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Visite de Joël Limouzin en Aveyron, sur le dossier calamités agricoles

23 janvier 2020

Visite de Joël Limouzin en Aveyron, sur le dossier calamités agricoles

Mardi 21 janvier, la FDSEA et les JA ont invité Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA en charge de la gestion des risques climatiques et sanitaires, à venir échanger sur les dispositifs des calamités agricoles.

Alors que l’Aveyron a de nouveau déposé un dossier de demande de reconnaissance au titre de la sécheresse 2019, il sera examiné par le comité national de gestion des risques agricoles (CNGRA) le 29 janvier, la FDSEA a invité Joël Limouzin, chargé de ce dossier et représentant la FNSEA au CNGRA, à venir en Aveyron. «Nous pensons que c’est important que Joël puisse prendre connaissance de notre dossier et surtout de nos spécificités», a avancé Laurent Saint Affre, président de la FDSEA. Ainsi, une délégation de responsables professionnels l’ont amené sur une exploitation du Sévéragais pour constater sur le terrain les conséquences des sécheresses successives (lire ci-contre).

Une responsabilité professionnelle

Puis l’après-midi, la FDSEA a réuni son réseau ainsi que ses partenaires, notamment Groupama et le Crédit Agricole Nord Midi-Pyrénées, ainsi que la DDT, pour échanger avec Joël Limouzin sur la nécessaire évolution des outils à la disposition des agriculteurs pour faire face aux aléas climatiques. «On sent bien que le système actuel des calamités agricoles est à bout de souffle. Les écarts et les différences d’interprétation des données recueillies sur le terrain ne sont plus tenables», a dénoncé Laurent Saint Affre. «Les quatre systèmes météo retenus se contredisent même !». Joël Limouzin constate à chacune de ses visites dans les départements touchés par les sécheresses, la grêle, le gel... et ils sont de plus en plus nombreux, que «les agriculteurs n’en peuvent plus». «Nous réalisons des expertises terrain en nous basant sur des pertes réelles et en face, on nous propose des cartes de relevés météo contradictoires ! Nous avons besoin d’un système fiable et incontestable».

Le changement climatique est une réalité, partagée par tous : «ce qui était vrai il y a 40 ans, ne tient plus la route aujourd’hui. Les critères des calamités agricoles ne répondent pas, en période de sécheresse, à la consommation de fourrages des animaux dès l’été puisque les périodes de sécheresses et d’absence de pluviométrie de ces dernières années s’étendent de juin à novembre ! Et le système assurantiel n’est à ce jour, pas suffisamment attractif auprès des agriculteurs», argumente Joël Limouzin, dénonçant notamment l’écart de reconnaissance entre une exploitation assurée contre les aléas climatiques et une exploitation qui ne l’est pas mais qui est reconnue au titre des calamités. Les personnes assurées ne peuvent en effet pas émarger au fonds des calamités agricoles.

«Nous ne voulons pas la suppression du dispositif des calamités agricoles, qui fait appel à la solidarité nationale, mais il doit être rénové et doit mieux s’articuler avec le système assurantiel», avance Joël Limouzin. A cela s’ajoutent les efforts mis en place dans les exploitations pour s’adapter au changement climatique : les récoltes de printemps, l’introduction de la luzerne, la gestion et le stockage de l’eau, la recherche et l’innovation des systèmes fourrages autour de variétés plus résistantes...

«L’une des avancées obtenues par la FNSEA est la mise en place de l’épargne de précaution qui permet aux éleveurs de faire des stocks fourragers sans impact sur le revenu. Notre ambition est bien de garder le maximum d’agriculteurs sur tous les territoires y compris dans les zones à handicap naturel mais pour cela, nous devons sécuriser les exploitations face à cette problématique du changement climatique», poursuit Joël Limouzin. «L’amplitude des aléas climatiques s’étend, aucune région n’est épargnée, les phénomènes climatiques sont de plus en plus violents et se répètent. Il est de notre responsabilité professionnelle de trouver des solutions», a-t-il assuré.

Toutes ces problématiques ont d’ailleurs été maintes fois relayées auprès du ministère de l’agriculture qui a mis en place des groupes de travail. Ils portent sur une meilleure articulation entre le dispositif des calamités agricoles et le système assurantiel, sur l’information et la sensibilisation auprès des agriculteurs, sur l’attractivité du système assurantiel, sur la transparence des coûts et des cahiers des charges des offres assurantielles... Les premiers résultats des réflexions devraient être présentés au premier trimestre.

