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Le ministre de l’agriculture et de l’alimentation en Aveyron : «Positiver l’agriculture»

28 novembre 2019

Le ministre de l’agriculture et de l’alimentation en Aveyron : «Positiver l’agriculture»

 

Il l’avait promis, il l’a fait ! Le 26 septembre, lors de sa rencontre avec les responsables professionnels agricoles de l’Aveyron à la Maison de l’agriculture à Rodez, le ministre de l’agriculture et de l’alimentation avait promis qu’il reviendrait en Aveyron pour aller à la rencontre des agriculteurs. Lundi 25 novembre, Didier Guillaume a réalisé un «marathon» en visitant le site d’APO, l’Agricampus La Roque et deux exploitations en compagnie des responsables FDSEA - JA - Chambre d’agriculture, des OPA et des élus locaux, départementaux, régionaux et parlementaires, qui n’ont pas manqué de l’interpeller sur un certain nombre de sujets d’actualité et de fonds.

- Que retenez-vous de votre visite en Aveyron ?

Didier Guillaume : «J’ai vu un département uni autour de son agriculture. Des responsables professionnels agricoles bien au fait des sujets d’actualité et de fonds. Des élus locaux, départementaux, régionaux et des parlementaires présents et engagés auprès des agriculteurs, des filières en ordre de marche, bien organisées et en recherche de valeur ajoutée pour leurs producteurs...

Vous travaillez bien ensemble dans un souci partagé de mise en avant de vos produits de qualité. C’est très bien ! J’ai vu en Aveyron, un vrai rassemblement autour de l’agriculture qui vaut la peine qu’on s’y investisse !

- Quel regard portez-vous sur l’agriculture aveyronnaise ?

D. Guillaume : Cette journée m’a beaucoup appris. L’agriculture aveyronnaise est riche de sa diversité, c’est votre force ! Le modèle aveyronnais pourrait être démultiplié parce qu’il est à l’image de l’agriculture française : des produits de qualité créateurs de valeur ajoutée, tracés, liés à leur territoire, des agriculteurs et des agricultrices investis...

Une pépite de l’enseignement agricole

- Vous avez visité l’Agricampus La Roque et ses toutes nouvelles installations sur l’exploitation agricole. Qu’en avez-vous pensé ?

D. Guillaume : L’Agricampus La Roque est une véritable pépite de l’enseignement agricole ! Cet établissement qui accueille 517 étudiants, affiche un taux de réussite frôlant l’excellence (99,6%), une exploitation totalement rénovée à la pointe de la technologie grâce au soutien de nombreux partenaires dont la Région Occitanie, un hall technologique avec des produits de qualité... Ses responsables dont le président du conseil d’administration, Bruno Montourcy, m’ont alerté sur plusieurs points : le manque de communication sur les filières agricoles et agroalimentaires auprès des jeunes, la baisse des stages dans les exploitations, le fait que les options agricoles soient facultatives dans les lycées agricoles,... Je n’oublie pas le discours de la représentante des personnels de La Roque qui m’a dit toute leur fierté de travailler en lien avec la profession agricole et leur souci de bien former les futurs agriculteurs.

Je me réjouis de constater la remontée des effectifs dans les lycées agricoles ce qui n’était plus le cas depuis 10 ans. La formation agricole doit être un premier choix et non un choix par défaut. Nous avons fait évoluer les programmes en tenant compte de tous les avis : profession agricole, corps enseignant, de façon à répondre aux attentes et à la réalité du terrain.

J’ai été interpellé aussi par la capacité de l’établissement, aux portes de la ville de Rodez, à nouer des partenariats avec les collectivités sur la remise au pâturage de certaines zones par le troupeau d’Aubrac ou de brebis du lycée. Des initiatives positives à partager avec le grand public !

Nous en avons profité aussi pour évoquer la formation, les responsables professionnels (ndlr Patrice Falip et Anthony Quintard) ont évoqué l’appui du ministère au fonds de formation VIVEA et la nécessité de supprimer le plafond de 2 000 euros pour ne pas bloquer les candidats à l’installation qui souhaitent se former. Sur la nécessité aussi de continuer à soutenir les maîtres d’apprentissage.

«Le glyphosate n’est pas un sujet»

- Sur l’installation, l’Aveyron est le premier département en nombre d’installations aidées. Le dispositif d’aides sera-t-il maintenu ?

D. Guillaume : Bien sûr ! Le premier défi de l’agriculture est le renouvellement des générations. Nous avons travaillé avec le réseau JA pour débloquer la DJA parce que vous êtes les mieux placés pour nous dire ce qu’il faut faire pour être efficace. Nous sommes arrivés à un accord tout récemment. Nous devons mettre en œuvre les moyens de financement nécessaires pour que tous les candidats à l’installation puissent réaliser leur projet.

- La question du glyphosate a naturellement été posée lors de votre visite. Quel est votre avis ?

