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Unité de méthanisation, Méthan’Aubrac : producteurs d’énergie sur l’Aubrac

19 septembre 2019

Unité de méthanisation, Méthan’Aubrac : producteurs d’énergie sur l’Aubrac

Depuis bientôt un an, l’unité de méthanisation, Méthan’Aubrac, installée sur la zone artisanale à l’entrée de Sainte Geneviève sur Argence est en fonctionnement. Retour sur sa mise en place et le regain d’énergies des agriculteurs qui ont cru en ce projet et ont réussi à le concrétiser.

Le chemin fut un peu long, un peu cahoteux mais ils ont finalement réussi à concrétiser leur projet d’une unité de méthanisation collective. 29 exploitations des communes d’Argences en Aubrac et Cantoin la font tourner depuis bientôt un an grâce à l’appui d’acteurs locaux dont les collectivités territoriales. «Notre ambition dès le départ a été d’en faire un outil collectif local dont nous voulions garder la maîtrise avec des retombées pour notre territoire», entame Ludovic Mazars, agriculteur à Cantoin et président de la SAS gestionnaire de l’unité de méthanisation.

Une aventure collective

C’est lui qui a lancé la première pierre dans la mare en janvier 2011 ! «J’avais envie d’un point de vue personnel de monter une unité de méthanisation et j’en ai parlé aux responsables de la CUMA de Ste Geneviève, en particulier Vincent Mouliac et Olivier Planques, qui m’ont dit mais pourquoi on monterait pas un projet collectif ? Tout est parti de là !», se souvient Ludovic Mazars. Courant 2012, une étude de faisabilité a été menée et mi 2013, le développement a démarré avec la création d’une SAS grâce à l’appui du CerFrance Aveyron. Il a fallu près de 3 ans pour constituer le dossier administratif avec le soutien de la Chambre d’agriculture, l’association de préfiguration du PNR Aubrac (demande de subventions, dossier ICPE, autorisations d’exploiter, permis de construire, montage financier...). L’enquête publique s’est déroulée sans encombre en janvier 2017 et fin octobre de la même année, les premiers coups de pelle ont été donnés et un an plus tard, les moteurs se mettaient en marche !

Côté actionnaires, dès le démarrage du projet, les premiers contacts ont été pris pour évaluer le nombre de personnes intéressées. «Nous avons organisé 3-4 réunions à l’échelle du canton ouvertes à toutes les exploitations quelle que soit leur taille, nous proposions une adhésion de 1 000 euros à notre association Méthan’Aubrac afin de financer les différentes études, une forme de premier engagement», explique Ludovic Mazars. «Notre première réussite est d’avoir pu combiner la diversité d’exploitations de façon cohérente où chacun a trouvé sa place». Les agriculteurs se sont engagés sur un montant financier, pour le reste c’est-à-dire la logistique, ils ne s’occupaient de rien. «La première motivation des agriculteurs qui se sont engagés c’était de pouvoir se libérer du travail autour des effluents de leur élevage», appuie Ludovic Mazars. «En cas de création de richesse, des dividendes leur seront redistribués». Les 40 adhérents actionnaires à la SAS sont répartis en deux collèges : le premier rassemble les associés coopérateurs essentiellement les apporteurs et le deuxième des acteurs locaux soutiens du projet (vétérinaire, Communauté de communes, SIEDA...). Ce projet à 4,650 millions d’euros a été financé selon le schéma suivant : 1,2 million d’euros de fonds propres des agriculteurs actionnaires, 1,1 million d’euros de subventions (Conseil départemental, Région Occitanie, ADEME, EDF) et 2,350 millions d’euros d’emprunt.

Gain de travail pour les agriculteurs

Avec un peu de recul, celui qui a été à l’origine de ce projet, Ludovic Mazars voit en cette réalisation «une aventure humaine exceptionnelle» : «elle a permis à 29 exploitations de se rapprocher et d’instaurer un relationnel de travail qui perdure. Ce projet nous a permis aussi de mieux mesurer les contraintes administratives ! Aujourd’hui, l’unité est là, elle fonctionne et même si nous ne sommes pas encore en rythme de croisière, je suis optimiste pour la suite. Nous avons écrit une page de notre histoire !».

