Aveyron | Par Eva DZ
Sous l’impulsion de la Chambre d’agriculture et du GIE Elevage Occitanie, un groupe d’éleveurs caprins de l’Aveyron a choisi de travailler sur un projet autour de la viande caprine, un co-produit de l’élevage de chèvres peu valorisé mais qui pourrait permettre d’optimiser les revenus de l’exploitation. Pour étayer leur réflexion, une journée d’échanges était organisée chez Sandrine et Vincent Marcenac, du GAEC de la Chamoisée qui valorisent une partie de leurs chevreaux.

«En élevage caprin, la priorité c’est le lait et faute d’une valorisation suffisante, on fait souvent l’impasse sur l’engraissement des chevreaux», constate d’emblée Virginie Albespy, responsable du service caprin et élevage à la Chambre d’agriculture. À l’échelle de la région, le GIE Elevage a lancé un projet autour de la viande caprine : «L’Aveyron s’est naturellement associé à cette réflexion pour que ce produit devienne un levier pour optimiser les revenus de nos élevages», explique Virginie Albespy.
Elle a donc missionné la technicienne spécialisée, Virginie Cadillac pour réunir un groupe d’éleveurs qui planchent sur la question. «Nous nous sommes retrouvés à l’automne pour avancer sur le sujet. En manque de repères technico-économiques sur l’engraissement, nous avons lancé une enquête auprès d’éleveurs du département pour dresser un état des lieux de leurs pratiques. A partir de ces données récoltées (coût alimentaire, amortissement des équipements, temps passé pour élever un chevreau, place à accorder dans les bâtiments, prix de vente, débouchés…), l’idée est d’avoir une meilleure connaissance de l’atelier chevreau afin d’établir une grille de coût de revient qui puisse être une base de références pour les éleveurs et les techniciens qui les accompagnent», explique Virginie Cadillac, appuyée dans ce travail par un stagiaire. Et ces références pourront être partagées entre les départements participants à l’échelle de l’Occitanie.
Une grille de coût de revient en cours d’élaboration
Les premières estimations ont été présentées début avril à un groupe d’éleveurs, lors d’une journée technique et conviviale au GAEC de la Chamoisée à Mouret, chez Sandrine et Vincent Marcenac. Le couple s’est lancé dans l’engraissement de chevreaux et a pu partager son exemple. «Ici nous sommes sur un élevage en rythme de croisière, équipé d’un séchage en grange, où les bâtiments sont amortis et où il y a de la place pour cette activité d’engraissement, ainsi qu’un débouché fidélisé», présente Virginie Cadillac. «Ici les éleveurs comptent 75 jours pour engraisser un chevreau, quand il faut compter autour de 3-4 mois habituellement. Et pour ce qui est de la valorisation, on estime le coût de revient en moyenne à 20 euros carcasse mais ici étant donné que l’activité est amortie, la rentabilité est atteinte à près de 13 euros carcasse. La grille de coût de revient sur laquelle nous travaillons doit être cohérente pour apporter des éléments probants de réflexion à un éleveur qui voudrait se lancer dans un atelier d’engraissement», indique la technicienne.
La Chambre d’agriculture en appui
«A l’heure où on manque d’engraisseurs, d’abatteurs (dont les outils sont peu adaptés à des poids d’animaux de moins de 18 kg), les éleveurs doivent pouvoir se projeter dans la valorisation de leur chevreau à travers l’engraissement sur l’exploitation mais avant de se lancer, ils doivent pouvoir évaluer si cette activité est rentable et c’est en cela, que la Chambre d’agriculture peut les accompagner en leur donnant des références technico-économiques et en les accompagnant dans la mise en place de l’atelier», appuie Virginie Albespy.
Au-delà du calcul du coût de revient, les éleveurs caprins militent pour une reconnaissance de la valeur des chevreaux : «Il faut arrêter de dire que le chevreau ne vaut rien !», avance Virginie Albespy. Et surtout il faut œuvrer à une meilleure communication autour de ce produit : «Nous avons lancé une réflexion sur les modes de consommation du chevreau, qui ne se mange pas seulement en plat cuisiné à l’oseille !», poursuit l’éleveuse du Bas Ségala. Ainsi un partenariat a été engagé avec l’atelier technologique de l’Agricampus La Roque pour élaborer de nouvelles recettes.
«Le chevreau a toujours été considéré comme le parent pauvre de l’élevage caprin faute d’une valorisation intéressante pour les éleveurs, y compris dans nos bassins de production. Et pourtant sans lui, il n’y a pas de lait !», argue Virginie Albespy. «L’engraissement du chevreau constitue aussi une alternative aux lactations longues. Des solutions peuvent se mettre en place comme des ateliers d’engraissement collectif. Et nous pouvons compter sur la structuration et l’organisation de la coopérative des Chevriers du Rouergue, bien implantée sur le territoire, pour soutenir ce segment… à condition que les éleveurs s’y engagent», conclut Virginie Albespy. La Chambre d’agriculture peut les accompagner à faire de la viande caprine, une production à part entière.
D’ailleurs ils étaient une trentaine de participants, éleveurs installés aux quatre coins du département (Ségala, vallée du Lot, Villefranchois…) à participer à cette journée technique et potentiellement intéressés pour développer l’engraissement dans leur élevage.
Eva DZ


