique innovante associant un ou plusieurs micro-organismes. Pour cibler une pathologie ou un syndrome humain». Naturellement l’intelligence artificielle «devrait être en mesure d’accélérer le transfert des innovations en agriculture», a soutenu Carole Caranta, directrice générale déléguée Science et innovation d’Inrae. Les travaux en cours devraient aboutir dans les cinq prochaines années à fournir par exemple un outil de détection et de reconnaissance des maladies végétales via l’application Pl@ntNet, a-t-elle illustré.
Christophe Soulard – Actuagri
(*) l’eau bleue est l’eau douce liquide présente dans les rivières, les lacs, les réservoirs et les nappes phréatiques. Rappelons qu’environ 500 à 510 milliards de m3 (Mdm3) de précipitations (eau, neige, grêle…) tombent chaque année en France et que l’agriculture n’utilise qu’environ 4 à 5 Mdm3.
(**) Anses, Cirad, écoles vétérinaires, laboratoires vétérinaires…


