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Section des agricultrices FDSEA : une place à prendre !

30 mai 2019

Section des agricultrices FDSEA : une place à prendre !

La reconnaissance de la place et du rôle des femmes dans l’agriculture a fait du chemin mais les préjugés sont encore tenaces. C’est justement pour continuer de les combattre que la section des agricultrices de la FDSEA s’est dotée de deux nouveaux outils de communication : un sac et un livret d’information pour faire entendre leurs voix.

Lundi 27 mai, la section des agricultrices de la FDSEA entourée de ses nombreux partenaires a présenté deux nouveaux outils, un sac et un livret, qui lui permettront de valoriser la place et le rôle des femmes dans l’agriculture. «Des progrès ont été réalisés dans la lutte contre les inégalités, les femmes sont l’égal des hommes mais rien n’est acquis et le combat est permanent», a introduit Marie-Laure Rigal, présidente de la section des agricultrices qui a pris la suite de Marie-Pierre Lanne sur ce projet. «Les remarques blessantes, les blagues sexistes sont encore trop souvent entendues. Nous nous sommes donc donnés comme mission de casser ce déséquilibre social».

Un sac et un livret d’information

L’équipe des agricultrices a officiellement lancé sa campagne de communication. Une campagne pleinement soutenue par la préfète de l’Aveyron, présente à cet événement : «c’est une initiative pertinente, un très beau projet parce que le rôle des femmes est essentiel en agriculture comme ailleurs. Il va dans le sens de la société». Longtemps considéré à tort comme un métier d’hommes, on en a oublié la place certes discrète et efficace des femmes sur les exploitations, a poursuivi la représentante de l’Etat qui, à travers la délégation des droits des femmes en agriculture, a soutenu financièrement le projet. «Il n’est pas si loin le temps où le principe d’égalité entre hommes et femmes a été inscrit dans la Constitution - 1947», rappelle-t-elle. Et le témoignage de Marie-Thérèse Lacombe, arrivée en Aveyron il y a 60 ans, vient corroborer ce propos : «On ne se préoccupait tout simplement pas du métier des femmes sur les fermes, elles étaient là pour travailler et faire des enfants, un point c’est tout ! Elles n’avaient qu’un seul droit : celui d’obéir !».

Le travail mené par les agricultrices dans les groupes de vulgarisation a permis de faire avancer les mentalités mais le chemin a été long vers la fin de la cohabitation, l’indépendance financière et la reconnaissance : «Les élevages hors sol ont été le point de départ de notre émancipation, l’occasion d’apporter un revenu complémentaire sur la ferme», appuie Marie-Thérèse Lacombe. Et Brigitte Mazars, conseillère départementale, d’avoir une pensée pour Sylvette Hermet, initiatrice des Marchés de producteurs de pays à travers lesquels les agricultrices ont trouvé leur place.

L’Aveyron, là où les agricultrices sont les plus nombreuses

La part des femmes chefs d’exploitation est passée de 8% dans les années 70 à 28% aujourd’hui. L’Aveyron est le premier département d’Occitanie en nombre de chefs d’exploitation au féminin (25% en France). C’est aussi le département qui compte le plus grand nombre de femmes agricultrices (2 900) et qui affiche un taux élevé d’installation au féminin : 25 à 30%. Des femmes présentes dans toutes les productions.

Nathalie Chauchard, élue à la MSA Midi-Pyrénées Nord a soulevé la question des femmes sans statut sur les exploitations, elles seraient une cinquantaine en Aveyron et entre 2 000 et 5 000 en France. Souvent des femmes retraitées, isolées, surendettées... Depuis avril, la loi Pacte oblige un statut à tous les conjoints sur les exploitations, a indiqué Pauline Cestrières, député suppléante de Stéphane Mazars.

Et Laurent Saint Affre de rappeler les victoires syndicales dans la reconnaissance des agricultrices : le statut du conjoint-collaborateur puis le GAEC entre époux et la transparence dans les GAEC, «une consécration dans la reconnaissance mais qui aurait dû arriver bien avant». «Bien souvent les évolutions dans les fermes sont intervenues grâce aux femmes et au sein des OPA, elles sont de plus en plus nombreuses à s’impliquer ce qui apporte sérénité et hauteur dans les débats», n’a pas hésité à dire le président de la FDSEA.

Dans le secteur de l’artisanat, les femmes sont confrontées aux mêmes préjugés un peu tenaces. Laure Soulié - Deltel, vice-présidente de la Chambre de métiers a témoigné : «23% de femmes sont enregistrées au registre des métiers comme entrepreneur. Et nous avons en Aveyron, 35% d’apprenties qui apportent leur savoir-faire dans des métiers comme la carrosserie automobile, la peinture en bâtiment, l’alimentation (boucherie, cuisine). Les femmes n’hésitent pas à entreprendre et je pense qu’elles doivent être encouragées dans la voie qu’elles ont choisie. Qu’importe le métier, l’important est de pouvoir faire ce qu’il nous plaît !».

Virginie Albespy, elle, a bien choisi son métier d’agricultrice. «C’était une opportunité à saisir, un défi à relever pour moi qui ne suis pas diplômée de l’agriculture mais la passion de l’élevage, des animaux, le choix de vie, m’ont orienté vers ce métier. A partir de là tout est possible ! La technologie, la mécanisation... ont fait évoluer le métier et l’ont rendu plus accessible aux femmes». Elle note d’ailleurs les progrès réalisés dans la reconnaissance des femmes en agriculture : «nous sommes loin d’être confrontées aux difficultés des femmes qui nous ont précédées et pourtant ce temps n’est pas si loin !».

Adhérente aux JA depuis 11 ans, Virginie entame aussi son deuxième mandat à la Chambre d’agriculture pour «défendre ses convictions, ses valeurs». «Cet engagement fait partie intégrante de ma vie d’agricultrice au quotidien», assure-t-elle. C’est un message d’encouragement qu’elle adresse à toutes les femmes : «nous devons croire en nos facultés, il faut tout simplement oser prendre la place !». Un discours qui a ravi Marie-Thérèse Lacombe, fière du chemin parcouru.

Eva DZ