Les agriculteurs actionnaires de tout profil (jeunes installés, agriculteurs confirmés voire en fin de carrière), en productions bovins lait et viande, se sont engagés pour 5 ans avec la promesse de trouver un équivalent en volumes en cas de départ à la retraite ou d’arrêt d’activité. «Nous nous sommes donnés un an de fonctionnement tous ensemble avant d’ouvrir le projet à d’autres exploitations», avance Ludovic Mazars. Aujourd’hui l’unité dispose de suffisamment de volumes pour fonctionner. Les objectifs quotidiens fixés au départ sont remplis : 100 tonnes de fumier - lisier en hiver, 60 tonnes en été (65% de fumier de bovins et 35% de lisier de bovins issus des 29 exploitations et 10% de déchets divers issus de l’agriculture - pain, carottes, marc de raisin, résidus de céréales...). Entre 33 000 et 34 000 tonnes de fumier et lisier seront traités par an. Et de nouvelles opportunités pourraient être saisies avec l’apport de tontes de pelouses de la commune d’Argences en Aubrac, du SIDOM d’Espalion.

Des emplois créés localement

En terme de logistique, le transport des produits entrants puis l’épandage des digestats (20% solide et 80% liquide) sont assurés par la CUMA de Ste Geneviève sur Argence. «Dès le départ, le président de la CUMA, Vincent Mouliac a été d’accord pour être partie prenante du projet et l’un de ses membres, Olivier Planques, est responsable du service complet qui lui est dédié (transport épandage)», détaille Ludovic Mazars. Un surplus d’activités grâce à Méthan’Aubrac qui a permis à la CUMA de créer 2 emplois. Les 29 exploitations adhèrent toutes à la CUMA, dont le hangar est tout proche de l’unité de méthanisation.

Une proximité et une organisation qui permet à l’unité de fonctionner toute l’année en continu : trois cellules sont à disposition pour stocker les effluents avec un roulement chaque semaine. «En hiver où les apports sont plus soutenus, nous suivons avec rigueur un planning avec les agriculteurs et l’été, nous arrivons à nous organiser à la semaine. Pour l’instant tout fonctionne bien même s’il y a des petits ajustements à faire ce qui est tout à fait normal pour une année de démarrage», explique Jérôme Grimal, salarié de la SAS Méthan’Aubrac qui a été embauché dans l’année pour assurer la gestion du site au quotidien. «Il est obligatoire d’avoir une personne sur la gestion du site, sur place. Je compare notre unité de méthanisation à un troupeau de 100 vaches ! Un digesteur fonctionne comme une panse de vache avec les mêmes risques et les mêmes résultats. C’est pour cette raison que nous avons embauché Jérôme. Il a formé 5 agriculteurs dont moi et nous effectuons un roulement pour veiller au bon fonctionnement tous les jours de la semaine», détaille Ludovic Mazars.

Sur la partie épandage, tout est calé sur les plans d’épandages des agriculteurs. «Il y a très peu d’unités de méthanisation en France qui traitent du fumier et du lisier, nous avons visité plusieurs sites et profité des expériences des uns et des autres pour construire notre propre projet», poursuit Ludovic Mazars. Le groupe a fait appel à une entreprise allemande qui possède une succursale en France : «elle nous a apporté toute son expérience et affiche une bonne maîtrise du système, elle reste à nos côtés pour les petits réglages mais ce sont bien les agriculteurs qui restent maîtres du projet Méthan’Aubrac», insiste Ludovic Mazars.

Les lisiers et fumiers produits par les 29 exploitations alimentent un co-générateur d’une puissance d’un peu plus de 500 kW. L’unité de méthanisation devrait produire par an, plus de 3,5 millions de kWh d’électricité envoyée directement dans le réseau. Les calories produites par le cogénérateur pourraient être valorisées par un réseau de chaleur à construire (notamment production d’eau chaude) à disposition d’une ou des entreprises présentes sur la zone artisanale. L’aventure continue !

Eva DZ