National | Par Didier Bouville

Plan stratégique national : les premières esquisses du ministre de l’Agriculture

Un mois après avoir rendu ses conclusions, la Commission particulière du débat public ImPACtons! a officiellement rendu son rapport au ministre de l’Agriculture début février. L’occasion pour le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, de dessiner les grandes lignes de ses réponses.

Julien Denormandie a jusqu’au 7 avril soit moins de deux mois pour répondre aux 1038 questions que la commission ImPACtons! lui a officiellement remises début février. Cette commission avait organisé, tout au long de l’année 2020, des débats en province, auprès d’un large panel de citoyens, avec l’objectif de faire remonter les demandes de la population sur la future Politique agricole commune (PAC) et le Plan stratégique national (PSN) qui y est lié.

Selon la Commission nationale du débat public (CNDP) cinq enjeux majeurs sont « convergents » : la mise en place d’un statut de l’agriculteur avec la question sous-jacente de l’aide à l’actif ou à l’hectare ; la définition et l’application de standards européens pour éviter les distorsions de concurrence ; la garantie de la souveraineté alimentaire française ; la nécessité d’avoir une « approche locale » et enfin celle d’assurer la relève.

«Relocaliser nos dépendances»

Lors d’une visioconférence le 5 février, le ministre a commencé à esquisser les grandes orientations de ses réponses. « La question centrale est celle de notre souveraineté alimentaire, celle de notre pays », a affirmé le ministre dont l’objectif « est d’acquérir notre indépendance à nourrir le peuple français. Cette question de la souveraineté est transversale à tous les autres sujets », a-t-il indiqué. Selon lui le premier domaine d’action doit être l’indépendance en termes de protéines.

Avec des accents que les pays tiers pourraient qualifier de « protectionnistes », il a indiqué qu’un large consensus se dessinait « pour protéger notre modèle de production face à une concurrence déloyale », surtout quand « de nombreux pays » ne partagent pas les mêmes normes sociales et environnementales, y compris au sein même de l’Union européenne. « C’est d’ailleurs ce qui empêche d’avoir une transition plus rapide », a-t-il regretté appelant de ses vœux l’application des clauses miroirs. « Il faut avoir des standards qui deviennent des clauses non négociables », a-t-il martelé, formulant le voeu de « relocaliser nos dépendances ».

Aide à l’actif

S’il déclare partager l’ambition d’ImPACtons! sur la protection de l’environnement, il demande néanmoins à être clair sur les standards que les 27 Etats membres devront appliquer et ne « jamais opposer la transition environnementale aux agriculteurs ». Il faut, pour lui que cette « transition soit créatrice de valeur aussi bien pour l’environnement que pour les exploitants ». Ce qui est «un défi compliqué à relever ». Cela vaut également « pour le bien-être animal», a-t-il précisé.

Concernant le dossier de la relève, Julien Denormandie considère que c’est «la mère de batailles» d’autant que les indicateurs sont aujourd’hui inquiétants et guère favorables à l’attractivité du métier: « la moitié des agriculteurs vont partir à la retraite dans les dix prochaines années ; la rémunération n’est pas au rendez-vous malgré une importante charge de travail (55 h en moyenne par semaine ndlr), il y a moins d’élèves dans les lycées agricoles, (…) et ils sont le réceptacle de nombreuses injonctions»… a-t-il souligné.

Enfin, concernant la suggestion de l’aide à l’actif par la CNDP, le ministre considère que la question mérite d’être posée mais que le débat aide à l’actif/aide à l’ha «n’est ni mûr, ni faisable dans le cadre de la PAC». En effet, il n’existe pas de définition de l’actif au sein de l’UE à 27, alors que l’aide à l’ha est au moins identique à chaque pays. « Cependant, il n’est pas vrai de dire que la richesse de l’exploitant est symétrique à la taille de l’exploitation », a-t-il défendu prenant notamment l’exemple des zones intermédiaires «qui sont importantes en nombre de surface mais qui, du fait de très faibles rentabilités gagnent peu d’argent».

Actuagri

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Interpellé le 30 mars lors des questions au gouvernement par des députés de la droite et du centre sur les scénarios de déclinaison française de la future Pac (PSN) élaborés par la DGPE (ministère de l’Agriculture), Julien Denormandie a donné des gages sur les éco-régimes et les zones intermédiaires.«Je vois ici et là des inquiétudes, certaines inquiétudes seraient que seulement 25% des agriculteurs seraient concernés et auraient accès à cet éco-régime, c’est faux», a déclaré le ministre de l’Agriculture, qui s’est dit favorable à «un éco-régime qui inclut, et non pas qui exclut».Dans un communiqué paru le 25 mars, la FNSEA demandait des «clarifications» sur le projet d’éco-régimes, estimant que «tel que présenté», il exclu[ai]t un trop grand nombre d’exploitations».…