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Prim’Holstein Aveyron : le robot de traite, une opportunité ?

29 novembre 2018

Prim’Holstein Aveyron : le robot de traite, une opportunité ?

Le premier robot de traite a fait son apparition en France, en Mayenne, en 1995. Plus de 8 000 sont actuellement en fonctionnement (1,6 en moyenne par ferme - de 1 à 6). Un marché dynamique en progression. L’association Prim’Holstein Aveyron pour sa traditionnelle journée technique, a invité quatre éleveurs à venir témoigner sur le robot de traite : deux l’ont définitivement adopté et deux autres l’ont délaissé pour revenir à la salle de traite «classique».

Philippe Pélissier élève 70 vaches laitières à Moyrazès. Au départ à la retraite de sa mère en 2012, il a choisi d’investir dans un robot de traite pour diminuer l’astreinte et se simplifier le travail.

Se simplifier le travail quotidien

«Mes animaux et moi-même, nous sommes plus calmes ! Je ne passe plus 2h le matin et 2h le soir à crier derrière les vaches !». S’il a réussi à se simplifier le travail au quotidien, Philippe constate qu’il est désormais plus difficile de partir plusieurs jours, la main d’œuvre qualifiée sur un robot de traite en remplacement n’est en effet pas courante... Reste l’entraide entre voisins eux aussi équipés... L’installation du robot a modifié sa conduite d’élevage : réduction du pâturage (peu de parcours autour du bâtiment) entraînant une fragilité des animaux (mamittes, problèmes de pattes... «J’ai choisi de remettre du tempérament dans la sélection pour avoir des vaches plus volontaires, plus autonomes», souligne Philippe. «Le robot s’il diminue l’astreinte nous oblige à observer attentivement le troupeau ce que je faisais naturellement avant à la traite». Philippe même s’il avoue quelques déconvenues en terme de réglement de pannes, et en frais d’entretien «qu’il ne faut pas sous évaluer», est satisfait de son investissement : «Mon organisation du travail est plus souple et je n’ai pas eu d’alarme la nuit !». Il fera le bilan lorsque le robot sera amorti.

«Rester disponible»

Yves Dufour élève avec son frère, dans le Lot et Garonne, 80 vaches laitières. En 2008, ils ont investi dans un robot... Six mois plus tard, ils reprenaient le chemin de la salle de traite. «D’un point de vue astreinte au quotidien le robot c’est l’idéal mais c’était trop d’alarmes, trop de stress de la panne, et une disponibilité de tous les instants nécessaire... On n’a pas tenu», explique l’éleveur, également producteur de céréales. «Nous passions aussi beaucoup de temps à pousser les vaches pour qu’elles aillent au robot, aujourd’hui les machines ont évolué, ce serait peut-être différent mais avec un robot, on ne voit que les vaches à problèmes (cellules, fin de lactation...)», poursuit Yves. «Nous ne regrettons pas d’avoir fait l’essai, quand le robot marche, nous avons été bluffés mais cela ne nous correspondait pas. Nous avons revendu le robot et embauché un salarié».

«Je me suis installé parce que j’aime traire»

Cédric Fauré est un jeune éleveur ariégeois. Avant son arrivée, le GAEC familial (6 associé et 1 salarié) a choisi d’investir dans 2 robots pour les 130 vaches laitières en 2001, plutôt que dans une salle de traite neuve. Dix ans après, les associés sont revenus à la salle de traite classique. «Nous faisions partie des pionniers, nous avons bénéficié de 6 mois d’assistance au départ mais quand à mon installation, mon père m’a laissé la gestion du robot, je ne me suis pas du tout adapté ! Trop de mamittes, trop de vaches à trier, une qualité de lait en chute alors que nous livrons une coopérative qui travaille le lait cru, nous étions sans cesse pénalisés. Nous en étions même à acheter des vaches car nous avions trop de réformes ! A sélectionner des taureaux sur l’emplacement des trayons... Nous faisions fausse route. Aujourd’hui nous vendons de nouveau des génisses et nous ne sommes plus pénalisés sur le lait et nous ne jetons plus de lait. Quand nous avons eu fini de payer le robot, nous l’avons éteint pour de bon et avons investi dans une nouvelle salle de traite et dans un salarié. Je me suis installé parce que je voulais traire et pas être devant un ordinateur ! Nous ne regrettons rien parce que nous y avons cru ! Ça ne l’a pas fait !».

Un outil d’attractivité du métier

Le GAEC Brast Savy à Druelle, a acheté 2 robots de traite, le premier en 2008 puis le deuxième en 2012, au moment du regroupement de trois fermes. «Nous avons pu tirer les leçons de notre première expérience et après avoir comparé avec l’investissement dans une salle de traite roto, nous avons choisi le robot», explique Gilles Brast, l’un des 3 associés. «L’environnement du bâtiment, de l’exploitation joue beaucoup dans la réussite de l’installation d’un robot : nous avons visité de nombreux élevages avant de nous lancer. Nous avons réfléchi globalement notre projet avec l’installation de logettes plutôt qu’une aire paillée, un revêtement en caillebotis et caoutchouc, un bâtiment bien ventilé. Le robot craint davantage les trop belles mamelles mais sait dompter les plus mauvaises ! Nous l’avons appris avec l’expérience», souligne Gilles. «C’est vrai que l’on s’occupe davantage des vaches à problèmes, psychologiquement c’est un peu dur. Du coup nous avons orienté notre sélection sur les mamelles, les pattes pour éviter les problèmes».

Sur le temps de travail, les associés y ont gagné. Après le départ de l’un d’entre eux à la retraite, ils sont désormais 3 avec plus de 100 vaches. «Si nous finissons à la même heure le soir, en revanche le matin on se lève une heure plus tard ! Si on veut installer des jeunes, socialement il ne faut pas creuser l’écart du temps de travail. Economiquement, le robot s’autofinance : le coût d’entretien et maintenance (12 000 euros par an pour 2 robots) est absorbé par la production supplémentaire (+ 100 000 litres) mais cela ne doit pas enlever la nécessité d’un prix de base revalorisé pour les éleveurs», avance Gilles. «Si nous devions le refaire, nous choisirions de nouveau le robot. C’est un outil qui donne des résultats et nous permet d’améliorer la performance de l’élevage mais ce qui est vrai chez nous, ne l’est pas forcément chez un autre !».

Globalement, les éleveurs témoins ont insisté sur la capacité des robots, leur «saturation» qui peut parfois être bloquante en terme de développement de production et qui peut générer un certain nombre d’alarmes, contraignantes pour l’éleveur. Une adéquation à trouver entre la taille de l’élevage et l’équipement, au moment de l’investissement.

Eva DZ