National | Par Actuagri
Les ministères de l’agriculture et des PME ont présenté le 23 avril dans un communiqué, les conclusions de l’Observatoire des négociations commerciales pour 2026. Celui-ci révèle une quasi-stagnation des prix à +0,05 %, bien loin des +3,5 % demandés par les industriels. Derrière cette stabilité de façade, la pression des distributeurs sur la matière première agricole s’intensifie, fragilisant l’amont des filières.

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Les chiffres de l’Observatoire des négociations commerciales annuelles ont été rendus publics. Ce groupe, réunissant les organisations représentantes des industriels (ANIA, FEEF, ILEC, Coopération agricole) et les enseignes de la grande distribution (FCD) sous l’égide du Médiateur des relations commerciales agricoles, dresse un bilan amer pour les producteurs. En ouverture des discussions, qui se sont déroulées entre le 1er décembre 2025 et le 1er mars 2026, les industriels affichaient des besoins de revalorisation à hauteur de +3,5 % en moyenne, un niveau légèrement supérieur aux +3 % de l’année précédente. Pourtant, à l’arrivée, la variation du «prix 3 net» – soit le tarif général après déduction des remises et de la coopération commerciale – n’affiche qu’une très faible hausse, quasiment imperceptible de +0,05 %. Cette moyenne globale cache des disparités sectorielles particulièrement alarmantes pour l’agriculture française. Si l’épicerie sucrée et les surgelés parviennent à maintenir une hausse d’environ 1 %, les secteurs piliers de la souveraineté que sont les produits laitiers, les produits frais, l’épicerie salée et les boissons subissent des baisses de prix comprises entre 0,3 % et 0,5 %. Pour ces filières, la stabilité affichée au niveau national est un trompe-l’œil qui dissimule une érosion réelle des prix payés par l’aval.
L’amont sous haute surveillance
En effet, au-delà des chiffres bruts, c’est la méthode de négociation qui inquiète. La loi Egalim pose le principe de la non-négociabilité de la Matière première agricole (MPA), mais ce dogme est de plus en plus contourné par des demandes de justification incessantes de la part des enseignes. En 2026, les industriels rapportent que les distributeurs ont exigé des explications préalables sur la part MPA dans 65 % des cas, contre 62 % en 2025. Cette pression est particulièrement marquée pour les produits frais, les produits laitiers et les surgelés, secteurs où la tension sur les marges est la plus importante. Bien que la négociation directe de la part MPA soit illégale, ces demandes d’explications fonctionnent comme un levier de pression indirect pour rogner sur les tarifs finaux.
L’étude de l’Observatoire souligne également un glissement des options de transparence choisies par les entreprises. L’option 1, qui détaille la part de chaque matière première, reste marginale (moins de 10 %), tandis que l’option 3, basée sur une attestation de commissaire aux comptes, s’effrite au profit de l’option 2 (part agrégée). Cette méfiance structurelle de la distribution envers les coûts de production de l’amont reste un frein majeur à une répartition équitable de la valeur.
Enfin, le dispositif de sécurisation que constitue la clause de révision automatique des prix en cours de contrat demeure largement sous-utilisé. Elle n’a concerné que 15 % des contrats sur l’année écoulée. Bien que son activation ait permis une hausse dans 55 % des cas, le manque de rigueur dans la rédaction contractuelle empêche ce mécanisme de jouer son rôle de bouclier face à la volatilité des marchés. Le constat de l’Observatoire est sans appel : les agriculteurs restent les variables d’ajustement d’une distribution qui refuse d’intégrer pleinement la réalité de leurs coûts de production.
Christophe Soulard – Actuagri


