lavolontepaysanne.fr Actualités - Agriculture - Aveyron
Elevage - Cultures - Machinisme - Ruralité

Archives VP
Nutri-Score, les labels rouges vent debout contre l’affichage obligatoire

10 juin 2021

Nutri-Score, les labels rouges vent debout contre l’affichage obligatoire

Pierre Cabrit, président de l’IRVA, défend les viandes de qualité. Ici lors d’une visite de sa ferme avec des restaurateurs (photo archives).

Dans nos deux dernières éditions, les filières de qualité exprimaient leurs inquiétudes quant à l’obligation d’affichage du Nutri-Score sur leurs produits respectueux d’un cahier des charges et identifiés par un signe officiel de qualité. Pierre Cabrit, président de l’Interprofession régionale du Veau d’Aveyron et du Ségala (IRVA) et président de Fil Rouge (fédération interprofessionnelle des viandes label rouge, IGP et AOC), partage lui aussi, ces interrogations quant à l’adaptabilité de ce concept sur les produits sous label.

«Nous ne sommes pas du tout contre le principe d’un Nutri-Score, un indicateur qui a pour vocation de rassurer le consommateur d’un point de vue nutritionnel mais il faut qu’il soit objectif, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui», introduit Pierre Cabrit, président de l’IRVA et de Fil Rouge. Il s’en explique : «Le Nutri-Score actuel ne prend pas en compte la quantité moyenne d’aliments ingérés dans un repas et donc leur équilibre. Le fromage, l’huile affichent d’emblée un mauvais score, or si on les replace dans un contexte alimentaire, leur association avec d’autres produits comme la salade... améliore leur score !».


Il prend aussi l’exemple du vin désormais associé à un message de prévention quant à la quantité consommée : «un à deux verres de vin de temps en temps peut même avoir des effets bénéfiques sur la santé !». Tout est donc une question d’équilibre ! «Je regrette que les consommateurs soient à ce point infantilisés dans le choix de leurs produits et dans la composition de leur menu !».


Un outil trop simpliste


Pierre Cabrit regrette également l’imprécision du Nutri-Score qui ne prend pas en compte les additifs, les conservateurs utilisés dans les produits ou les plats : «un jus de pomme va être mal noté en raison du sucre (naturel) qu’il contient, en revanche un soda light sera mieux noté parce que le sucre a été remplacé par l’asparthame ! L’approche du Nutri-Score est trop simpliste : on met en face de produits ultra-transformés, nos produits qui ont toute leur raison d’exister, de par leur histoire, leur lien au terroir. En trois secondes, on attribue une note à un produit qui est le fruit de savoir-faire, de tradition. Ce n’est pas équitable !».


Le système a été élaboré pour les produits industriels. Pour Pierre Cabrit, «les fabricants se sont mis en phase pour adapter leur recette au Nutri-Score. La valeur nutritionnelle trahit la valeur santé ! Ce qui est en totale contradiction avec la demande plurielle des consommateurs, de plus en plus exigeants. Nos cahiers des charges, eux, vont plus loin en les rassurant sur le bien-être animal, sur l’éthique de production, sur l’environnement... Des notions que nous ne pouvons réduire à une simple note». Il prend l’exemple du Pélardon en Ardêche, ce fromage qui fait la richesse de tout un territoire, sans lui, la dynamique régionale serait réduite à néant.
Comme toutes les autres filières de qualité, le Veau d’Aveyron et du Ségala vit ce paradoxe : «la viande brute est notée A mais une paupiette de veau d’Aveyron en chair pure bardée d’une lamelle de porc est classée C voire D alors que ce gras accompagne simplement la cuisson, on ne le mange pas ! Et une paupiette «standard» composée de gras de porc et accompagnée d’un légume est classée A !». Clairement le consommateur s’y perd, dénonce Pierre Cabrit.


La Fédération interprofessionnelle des viandes label rouge est elle aussi, vent debout contre cette généralisation du Nutri-Score. «Nous ne pourrons pas faire avancer le problème de la qualité de la nutrition de cette façon. Les démarches industrielles ne seront pas durables devant les consommateurs», argumente Pierre Cabrit.


Distorsion de concurrence


La France a légiféré sur le Nutri-Score dont l’affichage était dans un premier temps, facultatif, mais ce n’est pas satisfaisant parce qu’il crée de la distorsion de concurrence, selon les responsables de filières de qualité. Pierre Cabrit propose plusieurs options : soit la France choisit de ne pas imposer ce dispositif pour ne pas créer une distorsion que l’on ne pourra pas maîtriser, soit on perfectionne le Nutri-Score en faisant valoir l’ensemble des attentes des consommateurs et en s’appuyant sur le contrôle des cahiers des charges.
En Occitanie, le débat est maintenant bien lancé, Pierre Cabrit, à travers Fil Rouge, souhaite que l’ensemble des démarches de qualité en France soient sensibilisées à cette menace. «Nous continuerons de maintenir la pression pour prouver que le Nutri-Score n’est pas adapté à nos produits», conclut-il.

Eva DZ