National | Par Actuagri
L’hiver qui s’achève restera dans les annales comme l’un des plus éprouvants pour l’agriculture française. Avec un mois de février historiquement pluvieux et des sols saturés à un niveau jamais vu depuis 1959, le bilan publié par Météo-France le 4 mars dessine le portrait d’une France sous les eaux.
Tous les agriculteurs, quels qu’ils soient, quelles que soient leurs productions et où ils se trouvent, ont connu un des hivers les plus pluvieux depuis le début des mesures, en 1959. L’hiver 2025-2026 s’est caractérisé par un défilé ininterrompu de tempêtes et de précipitations, classant la saison au 8ᵉ rang des plus arrosées depuis 67 ans, devançant même le record de 1970. Les cumuls ont été impressionnants : 798 mm à Quimper, 737 mm à Durban-Corbières (Aude) et 526 mm à Montpellier.
Sur une grande partie de la façade atlantique et du pourtour méditerranéen (qui a connu une importante sécheresse pendant trois ans), il a plu plus d’un jour sur deux, avec un record de quarante jours consécutifs de précipitations à partir de janvier. Selon Météo France cette pluviométrie « exceptionnelle » a provoqué des crues généralisées sur 85 % des cours d’eau surveillés. La Maine, la Charente et la Garonne ont atteint des niveaux proches des crues historiques de 1981 ou 1994, inondant des milliers d’hectares. En conséquence, près de 300 communes sont d’ores et déjà reconnues en état de catastrophe naturelle, et de nombreux agriculteurs déplorent des dégâts importants sur leurs infrastructures et leurs parcelles. Seuls le Nord et le Pas-de-Calais, durement touchés les années précédentes, ont été épargnés par ces crues.

Des sols saturés
L’impact le plus préoccupant reste l’état des terres. L’indice d’humidité des sols a atteint un niveau record, et la saturation quasi totale du territoire va inévitablement retarder l’assèchement printanier. Cette humidité anormale des sols risque de perturber gravement le calendrier des semis et les interventions culturales de début de saison. Météo-France rappelle surtout que ces réserves hydriques (celles des nappes phréatiques inertielles et réactives) ne constituent pas une garantie contre une éventuelle sécheresse estivale, car tout dépendra des températures et des pluies des prochains mois.
La FNSEA et Jeunes agriculteurs ne cessent d’alerter les pouvoirs publics sur la nécessité de construction de nouvelles réserves de substitution pour anticiper les périodes de sécheresse. Mais à ce jour, la quasi-totalité des projets sont stoppés, souvent à grands renforts de décisions de justice, comme le Conseil d’État vient de le réaliser le 2 mars** A croire que le principe d’intérêt général majeur appliqué au secteur agricole et consacré par le dernière loi d’orientation reste lettre morte…
Avant-goût de 2100 ?
En parallèle de cette humidité extrême, la France a connu un hiver anormalement doux, le quatrième plus chaud depuis 1900 avec une anomalie de + 1,7 C. Février 2026 s’est hissé au deuxième rang des mois de février les plus doux, avec une anomalie de + 3,5 C et des pics dépassant 20 C, comme à Châteauroux où le mercure a grimpé jusqu’à 24 C le 25 février. Cette chaleur inhabituelle a provoqué un bourgeonnement précoce de la végétation, exposant les cultures à un risque majeur de gelées tardives si une chute brutale des températures devait survenir.
Viticulteurs, arboriculteurs mais aussi les céréaliers gardent en mémoire le gel tardif d’avril 2021 qui avait anéanti une grande partie de la production française. En tout état de cause, ce scénario de pluies intenses s’explique par un air plus chaud capable de contenir davantage d’humidité, un effet direct du réchauffement climatique anthropique. Ce bilan 2025-2026, marqué par 49 jours de vigilance rouge et orange pour les crues, constitue un véritable avant-goût des hivers futurs dans une France qui se dirige vers une trajectoire à + 4 C d’ici 2100.
Christophe Soulard
(*)https://meteofrance.fr/actualite/presse/bilan-climatique-de-lhiver-2025-2026-une-succession-dintemperies
(**) Le 2 mars, le Conseil d’État a annulé l’arrêté de juillet 2024 qui visait à faciliter la création de retenues dans les zones humides de moins d’un hectare.


