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Plus de 400 personnes réunies à Buzeins : une journée riche en enseignements

26 septembre 2019

Plus de 400 personnes réunies à Buzeins : une journée riche en enseignements

Plein succès pour la journée mécanisation organisée par la FD CUMA jeudi 19 septembre à Buzeins. Plus de 400 personnes, agriculteurs, techniciens, étudiants... se sont retrouvés pour échanger sur les nouvelles pratiques culturales. Echanges d’expériences, démonstrations de matériels étaient notamment au programme de la journée orchestrée par les CUMA locales du Sévéragais.

Couverts végétaux, non labour, pourquoi pas chez vous ? Cette question lancée par la FD CUMA pour sa traditionnelle journée mécanisation a interpellé nombre de personnes, agriculteurs, techniciens mais aussi étudiants et enseignants venus chercher des réponses. Plus de 400 personnes étaient présentes tout au long de la journée, le matin à la salle des Dolmens à Buzeins comme l’après-midi dans les parcelles aux alentours pour les démonstrations.

Des étudiants du lycée et du CFPPA La Roque, de François Marty, de l’ADPSA, de Bernussou, de Terre Nouvelle en Lozère accompagnés de leurs enseignants et des agriculteurs de tout le département mais aussi des techniciens, chercheurs et conseillers ont assisté aux diverses présentations.

Trois agriculteurs ont apporté leur témoignage : Nicolas Fabre, éleveur ovins lait sur le Larzac, Jean-Baptiste Carrié, éleveur bovins viande sur le Villefranchois et Philippe Rech, éleveur bovins viande sur le Ségala. Ils étaient accompagnés de Franck Baechler, lui aussi agriculteur dans le Loir et Cher et spécialiste de l’agriculture de conservation (lire ci-contre).

Les couverts, une bonne assurance sécheresse

Jean-Baptiste Carrié élève à Lunac, des veaux sous la mère, sur 80 ha de SAU. Il a expérimenté depuis plusieurs années, les couverts de colza fourrager pour répondre aux besoins de son troupeau et favoriser son autonomie alimentaire. «J’implante les couverts dans les 48h suivant la moisson. Je réalise 25 à 35 ha de couverts. C’est une grosse pointe de travail que je n’avais pas anticipé mais j’y gagne en coût. Les couverts sont une bonne assurance sécheresse : l’année dernière j’ai réalisé 90 bottes d’enrubannage plutôt que de laisser le couvert au sol : c’est une bonne solution en cas d’année difficile». Jean-Baptiste travaille avec un semoir simple : «je ne suis pas mécanicien ! Je sème avec un tracteur de 90 CV, un mélange de 4 à 6 plantes (sorgho fourrager, radis chinois, tournesol, pois, vesce)».

Autour de Jean-Baptiste Carrié, personne n’était intéressé à la CUMA pour s’engager sur le semis direct et les couverts. «Deux de mes voisins étaient partants, nous avons essayé avec une entreprise, nous avons eu quelques échecs au début, des regards de travers mais nous avons persévéré, organisé des démos, fait visiter des essais. Nous avons acheté du matériel d’occasion à trois agriculteurs et aujourd’hui les voisins nous appellent pour semer chez eux ! Ils avaient besoin de voir que ça peut marcher !».

Sur ses prairies naturelles, Jean-Baptiste ne met pas d’engrais, pas de lisier, ni de chaux et il n’apporte aucune intervention mécanique. «Je récolte 6,5 tonnes de matière sèche (4,5 cette année) et je complète avec des cultures mais une vache qui pâture est le système le plus rentable».

Jean-Baptiste n’a pas hésité à aller plus loin dans la formation, en rencontrant des agriculteurs spécialisés comme Frédéric Thomas, agriculteur dans le Loir et Cher et voisin de Franck Baechler. «Parfois on peut se sentir seul dans son système car on est en dehors du moule mais il ne faut pas avoir peur d’essayer. Les regards, surtout ceux de nos parents, ne sont pas toujours faciles sur nos choix mais il faut nous laisser faire !», a-t-il encouragé.

«A chaque exploitation, à chaque contexte, son propre système»

Nicolas Fabre élève des brebis laitières à Cornus sur 500 ha dont 127 ha labourables. Depuis plus de 20 ans, il pratique le semis direct pour recharger ses prairies. Il a expérimenté les techniques culturales simplifiées et la couverture permanente des sols. «Mes sols sont hétérogènes, très séchants et plein de cailloux, pour les préserver et pour une meilleure texture de surfaces pour le semis, j’ai arrêté de labourer et je me suis mis au semis direct. Clairement la structuration de mes sols s’est améliorée. Je réalise une rotation de 10 ans ce qui sécurise mon système alimentaire et protéique».

Pour restructurer ses sols, Nicolas n’a pas hésité à mettre en place de nouvelles pratiques : implantation de luzerne d’automne, couverture permanente des sols, semis de céréales sur chaume, resemis de luzerne après la récolte. «Mon autonomie alimentaire s’est améliorée. Et j’ai économisé deux passages de désherbage avant le semis, les apports de fongicides, d’insecticides sont très limités aussi. Mon matériel s’use moins et les cailloux restent à leur place !». Pour limiter le salissement des parcelles, Nicolas désherbe au glyphosate avant d’implanter une culture. «Je sème de plus en plus de méteils pour occuper l’espace à la place des adventices, du coup cela réduit mes apports de glyphosate».

Dans un contexte de sécheresse à répétition, Nicolas a mis de côté les couverts d’été et a allongé ses rotations pour une couverture permanente du sol. «A chacun de bâtir son système en fonction de son exploitation, de son climat, de son environnement», souligne Nicolas. «Il faut savoir être opportuniste selon les années».

«Oublier ce que l’on faisait avant»

Philippe Rech élève des veaux sous la mère à Cabanès, sur 68 ha. Il a limité le labour et pratique le semis direct et les couverts végétaux. Pourquoi a-t-il arrêté le labour ? «Plus je labourais, plus mes terres devenaient difficiles à travailler. J’ai voulu me simplifier le travail pour gagner du temps et suite à une formation avec Konrad Schreiber, ingénieur des techniques agricoles, en charge du développement de l’agriculture de conservation, je me suis lancé dans le semis direct pour améliorer mon autonomie en protéines. Depuis je ne cesse de perfectionner mon système».

Philippe Rech a fait le lien avec la CUMA voisine de Naucelle. «Des agriculteurs étaient intéressés mais sans plus d’avancée car ils avaient eu quelques échecs. Mais quand la question de l’achat d’un nouveau semoir s’est posée, une dizaine d’agriculteurs se sont engagés sur 140 ha. Tous ont suivi une formation spécialisée. Depuis, la CUMA réalise 430 à 450 ha de semis par an et le potentiel est encore grand ! Les échanges se poursuivent, les essais continuent».

«La difficulté dans ces nouvelles pratiques culturales, c’est de bien choisir les cultures, de supprimer les apports chimiques. On peut avoir une réussite une année et un échec l’année suivante. L’objectif est d’avoir un couvert permanent», témoigne Philippe. «Il faut tout simplement oublier ce que l’on faisait avant ! Bien se former et savoir où on veut aller».

Eva DZ