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Baromètre de l’installation : pour un jeune sur trois l’agriculture est une vocation

La société Eloi, spécialisée dans la transmission des exploitations grâce à sa plateforme digitale, a présenté son baromètre de l’installation agricole à l’occasion d’une table ronde au Sia pro. Premier enseignement : les jeunes choisissent ce métier par passion mais les obstacles restent nombreux avant l’installation.

C’est une donnée encourageante, la majorité des jeunes qui se lancent dans le métier d’agriculteur le font par passion, pour être proche de la nature, des animaux, au contact du vivant. Avoir un métier utile, qui a un sens. C’est ce qu’indique l’étude faite par la société Eloi, créée en 2019 à Rennes et devenue un des acteurs de la transmission avec sa plateforme digitale (eloi.eu), où des porteurs de projets (10 000 sont inscrits sur la plateforme) sont mis en relation avec des cédants. « Mais ce n’est pas parce que c’est un métier-passion qu’il ne faut pas en vivre, d’où l’importance d’un prix juste quand on s’installe », déclare François Moret, co-fondateur de Eloi. Or la recherche du foncier et le financement restent précisément les principaux obstacles à l’installation selon le baromètre Eloi.

© iStock-fatihhoca

« Parcours du combattant »

L’enquête porte sur 400 réponses issues d’un groupe témoin : 300 porteurs de projets et une centaine déjà installés, âge moyen 35 ans, dont un quart de femmes, 60 % définis comme non issu du milieu agricole (Nima) et 89 % de diplômés.

Leurs réponses le confirment : les obstacles à l’installation sont la difficulté à trouver du foncier pour un candidat sur deux, la recherche d’une ferme adaptée pour 59 % et son financement pour 57 % d’entre eux. Autre enseignement de cette étude : huit porteurs de projets sur dix considèrent l’accès à l’installation comme « un parcours du combattant », au moment où l’on cherche à attirer des jeunes. 40 % des candidates féminines considèrent que le fait d’être une femme est un frein supplémentaire en raison de sexisme ou des doutes sur leur crédibilité.

Et pourtant les trois-quarts des porteurs de projets ont confiance dans leur démarche et plus des deux tiers dans l’avenir du monde agricole. D’ici 2030 la moitié des agriculteurs vont partir en retraite mais il y aurait déjà vingt mille fermes à reprendre. Il faut attirer des jeunes. « Nous sommes au pied du mur » déclare François Moret, « il faut déléguer avant de partir en retraite, accompagner ses enfants ou ses collaborateurs et transmettre ».

Optimisme

Le fondateur d’Eloi définit sa plateforme comme un « facilitateur digital » qui permet une meilleure adéquation entre les cédants et les porteurs de projets en lien avec les Safer, les Chambres d’agriculture et les syndicats agricoles.

Autre acteur de la transmission bien sûr le syndicat Jeunes Agriculteurs. Julien Rougier en est le vice-président chargé de la transmission. C’est lui qui va participer à la mise en place de « France Service Agri » cette nouvelle fonction prévue pour 2027. « Nous voulons créer un rôle d’accompagnateur d’entreprise, depuis l’émergence du projet jusqu’à sa maturation et jusqu’à la transmission, et il y aura un budget pour cela » explique-t-il. Deux agricultrices sont venues témoigner de leur toute récente installation.

Louise Letellier, 26 ans, installée en 2023 avec son époux sur la ferme de ses beaux-parents en Gaec à quatre en Seine-Maritime. Un atelier de 120 vaches laitières plus des cultures à forte valeur ajoutée comme les pommes de terre et le lin. C’est elle qui va pousser pour investir dans un robot de traite et créer un atelier de vaches allaitantes. Pour elle il est indispensable de se faire accompagner. Apolline Martel 26 ans également. Installée en 2020 à côté de Redon en production laitière bio avec un troupeau de 130 vaches.

Apolline est en Gaec à trois avec deux salariés. « Nous faisons partie d’un réseau de fermes partenaires pour recevoir des jeunes. L’exploitation est très ouverte. C’est un modèle pour celles et ceux qui veulent découvrir ces milieux agricoles. Je pense qu’il faut trouver un équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle, et bien gagner sa vie aussi ». Deux témoignages, plein d’optimisme et d’humour qui reflètent l’arrivée d’une nouvelle génération d’agricultrices et d’agriculteurs.

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