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Coopérative CELIA : un groupe qui «se porte bien» !

27 juin 2019

Coopérative CELIA : un groupe qui «se porte bien» !

Dans un contexte très concurrencé la coopérative CELIA a présenté un bon exercice, à l’équilibre, lors de son assemblée générale vendredi 21 juin. «Un grand motif de satisfaction» pour son président, André Veyrac, qui permet au groupe coopératif d’afficher sa confiance dans l’avenir, dans ses productions et dans son territoire.

Que ce soit dans le maigre ou dans la viande, le groupe coopératif CELIA «se porte bien», a introduit son président, André Veyrac. La stratégie mise en œuvre par BEVIMAC à l’export sur les pays tiers porte ses fruits (lire aussi dans notre dernière édition) et celle axée sur les filières de qualité avec Languedoc Lozère Viande est toute aussi porteuse.

Pour continuer de créer de la valeur ajoutée sur la viande et innover dans la communication, CELIA a travaillé à la construction d’une certification agroenvironnementale de ses exploitations, reconnue GIE environnemental. Bien-être animal, circuit court, lutte contre le réchauffement climatique, sauvegarde de la biodiversité... autant d’éléments recueillis dans les exploitations et sur lesquels Languedoc Lozère Viande pourra s’appuyer pour sa campagne marketing. L’entreprise devenue un moteur de la croissance du groupe CELIA, devra aussi investir dans ses outils pour franchir de nouveaux paliers de développement.

Côté export, André Veyrac évoque «une belle aventure à poursuivre». Le développement des échanges vers les pays tiers permet d’apporter des niveaux de rémunération des broutards «très intéressants» et «bien meilleurs que sur l’Italie». Il cite : «pour BEVIMAC, 40% de la rentabilité finale et donc du complément de prix versé à CELIA, est assurée par les 10% d’animaux exportés sur les pays tiers !». Premier opérateur français sur l’Algérie, BEVIMAC envisage de prospecter d’autres pays du pourtour méditerranéen et pour celà, il faudra travailler à la structuration de quarantaines, leur absence avait notamment freiné l’activité avec la Turquie en 2015.

L’exemple espagnol

Pour éclairer le débat sur les perspectives d’export, CELIA a invité Germain Milet du service Economie de l’Institut de l’élevage pour évoquer l’engraissement bovin en Espagne, les raisons de sa réussite et les risques qu’il représente pour le broutard et le taurillon français.

L’Espagne est le deuxième importateur de broutards en Europe, un marché pas majoritaire pour la France mais toutefois non négligeable, notamment pour les veaux laitiers (69 000 vaches laitières du Cantal en 2018 sont parties en Espagne). Ce pays est ainsi le deuxième importateur de veaux de moins de 80 kg et la France est son premier fournisseur. Qui plus est, l’Espagne importe de plus en plus de broutards : 198 000 en 2017 (soit 70 000 têtes de plus qu’en 2012).

Il faut préciser que les capacités d’engraissement en Espagne sont importantes et continuent de progresser. Le système est bien différent du système français : une production très standardisée quels que soient la région, la race, le sexe... une production sur paille, dans un bâtiment ouvert, des ateliers de très grande taille et très automatisés : 1 UTH gère 800 à 1 000 bêtes ! L’alimentation en ration sèche complète avec de la paille à volonté et un abattage précoce permettent des GMQ très élevés dans un temps de finition très court, les animaux sont de tout poids, offrant une adaptabilité à différents marchés.

Le coût de production d’un kg de viande en Espagne est moindre : coût du maigre moindre, bâtiment sommaire, coût de main d’œuvre très faible, charges d’équipement limitées du fait de l’achat intégral et de l’automatisation de l’alimentation, taille des ateliers déconnectée de la surface de l’exploitation, prix de l’aliment en dessous de celui en France (220 euros/tonne en 2018) du fait des gros besoins, de la concentration de la production, des fabricants pluri-espèces, d’une présentation en poudre, d’une forte connexion au marché mondial... mais d’une composition différente (part de matière première plus importante).

Cette organisation et le statut sanitaire maîtrisé de l’Espagne lui permettent de réaliser de grosses performances à l’export de vif fini (200 000 têtes environ en 2018) notamment vers l’Afrique du nord. L’organisation à l’export est facilitée par la taille des élevages qui remplissent vite les bateaux, l’homogénéité des pratiques d’élevage et donc des animaux, la présence de ports équipés... Néanmoins les bovins exportés finis ne représentent que 6,5% des bovins engraissés en Espagne.

Le marché intérieur se redresse, après la grosse crise économique : la consommation nationale de viande de bœuf progresse de 3,5% par rapport à 2012, de même que la consommation individuelle (+4% depuis 2012, soit + 500g), à noter aussi une reprise du tourisme qui engendre une hausse de consommation de viande. De fait, le cheptel allaitant se professionnalise et rebondit ce qui pourrait avoir des conséquences sur les importations de maigre en Espagne...

Les exportations de viandes venues d’Espagne valorisent 30% des abattages et la balance commerciale du bœuf espagnol s’est aussi améliorée (+46 000 tec en 2017). Néanmoins la crise financière en Turquie a stoppé cette dynamique positive et provoque un repli des cours.

Germain Milet considère l’Espagne comme un partenaire à long terme pour la France : ce pays restera déficitaire en maigre notamment en veaux laitiers. Mais il reste aussi un concurrent : présence sur les mêmes marchés à l’export avec une coordination efficace avec l’administration, un statut sanitaire enviable... le coût faible d’engraissement... Mais si l’Espagne produit de la viande de manière générale à partir de maigre bon marché pour une prise de risque minimale, il n’est pas un concurrent pour la France sur le broutard haut de gamme. A chacun sa culture !

Eva DZ