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Conduite des élevages ovins viande : comment réduire la mortalité des agneaux ?

17 janvier 2019

Conduite des élevages ovins viande : comment réduire la mortalité des agneaux ?

Dans le cadre du projet GOPEI Robustagno, le comité Bassin ovin viande a organisé en décembre dans le département une journée technique axée sur les pratiques aptes à rendre un agneau plus robuste à la naissance. Le sujet visiblement mobilise, puisqu’une cinquantaine de participants étaient présents à cette rencontre qui s’est appuyée sur des interventions en salle le matin, puis dans un élevage l’après-midi. Retour sur les messages-clés délivrés.

La filière ovine doit relever un défi : faire baisser la mortalité des agneaux pour améliorer le revenu des éleveurs.

GOPEI Robustagno, un projet multi-acteurs

Sur ce sujet, un projet européen baptisé Robustagno est en cours et commence à faire émerger des solutions. Ce projet, financé par l’Europe et le ministère de l’agriculture, au travers du Programme de développement rural régional de Midi-Pyrénées, est un Groupe opérationnel dans le cadre du Partenariat européen pour l’innovation (GOPEI).

L’objectif de Robustagno est d’améliorer, de façon durable, la productivité numérique dans les élevages d’ovins allaitants, en réduisant la mortalité des agneaux. Pour cela, l’accent est mis sur la robustesse des agneaux dès leur naissance.

Le programme, porté par Coop de France Midi-Pyrénées, est mis en œuvre sur les départements du Lot et de l’Aveyron, via une approche multi-acteurs. Les partenaires scientifiques sont l’Institut de l’élevage, l’INRA, l’Ecole nationale vétérinaire de Toulouse. Les partenaires opérationnels sont les coopératives CAPEL et UNICOR, les Chambres d’agriculture du Lot et de l’Aveyron, les GDS du Lot et de l’Aveyron, le lycée agricole de Figeac (Animapôle) et le Coram (Collectif des races de massifs).

Gestes et conduite du troupeau pour des agneaux plus robustes

La journée technique organisée le 3 décembre en Aveyron par le comité Bassin ovin viande a été suivie par 50 éleveurs : le matin, en salle à Bournazel, ils ont bénéficié de l’intervention de Myriam Doucet, de l’Idele ; l’après-midi, la visite en exploitation s’est effectuée sous la conduite de Céline Pouget, vétérinaire à la FODSA.

A partir des expériences des éleveurs qui participent au programme Robustagno, plusieurs solutions ont été mises en évidence et seront formalisées dans le cadre du programme pour être largement diffusées.

• Un suivi global du troupeau crucial pour la santé des agneaux

La robustesse d’un agneau est fonction de multiples facteurs. On pense bien sûr au poids à la naissance, à la facilité de naissance et à la prise de colostrum. Mais avant tout, c’est le suivi global du troupeau qui est le principal facteur de réussite.

Ce suivi global commence dès l’organisation de la lutte, avec une alimentation établie en fonction des notes d’état corporel (NEC) des brebis, et des périodes de lutte courtes (objectif 80% des mises bas sur 3 semaines), qui permettent de gérer à la fois l’alimentation et l’organisation de l’espace dans le bâtiment à la mise bas, puis de gérer des lots homogènes d’agneaux.

Cela passe aussi par une politique de réforme stricte des mères, assortie d’un taux de renouvellement suffisant et de qualité (génétique indispensable).

Durant la matinée, les points-clés de l’alimentation des brebis pendant la gestation ont également été soulignés : une bonne couverture des besoins en énergie et en protéines (surtout les 6 dernières semaines de gestation), la mise à disposition d’eau propre en quantité suffisante et un apport en minéral et vitamines suffisant.

L’organisation du bâtiment lors de l’agnelage est apparue comme essentielle, pour le tri des brebis, pour avoir un nombre suffisant de cases d’agnelage et des zones de relâche. Mais surtout, une bonne gestion de la surface permet de se libérer l’esprit pour se consacrer à l’agnelage en lui-même.

La tétée du colostrum est certainement le point central de réussite de l’agnelage. Les défauts de tétée sont à l’origine de 25% de la mortalité des agneaux avant 60 jours. Dans les six heures qui suivent sa naissance, l’agneau doit avoir pris 200 à 400 ml de colostrum. Il faut bien vérifier que les agneaux ont bien bu. Un pèse-colostrum (matériel présenté en élevage l’après-midi) permet de mesurer la qualité du colostrum. Une «banque» de colostrum congelé est également nécessaire (brebis, vaches ou chèvres).

• Les bonnes pratiques autour de la mise bas

L’après-midi en élevage a été consacré aux pratiques de l’éleveur autour de la mise bas, toujours dans le même objectif de renforcer la bonne santé des agneaux. Des mesures sanguines ou urinaires ont fortement retenu l’attention des éleveurs, en ramenant les résultats d’analyses à l’alimentation des brebis en fonction du stade de reproduction.

La mesure de la qualité du colostrum au réfractomètre (pèse-colostrum) est facile, elle permet d’anticiper des tétées de naissance de mauvaise qualité, pour un coût très modeste (25 €). Après s’être exercés à réaliser des mesures avec cet appareil, les participants en ont remarqué tout l’intérêt.

Réussir grâce à une somme de «petits» actes techniques

En conclusion, avant des diffusions plus larges et plus formalisées au sein même du projet Robustagno, c’est un ensemble d’actes techniques tout au long de l’année qui est primordial : des éléments-clés comme les notes d’état corporel des brebis, l’alimentation différenciée selon les stades physiologiques des mères, les soins aux agneaux et l’organisation du bâtiment semblent incontournables.

Les techniciens d’appui technique des Organisations de producteurs, tous associés à la journée du 3 décembre, apporteront les conseils nécessaires aux éleveurs suivis, que ce soit pour la réalisation des rations ou pour la gestion des modes de reproduction.

Au final, la robustesse des agneaux ne relève pas d’une quelconque «solution miracle», mais bien plutôt d’une somme de «petits» actes techniques dans l’élevage, et ce sont eux qui font la différence !

Dominique Delmas, animateur Bassin ovin viande, Chambre d’agriculture de l’Aveyron