lavolontepaysanne.fr Actualités - Agriculture - Aveyron
Elevage - Cultures - Machinisme - Ruralité

Archives VP
Benoît Gladin, salarié depuis 30 ans : «Je me plais dans mon métier»

30 janvier 2020

Benoît Gladin, salarié depuis 30 ans : «Je me plais dans mon métier»

Benoît Gladin est salarié agricole au Service Remplacement de l’Aveyron depuis 30 ans. Il partage les raisons de cette longévité : «je me plais dans mon métier, tout simplement !».

Comment êtes-vous entré au Service Remplacement de l’Aveyron ?

B. Gladin : «Lorsque j’étais en formation agricole, j’ai réalisé un stage chez Marie-Josée Rouquette, agricultrice à Rignac qui m’a pris ensuite pour la remplacer pendant son congé maternité via le Service Remplacement. J’ai par la suite remplacé un agriculteur pour maladie pendant 6 mois puis au retour de mon service militaire de nouveau Marie-Josée Rouquette et enfin un voisin de mes parents agriculteurs. Le projet de reprendre la ferme familiale n’ayant pu aboutir, ces expériences m’ont incité à postuler au Service Remplacement sur le secteur de Villeneuve. C’était en 1989 ! Depuis je m’y plais et j’y reste !

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier d’agent de remplacement ?

B. Gladin : Le fait de changer régulièrement d’exploitations, de productions… de voir autre chose, de rencontrer plusieurs personnes différentes… Je découvre toujours des nouveautés avec des nouvelles techniques. Mon métier n’est pas figé et je ne fais jamais les mêmes choses, c’est très enrichissant.

Ce rythme me va bien. Découvrir son emploi du temps d’une semaine pour l’autre ne me gêne pas, au contraire, je ne suis pas tombé dans la routine en 30 ans ! Je me suis simplement laissé porter ! Ces 30 années sont passées très vite !

Etes-vous plutôt animalier ou tractoriste ?

B. Gladin : Sur l’exploitation de mes parents, j’avais l’habitude de travailler avec des vaches, des brebis, des cochons, mes premiers remplacements étaient sur des élevages de vaches laitières. Je suis plutôt tourné vers l’élevage laitier mais je ne me suis jamais refusé à apprendre. Je suis plus un animalier qu’un conducteur de machines agricoles ! Ma mission première est de remplacer les agriculteurs sur le soin aux animaux, la distribution de l’alimentation, la traite... Mais j’interviens aussi sur l’entretien des bâtiments, du matériel, la conduite des engins...

Quels sont les principaux motifs de remplacement ?

B. Gladin : C’est variable d’une année sur l’autre et d’un secteur à l’autre. Le premier motif est la maladie, l’accident puis les congés et les mandats professionnels. En 30 ans de carrière, les motifs de remplacement ont peu évolué. Les agriculteurs prenaient déjà quelques congés mais ils partaient moins souvent qu’aujourd’hui !

Comment s’organise votre planning de travail ?

B. Gladin : Nous sommes depuis quelques années 2 agents de remplacement sur le secteur de Villeneuve. Mais pendant 27 ans, j’étais seul ! Nous intervenons sur les cantons de Capdenac, Villeneuve, Villefranche et Najac. Mais nous sommes le plus souvent présents sur le Villeneuvois.

Je réalise des journées complètes chez les agriculteurs. Les agriculteurs bénévoles gèrent le planning par secteur et me donnent mon emploi du temps d’une semaine sur l’autre. Parfois des remplacements sont prévus longtemps à l’avance comme les congés mais parfois on intervient en urgence en cas d’accident ou de décès.

Quelles sont les qualités d’un bon agent de remplacement ?

B. Gladin : Notre principale mission est de gérer le troupeau en l’absence de l’agriculteur. Il s’agit donc d’une grosse responsabilité d’autant que j’ai vu en 30 ans, la taille des troupeaux évoluer fortement. Les exploitations sont plus grandes avec moins de monde mais plus de mécanisation, de meilleurs équipements en bâtiment, en matériel, en distribution d’alimentation...

Il faut être autonome et être capable de s’adapter à tout type d’exploitation très vite ! En 30 ans, j’ai travaillé sur une centaine de fermes différentes !

Vous êtes aussi impliqué dans la représentativité de votre métier et dans sa défense...

