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23 Septembre 2021 | Actus végétales | Actus Aveyron

Terr’Eau Bio : Le secret d’un bon compost !

Jean-Pierre Fabre, fourche en main, devant les personnes venues assister à l’après-midi Terr’eau bio. (Photo Guillaume Alazard)



«Qu’est-ce qu’un compost réellement fertilisant» ? Une question à laquelle répond Dominique Massenot lors d’une après-midi organisée par Terr’eau bio.

Chez Jean-Pierre Fabre, l’éleveur bichonne ses Charolaises. Mais aussi son sol. Depuis son installation en 2010, sa ferme est labellisée bio. Une polyculture composée de seigle, colza, sarrasin, lin et quelques lentilles, entre autres, sur laquelle le compost joue un rôle essentiel. Jean-Pierre Fabre récupère également, grâce à un point de dépôt sur sa ferme, les déchets verts des habitants aux alentours. Un lieu destiné à accueillir la rencontre Terr’eau bio, centré autour de la notion de compost. Mardi 21 septembre, une vingtaine de personnes, dont des élèves en lycée agricole, sont venus assister à l’après-midi organisée par Terr’eau bio, programme de rencontres techniques gratuites et ouvertes à tous proposé par l’APABA. Au total, ce sont 6 rencontres en 2021, du 14 septembre au 2 décembre. Et aujourd’hui, le thème du rendez-vous était «Qu’est ce qu’un compost réellement fertilisant» ?
Pour répondre à cette question, Dominique Massenot est venu partager ses connaissances. Conseiller-formateur indépendant en agriculture, sillonnant la France, il érode quelques a priori sur le compost. «Bien souvent, nous entendons que le carbone stable est positif. Seulement, il va moins se décomposer. Les stocks de carbone, eux, vont augmenter. Mais ces matières, difficiles à décomposer, n’améliorent pas la qualité du sol, au contraire d’une activité microbiologique intense. Et pour qu’elle soit intense, il faut des substrats faciles à décomposer, riches en azote», explique pas-à-pas le conseiller. Bois, lisier ou paille sont donc à exclure, source d’un carbone trop stable qui ne va pas faire travailler la vie microbienne du sol. Un peu comme des bûches trop épaisses dans un feu à ses prémices.


Du sucre et de l’azote, voilà la clé. «Comme une vache ou un mouton, qui a besoin d’unités fourragères fournissant une quantité adéquat d’énergie, les microbes ont besoin de leur ration alimentaire. Et la plus efficace est composée de sucre et d’azote. Il y a deux solutions à partir de là. D’abord il y a l’engrais vert, avec une céréale qui amène le sucre et une légumineuse pour l’azote. Mais cette option n’augmente pas la fertilité du sol», résume Dominique Massenot.


Bousculer les a priori


La deuxième solution n’a rien de révolutionnaire. Loin des effets d’annonces et des histoires médiatiques accrocheuses. «Ce que je vais vous dire n’a rien de secret. La meilleure source de carbone décomposé, rapide, est le compost jeune. Un mélange de fumiers et de litière en complément. L’idéal est qu’il soit un peu décomposé mais pas trop. Car le vrai secret est celui-ci : le fumier oui, mais le fumier sucré. La cellulose a besoin de digestion pour se transformer en sucre. Et si le compost est trop mûr, alors les microbes auront déjà tout mangé avant l’épandage», développe devant son assemblée Dominique Massenot. Le conseiller répond aux questions de ses auditeurs, certains demandant une précision et d’autres perplexes devant ces paroles non-conformistes.


Le conseiller n’a pas peur de bousculer certaines idées, parfois largement admises. «Le drame de l’agronomie, c’est de considérer les résultats obtenus en laboratoire comme des réalités. Un chiffre est rassurant, raison pour laquelle nous avons souvent tendance à nous y réfugier. Mais la compréhension des concepts est plus importante. 3% de matières organiques dans le sol ne signifient pas la même chose en Champagne, dans la Vallée du Rhône ou ici, en Aveyron», considère Dominique Massenot. Et de faire mentir certains produits commerciaux, comme le biochar, ce charbon qui améliorerait la qualité des sols. Des échanges sans langue de bois.


Rendez-vous le 5 novembre pour la prochaine rencontre Terr’eau bio : «Fabrication et utilisation d’une préparation biostimulante à la ferme».

Jérémy Duprat