lavolontepaysanne.fr Actualités - Agriculture - Aveyron
Elevage - Cultures - Machinisme - Ruralité

Archives VP
Loup : des attaques lourdes de conséquences pour les éleveurs

24 janvier 2019

Loup : des attaques lourdes de conséquences pour les éleveurs

 

Le 10 janvier, une réunion était organisée en préfecture sur le suivi du loup. Les chiffres 2018 ont été présentés : les attaques «loup non écarté» ont diminué mais cette baisse s’explique avant tout par un changement de conduite des éleveurs, qui craignent pour leurs troupeaux. Explications avec François Giacobbi, en charge de ce dossier pour la profession agricole.

Quel est le bilan des attaques sur les troupeaux dans le département en 2018 ?

F. Giacobbi : «La préfecture nous a livrés les chiffres 2018 lors du dernier comité loup : 49 constats d’attaques «loup non écarté» et 150 brebis victimes «loup non écarté» sur deux zones principales du département : le sud Aveyron et l’Aubrac. C’est 12 attaques de moins et 67 victimes de moins qu’en 2017.

Il y a moins d’attaques, c’est positif mais il faut être mesuré dans l’interprétation de ces chiffres et les relativiser. Il ne faut pas en tirer la conclusion systématique que le(s) loup(s) attaque(nt) moins, simplement les éleveurs ont adapté leurs pratiques à la présence de ce prédateur.

Quelles conclusions en tirez-vous ?

F. Giacobbi : De peur des attaques du loup, les éleveurs ont beaucoup moins sorti leurs brebis. Une enquête réalisée en 2018 auprès des éleveurs, montre que 1 200 ha de parcours n’ont pas été utilisés, il s’agit souvent des plus éloignés des bergeries, les éleveurs ne voulant plus prendre de risques pour la sécurité de leur troupeau et n’ayant pas les moyens de les protéger. Les brebis ne sont plus dehors la nuit voire ne sortent plus lorsqu’un troupeau voisin a été attaqué.

Le pastoralisme doit prévaloir sur le loup

Quelles sont les conséquences pour les éleveurs ?

F. Giacobbi : Il y a d’abord la crainte permanente des attaques, une situation morale difficile à supporter.

La Chambre d’agriculture a également mené une étude auprès de producteurs dont les troupeaux ont été attaqués pour mesurer les conséquences. Sans savoir si le lien est avéré, certains ont noté des problèmes à la repro, des brebis vides, des animaux davantage stressés, dans des situations d’affolement jusqu’à un an après une attaque ! Sur les problèmes d’avortements, nous essayons d’en trouver les causes en réalisant les recherches sanitaires de façon à exclure les maladies «classiques». Nous travaillons sur cette problématique avec l’ensemble de nos partenaires.

Quelles sont les suites à donner ?

F. Giacobbi : Le pastoralisme doit continuer sur nos territoires de Grands Causses, c’est une évidence et une nécessité pour le maintien de la qualité de nos paysages, reconnue par un classement à l’UNESCO au patrimoine mondial.

La mise en protection de nos troupeaux est difficile à mettre en œuvre et très coûteuse. Le loup, les éleveurs le savent, il faudra vivre avec mais nous devons travailler sur son comportement et lui faire comprendre qu’il y a danger létal pour lui s’il s’approche des troupeaux. Il doit apprendre à avoir peur. Les organisations agricoles y travaillent avec l’INRA, le CERPAM (centre d’études et de réalisations pastorales), SupAgro Montpellier et le CNRS. Je citerai en conclusion un chercheur de l’INRA : quel que soit l’épouvantail en place s’il ne représente pas un danger, les oiseaux continueront de venir manger dans le champ !».

Recueillis par Eva DZ