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Ecophyto : une prairie multi-espèces pour une production fourragère sans herbicides

13 décembre 2018

Ecophyto : une prairie multi-espèces pour une production fourragère sans herbicides

Issues du semis d’un mélange de graminées, légumineuses et autres fourragères vivaces, les prairies multi-espèces assurent une couverture du sol importante et une production fourragère équilibrée en énergie et matière azotée. Leur durée de vie est généralement plus longue que celle des prairies de graminées ou de légumineuses seules, et leur couverture du sol permet de supprimer l’emploi des herbicides. Le groupe Dephy Ecophyto polyculture-élevage avec le cas concret d’une prairie complexe intégrée dans une exploitation bovin lait du Ségala.

Exploitant à La Fouillade, Dominique Rigal produit du lait de vache en agriculture biologique, sur une surface de 88 ha, dont 65 ha en prairies naturelles et temporaires.

Un élevage biologique en autonomie alimentaire complète

Un chargement modéré de 0,9 UGB/ha SFP permet à l’éleveur d’avoir une autonomie alimentaire complète, tant pour les fourrages que pour le concentré. La ration d’hiver composée à parts égales d’ensilage de maïs et d’ensilage d’herbe, est complémentée en foin. Le concentré distribué provient de cultures d’orge et de mélanges de céréales : la consommation annuelle est de

1 tonne par vache et par an, pour une production moyenne de 7 000 litres de lait.

Pour l’autonomie en protéines, Dominique Rigal a mis en place des prairies d’association graminées-légumineuses. Du trèfle blanc, cultivé en association avec du colza et pâturé en été après la récolte du colza, est également intégré dans la rotation : c’est une autre façon de contribuer à l’autonomie protéique.

Une diminution des surfaces en maïs ensilage compensée par l’augmentation des hectares de prairie a permis d’atteindre l’autonomie alimentaire.

Prairies multi-espèces, des objectifs à bien définir avant le semis

En agriculture biologique, les contraintes de production végétale sont plus importantes qu’en conventionnel, notamment pour la maîtrise des adventices. Sans recours possible aux désherbants, il faut être «plus malin que la nature» et occuper le sol avant qu’elle ne le fasse. Cette règle, simple en apparence, est en réalité très complexe à mettre en œuvre, car la capacité d’une prairie à résister aux adventices doit se conjuguer avec d’autres objectifs, comme une bonne production quantitative et qualitative, ou une pérennité suffisante. Il est donc primordial de bien fixer les objectifs prioritaires que l’on donne à la parcelle avant de choisir les espèces à semer.

En vue de tester une prairie à flore complexe chez Dominique Rigal, le choix du lieu s’est porté sur une parcelle proche des bâtiments d’élevage et destinée exclusivement au pâturage.

Une prairie multi-espèces peut être composée de plus de 15 espèces différentes, à choisir suivant leurs particularités propres et leur capacité à coexister dans le temps, ou, au contraire, à se développer de manière échelonnée, ce qui contribue à augmenter la durée de vie de la prairie.

Pour cet essai, trois objectifs principaux étaient recherchés :

- empêcher les adventices de s’installer et conserver un bon état de propreté du sol sur le long terme,

- avoir une prairie adaptée au pâturage,

- augmenter le temps de récolte annuel afin de laisser les animaux le plus longtemps possible au pâturage.

Le choix des espèces s’est fait avec l’aide du logiciel CAPFLOR(R). Cet outil informatique développé par l’INRA détermine les plantes les plus appropriées à partir des objectifs fixés et en comparant les caractéristiques agronomiques de chaque espèce répertoriée dans sa base de données.

Une prairie complexe évoluant dans le temps

Le logiciel CAPFLOR(R) a préconisé pour cet essai une prairie à flore variée très diversifiée (voir tableau). Le semis a été réalisé fin septembre 2017, après destruction mécanique de la prairie précédente. L’éleveur a apporté 20 m3 de lisier par ha, et prévoit un épandage de 800 kg de chaux, un an sur deux. Après une année d’utilisation, un apport de 10 T/ha de fumier de bovin composté sera également effectué.

• Une exploitation en pâturage tournant dynamique

Sur les 4 ha de la parcelle, un pâturage tournant dynamique a été organisé, avec 9 parcs délimités au fil de clôture électrique, pour un tour de pâturage de 18 jours maximum.

La première sortie des vaches a eu lieu fin février, et la dernière fin juin. Un «épointage» (pâturage rapide) a été réalisé fin août, et un pâturage d’automne est pratiqué tant que le sol porte et que les plantes poussent.

• Comportement de la flore de la prairie : points marquants

Le suivi de la parcelle montre plusieurs caractéristiques d’évolution :

- le salissement semble bien maîtrisé par le pâturage dynamique,

- la chicorée doit être pâturée régulièrement, afin d’éviter une montée en graines et un envahissement de la parcelle, cette vivace ayant une forte capacité à coloniser l’espace,

- certaines espèces se développent peu, ou même disparaissent dès la fin de la première année. On constate donc une évolution importante de la composition floristique de la parcelle après une année d’exploitation (voir tableau).

Cependant, ces observations ne doivent pas faire penser que le semis et l’implantation de la culture sont ratés. Ces transformations font partie d’un développement normal de ce type de prairie. Certaines espèces produisent très bien la première année, puis s’estompent pour laisser la place à d’autres plantes qui occupent le terrain à leur tour. De cette façon, les adventices ne peuvent pas germer ni se développer et les différentes espèces composant la prairie se relaient pour assurer une production continue sur le long terme.

Enfin, Dominique Rigal n’a pas observé de retombées négatives sur la production laitière. Ses vaches semblent apprécier ce type de pâture et laissent très peu de refus.

Ce qu’il faut retenir

Bien implantée et bien utilisée, une prairie à flore variée permet de se passer des herbicides dès le semis et tout au long de sa vie.

La composition d’une prairie à flore variée peut répondre à d’innombrables combinaisons et possibilités de dosage de la semence pour chaque espèce choisie. Néanmoins, la réussite d’une prairie de ce type ne réside pas dans la complexité de son mélange, mais dans le choix judicieux des espèces constitutives : celui-ci doit impérativement tenir compte d’une part des objectifs de l’agriculteur, et d’autre part de l’adaptation des espèces retenues au contexte pédo-climatique de la parcelle à implanter.

Jean-François Levrat, ingénieur réseau Ecophyto, Chambre d’agriculture