«Clairement aujourd’hui nous prenons du retard dans le dispositif de prévention des risques alors que chaque année, presque toutes les régions sont touchées par un voire plusieurs phénomènes climatiques. Il y a urgence à trouver des solutions», a réaffirmé Joël Limouzin.

Redonner confiance aux agriculteurs

Le système assurantiel ne séduit ni les agriculteurs, ni les assureurs, représentés notamment par le président de Groupama Aveyron Lozère, Didier Laluet et le premier vice-président de la caisse régionale du Crédit Agricole Nord Midi-Pyrénées, Benoît Quintard le confirment : «Ces produits ne sont pas attractifs car ils ne répondent pas complètement aux spécificités des exploitations de nos territoires dont les prairies et cultures sont réservées à l’alimentation des animaux». Eux aussi confirment la nécessité de travailler ensemble pour faire évoluer les systèmes et les adapter aux besoins de leurs clients. «Nous devons nous appuyer sur l’expertise des assureurs pour faire évoluer les dispositifs», a avancé Joël Limouzin. «Le système assurantiel doit être généralisé pour tous mais en tenant compte des spécificités de chacun. Le taux de subvention pourrait être unique mais la prime d’assurance varierait selon que l’agriculteur a investi, mis des moyens pour se prémunir des risques ou pas». Un groupe de travail sur la réassurance est aussi une nécessité pour limiter le surcoût.

Les assureurs présents évoquent aussi un nécessaire changement dans l’état d’esprit des agriculteurs vis-à-vis de l’assurance climatique : l’assurance climatique doit être prise comme un coup dur. Tout le monde assure son bâtiment contre l’incendie même si ce n’est pas obligatoire parce que le risque est trop important, on peut tout perdre mais c’est aussi le cas en cas de gros aléas climatique ! Cela permet de disposer de moyens financiers pour rebondir, acheter du fourrage par exemple pour nourrir les animaux après une sécheresse...

«Nous partageons le fait qu’une politique de prévention des risques est nécessaire contre les aléas naturels et économiques», ont affirmé les participants à la réunion. La déduction pour aléas ou épargne de précaution, les aides directes de la PAC, les calamités agricoles, l’assurance climatique et celle du chiffre d’affaires sont des outils existants. «Il y aussi la responsabilité individuelle de chaque exploitant à considérer que le risque climatique fait partie des «risques normaux» désormais», complète Joël Limouzin. La FNSEA a émis plusieurs propositions pour améliorer le contrat «socle» : diminuer le seuil de déclenchement subventionable (de 30 à 20%), revoir la moyenne olympique qui peut-être préjudiciable car elle ne s’applique pas de la même manière et sur les mêmes bases que les calamités agricoles créant de l’incompréhension et forcément de la déception chez les agriculteurs, passer le taux de subvention de la prime d’assurance de 65 à 70%, remédier au paiement tardif des subventions parfois un an après...

Instaurer une politique d’investissement de la prévention des risques

«La future PAC aura son rôle à jouer aussi dans ce domaine : est-on prêt à faire de la gestion des risques la pierre angulaire de la future PAC ?», a interrogé Joël Limouzin. «La responsabilité doit être partagée entre la profession et l’Etat. Reste à savoir la piste retenue : une part du 2nd pilier ? Un transfert au sein du 2nd pilier ? Entre les deux piliers ?... Ce qui est sûr c’est que nous devons instaurer et développer une véritable politique d’investissement des moyens de prévention pour diminuer l’exposition aux risques climatiques. Certes il n’y a pas de risque zéro mais on peut les limiter».

Sur la gestion de l’eau, Joël Limouzin plaide pour un meilleur accompagnement et une simplification des procédures administratives des projets de stockage : «La clé est de considérer l’eau et son côté multi-usages en prenant en compte l’eau potable, la biodiversité, le soutien à l’activité économique agricole sur tous les territoires. Pour cela nous avons besoin du soutien de tous : administration, élus locaux, collectivités...».

Les pistes de réflexion ne manquent pas mais les agriculteurs, en particulier de l’Aveyron victimes de sécheresse à répétition, attendent désormais des solutions concrètes pour faire face aux aléas.

Eva DZ