B. Gladin : Oui j’ai vu le Service Remplacement évoluer avec l’élection de Délégués du Personnel devenus CSE (comité social et économique), j’assume mon 4ème mandat en tant qu’élu représentant le personnel auprès du président et du conseil d’administration du SR. J’ai été aussi administrateur pendant une dizaine d’années à l’association des salariés agricoles de l’Aveyron à laquelle je continue d’adhérer. Je suis aussi élu sortant MSA sur mon canton et depuis les dernières élections, je suis également élu à la Chambre d’agriculture pour représenter les salariés agricoles. Mon engagement c’est avant tout pour montrer aux différentes instances, que les salariés sont là, bien présents au sein de la profession agricole. Ces mandats me permettent aussi de sortir du cadre du remplacement, d’échanger.

Parfois le métier de salarié agricole peut être mal perçu, quel est votre ressenti ?

B. Gladin : Personnellement j’ai toujours été très bien accueilli dans les exploitations, par les agriculteurs. Nous sommes là pour faire notre travail et parfois on peut entendre certains discours notamment de la part des jeunes qui connaissent peu le métier, qu’un salarié fait tout ce qu’un agriculteur ne veut pas faire. Quand j’entends ça, je suis furieux ! Ca me met hors de moi parce que ce n’est pas du tout ce que je ressens dans mon métier au quotidien. Quand on fait appel à nous, nous gérons seuls le remplacement sur l’exploitation, nous sommes engagés pour faire le boulot et pas pour «pousser les brouettes» ! Ce n’est pas anodin, c’est une responsabilité importante et l’agriculteur quand il s’absente, veut pouvoir partir l’esprit tranquille.

Je pense que nous avons le devoir d’expliquer notre métier de salarié agricole, auprès des jeunes notamment. D’ailleurs j’ai eu l’occasion de témoigner en binôme avec des agriculteurs auprès de lycéens, dans plusieurs établissements. Cette communication dans les écoles est importante pour recruter de nouveaux salariés.

Je participe chaque année, à l’échelon régional, aux Olympiades Occitanie. Nous formons une équipe de 4 salariés par département et nous nous confrontons à des épreuves individuelles et collectives avec d’autres salariés agricoles de la région. Nous partageons ainsi nos expériences, et c’est une occasion de faire évoluer notre métier positivement.

Peut-on évoluer dans le métier de salarié agricole ?

B. Gladin : Au cours de ma carrière, j’ai pu suivre différentes formations sur la sécurité au travail, l’utilisation de la tronçonneuse, la manipulation en ovins et bovins, la conduite de quad, les produits phytosanitaires, l’informatique, le secourisme, le travail du fer, le CACES (tracteur et appareil de levage...)... le robot de traite... Des formations que j’ai sollicitées et qui permettent aussi de rencontrer d’autres salariés agricoles.

La rémunération des salariés a aussi évolué au fil du temps sur la base d’un système égalitaire au sein du SR négocié avec les délégués du personnel. C’est aussi à nous de faire bouger les choses ! Nous avons la chance d’avoir une bonne entente entre les salariés du SR, le conseil d’administration et l’équipe administrative.

Quels sont les secrets de votre longévité ?

B. Gladin : Dès le départ, les agriculteurs du secteur m’ont fait confiance, c’est une chance pour pouvoir s’intégrer plus facilement. Puis le bouche à oreille a fait son œuvre ! Je me suis toujours bien entendu avec les agriculteurs chez lesquels je suis intervenu.

Que retenez-vous de ces 30 ans de service ?

B. Gladin : Au fil du temps, j’ai renforcé mes connaissances, j’ai acquis de l’expérience. D’autant que sur mon secteur, les productions sont multiples : bovins lait et viande, ovins lait et viande, caprins, porcs, volailles, chataîgnes, noix... En 30 ans, j’ai pu comparer les systèmes, partager mon expérience avec les agriculteurs, leur apporter quelques idées parfois... C’est très enrichissant. Je suis bien dans mon métier !

Comment voyez-vous la suite ?

B. Gladin : Travailler sur les exploitations est usant mais pour l’instant, à 52 ans, je m’y sens toujours bien et j’apprécie toujours autant le fait de ne pas prendre la même direction le matin en partant travailler !

Avec mon nouveau mandat d’élu à la Chambre d’agriculture, je participe au comité ferme de Bernussou, à la commission économie de la Chambre d’agriculture, c’est très intéressant. Je peux ainsi faire entendre la voix des salariés agricoles au sein de ces instances».

Recueillis par Eva DZ