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Gestion de la dépendance : un dispositif d’aides multiples

15 novembre 2018

Gestion de la dépendance : un dispositif d’aides multiples

Maurice Viguié, retraité agricole depuis 2001, est président de l’ADMR de Montbazens et membre du bureau de l’UDAF. Il livre son point de vue à propos de la préparation de la dépendance chez les exploitants agricoles.

- Comment se préparer à la dépendance ?

«En préambule, il faut souligner qu’il est important de toujours garder des liens sociaux pour rompre l’isolement ! Lorsque l’on est retraité, la pension de retraite agricole couvre seulement les besoins du quotidien. Mais vers l’âge de 62 ans, il est important de préparer la dépendance en adaptant d’abord son lieu de résidence. En ce qui nous concerne, mon épouse et moi, avons décidé de vendre nos actifs agricoles, c’est à dire le cheptel bovins lait, les bâtiments agricoles, pour construire une maison neuve adaptée, de plain-pied, dans un centre-bourg, à Montbazens en l’occurrence. Et ce, afin de bénéficier de différents services de proximité.

- Que doivent faire les personnes qui ne peuvent pas changer de résidence ?

Elles doivent se renseigner sur les aides financières de l’ANAH (Agence nationale de l’habitat) afin d’adapter leur résidence à une perte d’autonomie future (1). Il s’agit par exemple d’une installation de douche à l’italienne remplaçant la baignoire, de rampes d’accès, d’un monte-escalier, de sanitaires plus pratiques, etc. Il est indispensable de penser à tous ces aménagements lorsque l’on a le potentiel physique et financier pour le faire. Les aides peuvent couvrir au moins 50 % des dépenses plafonnées à 10 000 euros, avec des prêts à taux bas.

- Lorsque la question de l’habitat est réglée, comment gérer la dépendance ensuite ?

Des structures peuvent accompagner la dépendance au quotidien. La MSA peut ainsi accorder un certain nombre d’heures de ménage, de cuisine, d’aide aux courses, ou proposer un dispositif visant à réduire l’isolement humain et social, sur la base là aussi d’un forfait d’heures.

- Si la perte d’autonomie est plus lourde, que faire ?

Dans ce cas, le Conseil départemental intervient pour une prise en charge basée sur l’APA (allocation personnalisée d’autonomie) et le GIR. Le GIR est le niveau de perte d’autonomie d’une personne âgée. Il est calculé à partir de l’évaluation réalisée à l’aide de la grille AGGIR. L’évaluation du GIR permet de savoir si une personne âgée peut bénéficier de l’APA ou non. Il existe six niveaux de perte d’autonomie : le GIR 1 est le niveau de perte d’autonomie le plus fort et le GIR 6 est le niveau le plus faible, et concerne donc les personnes autonomes pour tous les actes importants de la vie courante. L’APA entre ainsi en fonction dès le GIR 4 et jusqu’au GIR 1, le plus lourd. L’APA est octroyée sur des critères de dépendance. Par exemple, une personne GIR 4 ayant une pension de retraite de 802,93 euros/mois aura une APA couvrant 100 % des besoins. Avec 2 957,02 euros/mois, la couverture APA tombe, logiquement à 10 %, toujours pour un GIR 4 (2). Il faut préciser que les conditions de ressources rassemblent la pension de retraite, mais aussi, éventuellement, l’assurance vie, les placements financiers et les revenus fonciers par exemple. Depuis deux ans, le reste à charge peut bénéficier d’un avantage fiscal si la personne paye l’impôt sur le revenu, permettant par exemple de rembourser à hauteur de 50 %, la somme versée pour un emploi à domicile.

- Existe-t-il d’autres aides complémentaires ?

Il existe en effet des aides spécifiques pour les personnes âgées qui choisissent le maintien à domicile. Mais des aides sont également attribuées aux structures accueillantes, pour un EHPAD par exemple (Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). Dans ce cas, l’APA est attribuée sur la base du GIR moyen pondéré de l’établissement. Ce qui signifie une mutualisation allant du GIR 1 au GIR 4, selon la perte d’autonomie moyenne de l’ensemble des pensionnaires de l’établissement. Entre le domicile et l’EHPAD, il y a aussi des structures intermédiaires, avec des accueils de jour, foyers logements, ou résidences services pour les seniors. Il est possible alors de bénéficier de l’APA pour des besoins spécifiques de la personne en prenant en compte une autre grille d’évaluation faisant la moyenne entre les besoins individuels de la personne.

- Tout cela peut paraître compliqué pour les familles, qu’en penseez-vous ?

Il l’est en effet. Le vrai problème aujourd’hui est qu’il faut prendre en compte en même temps plusieurs préoccupations : le médical, le para-médical, la protection juridique, l’aide à domicile... Il faudrait à mon avis un dispositif mieux adapté entre le corps médical et les services à la personne. Il faudrait donc repenser le dispositif avec une approche de l’aide globale à la personne.

- Que pensez-vous de l’assurance dépendance ?

Si les ressources financières du demandeur le permettent, il est possible de souscrire une assurance dépendance pour environ 70 ou 80 euros/mois/personne. Ce sera plus difficile à assumer pour les retraités agricoles qui n’ont qu’une pension de retraite pour vivre. Il faut aussi savoir, selon une étude nationale, que l’âge moyen d’entrée dans un EHPAD est de 86 ans, pour une durée moyenne de trois ans... Il faudra donc bien calculer le bénéfice d’une assurance dépendance sur le temps. Il devrait être sur dix années par exemple pour un couple de retraité agricole à taux plein, avec comme résultat, un reste à charge autour de 500 euros/mois/personne. Mon conseil est de prendre une assurance avec une couverture totale et partielle de la dépendance, en lien avec l’espérance de vie moyenne, sur la base de la grille AGGIR officielle. Car certains assureurs possèdent une grille où figurent leurs propres critères d’évaluation, lesquels sont à leur avantage !».

D.B.

(1) Plus d’infos : OC’TÉHA. Agence de Rodez. Carrefour de l’Agriculture. 5, bd du 122e RI. 12026 Rodez Cedex 9. Tél. 05 65 73 65 76.

Site internet : www.octeha.fr

(2) Le montant maximum de l’APA pour les personnes dépendantes au maintien à domicile est le suivant. Pour le GIR 1 : 1719,94 euros. Pour le GIR 2 : 1 380,04 euros. Pour le GIR 3 : 997,85 euros. Pour le GIR 4 : 665,61 euros.