D. Guillaume : J’ai assisté à une belle intervention sur l’exploitation de Flavin, de deux agriculteurs engagés dans l’agriculture de conservation. Je suis un fervent défenseur de ce type d’agriculture, qui ne va pas sans utiliser de façon raisonnée, du glyphosate. Le glyphosate n’est pas un sujet en soi : nous ne demandons pas son interdiction, d’ailleurs ce n’est pas écrit dans la loi, nous demandons de sortir de la dépendance aux produits phyto-pharmaceutiques. Il faut essayer de s’en passer et, le Président de la République l’a dit aussi, nous ne laisserons personne sans solution alternative.

- Le président de la Chambre d’agriculture, Jacques Molières, a évoqué l’approche environnementale et énergétique des agriculteurs aveyronnais. Qu’en pensez-vous ?

D. Guillaume : Je partage la position de votre département quant à la mise en place de retenues d’eau pour pallier les manques en période sèche. Et nous ferons notre possible pour accélérer les démarches administratives.

Sur le photovoltaïque, je refuse l’installation de projets au sol sur des terres agricoles. La méthanisation est aussi un vrai enjeu qui apporte un complément de revenu aux agriculteurs et une image positive de l’utilisation des effluents d’élevage.

Halte au dénigrement permanent

- En Aveyron comme ailleurs, l’agribashing inquiète les agriculteurs. Quel est votre message ?

D. Guillaume : Le week-end dernier encore, nous apprenions que deux agriculteurs dans la Drôme ont été agressés, leurs bâtiments détruits et leurs animaux brûlés... ça ne peut plus durer ! Halte au dénigrement permanent ! Dans vos exploitations comme ailleurs, on voit des animaux bien installés, dans des bâtiments fonctionnels, bien équipés : le bien-être animal tout simplement ! Tous les éleveurs aiment leurs bêtes et ont le souci de produire le mieux possible. La société et nos concitoyens doivent se réveiller, remettre les pieds sur terre. Les militants doivent comprendre que ce n’est pas possible de s’introduire dans un élevage, de brûler des animaux, des bâtiments, ce n’est pas cela le bien-être animal ! Il ne faut rien lâcher, porter plainte. Nous devons retrouver une société apaisée, réconcilier monde agricole et société !

J’apprécie particulièrement la campagne publicitaire d’Interbev : mangez mieux de la viande ! C’est un message positif, cohérent et qui montre que l’on doit continuer à manger de la viande pour garder un équilibre alimentaire. Et votre démarche avec l’association CoSE va aussi dans le bon sens.

«Je suis optimiste pour l’avenir de l’agriculture»

- L’enjeu de la future PAC est important pour l’Aveyron. Quelle est la position de la France ?

D. Guillaume : Le premier enjeu est de maintenir le budget de la PAC, la France se bat pour cela. Nous avons refusé la proposition de la Commission européenne qui évoque une baisse de 25% sur le 2nd pilier. Je sais combien compte pour un département comme l’Aveyron, l’ICHN, qui permet à vos exploitations d’investir dans les outils de production et au-delà dans la vie économique locale, dans le territoire. Je note aussi la demande des JA de voir maintenu le Top up pour le soutien des installations.

- Quelles sont les perspectives pour l’agriculture ?

D. Guillaume : L’agriculture est à un tournant, nous devrons passer le cap de ce moment difficile mais je suis optimiste pour l’avenir. L’ouverture du marché français vers la Chine va apporter une bouffée d’oxygène et même s’il ne fera pas tout, il apportera du développement et des perspectives de façon générale. Le marché est ouvert : il faut y aller. Sur le site d’AOP et de la Société Porc Montagne, ils nous ont dit que l’export vers la Chine avait permis un rebond de 17% de l’activité, ce n’est pas rien !

Nos concitoyens sont attachés aux produits de qualité, aux filières tracées et transparentes. Dans ce créneau, les produits de l’Aveyron ont toute leur place. Il faut continuer en ce sens. Nous allons aussi lancer une grande politique de l’étiquetage, un plus pour les agriculteurs en terme de communication.

Je suis confiant en l’avenir parce que l’agriculture française est la plus durable du monde. Notre alimentation est saine, sûre et durable. Nous aurons toujours besoin des agriculteurs pour nourrir le monde.

- Quels sont les enjeux à venir ?

D. Guillaume : L’objectif est que les agriculteurs gagnent leur vie. Je sais que les Etats généraux de l’alimentation tardent à porter leurs fruits. Nous nous battons pour que les négociations commerciales de cette année appliquent les nouvelles règles. Les plans de filière seront des outils importants pour apporter de la rémunération aux agriculteurs. Il faudra les construire et les faire fonctionner. S’il faut corriger, on corrigera par des mesures, par la loi si besoin. Les agriculteurs font un travail remarquable et la loi doit leur donner raison».

Recueillis par Eva DZ