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Systèmes fourragers et changement climatique : retour d’expérience du projet «AP3C»

13 février 2020

Systèmes fourragers et changement climatique : retour d’expérience du projet «AP3C»

Le projet de recherche et développement «AP3C» (Adaptation des Pratiques Culturales au Changement Climatique) a été lancé en septembre 2015 avec pour ambition d’obtenir des informations localisées permettant une analyse fine des impacts du changement climatique sur le territoire, en vue d’adapter les systèmes de production du Massif Central et de sensibiliser l’ensemble des acteurs.

Ce projet est animé par le SIDAM avec les compétences des ingénieurs de 11 Chambres départementales d’agriculture (dont l’Aveyron) et de l’Institut de l’élevage. Il s’articule autour de 3 volets : climatique, agronomique et systémique.

Le volet climatique : de 1980 à 2050

Au départ, le projet s’appuie sur l’analyse des données climatiques (pluviométrie, température et Evapo-Transpiration Potentielle) observées jour par jour, de 1980 à 2015, sur une centaine de stations réparties sur le Massif Central. Puis, avec l’aide d’un climatologue et l’utilisation d’un modèle conçu pour être compatible avec les évolutions réellement observées sur la période de recueil des données, et permettant de réaliser jusqu’à 10 000 projections équiprobables pour chaque donnée calculée, des projections ont été réalisées pour chaque paramètre et chaque station jusqu’à l’horizon 2050.

Principales évolutions climatiques attendues d’ici 2050 sur le Massif Central :

- hausse de la température moyenne annuelle comprise entre 0,35 et 0,40°C tous les 10 ans, plus marquée au printemps (jusqu’à 0,55°C/10 ans), avec une forte augmentation du nombre de jours très chauds (> 30°C) au printemps et en été.

- maintien du cumul annuel de précipitation, mais modification dans les saisons avec des cumuls en baisse en hiver et printemps, et en hausse en été et automne.

- augmentation du cumul annuel de l’ETP (Evapo-Transpiration Potentielle) entre 20 et 30 mm tous les 10 ans, surtout marquée au printemps et en été.

- dégradation du bilan hydrique annuel, de 100 mm en 50 ans sur le nord-ouest du massif, jusqu’à -250 mm sur le sud du massif, notamment sur le printemps et l’été.

- augmentation de la fréquence d’apparition des phénomènes rares (fortes précipitations, épisodes de sécheresse et/ou de canicule, gelées tardives…).

Le volet agronomique  : Quels impacts sur les cultures ?

A partir des projections climatiques, 30 indicateurs agro-climatiques (IAC) ont été définis par les acteurs du projet et projetés à l’horizon 2050, et ce, pour chaque station climatique. 16 IAC concernent la culture de l’herbe, 5 le maïs, 4 les céréales, 2 les cultures dérobées, 1 la vigne, auxquels s’ajoutent 2 IAC généralistes. Comme pour les projections climatiques, la conception des IAC fait appel à 10 000 projections par indicateur. Ce qui permet de prendre en compte la variabilité interannuelle dans le calcul de chaque indicateur. Ainsi, pour l’évolution de chaque critère on dispose de la moyenne, mais aussi des déciles 1 et 9 (voir graph.1).

Le graphique 1 montre l’évolution de la date repère pour l’ensilage (à 750° de sommes de température cumulée à partir du 1er février) à Salles la Source (580 m).

On passe en moyenne du 16 mai en 1980 au 6 mai en 2015 et au 28 avril en 2050. En 2050, on sera antérieur au 7 mai 9 années sur 10.

Principales pistes d’adaptation pour la conduite des cultures :

- valoriser au maximum l’herbe de printemps, par l’adaptation et l’optimisation du pâturage et des chaînes de récolte.

- valoriser au maximum la diversité des surfaces en prairies, en étant en permanence en capacité de s’adapter à l’évolution des conditions climatiques.

- repenser la place des stocks et des cultures fourragères (maïs, dérobées, méteils) en adaptant les choix variétaux et les modes de conduite.

Le volet systémique : Quels impacts sur l’adaptation des systèmes ?

Cette partie du projet a mobilisé une cinquantaine de conseillers fourrages et ingénieurs des réseaux de référence, ainsi que 130 agriculteurs qui ont participé à 22 réunions sur le thème de l’adaptation de leur exploitation face au changement climatique. Un premier chiffrage économique a été réalisé afin de mesurer l’impact de ces différentes pistes d’adaptation.

Principales conclusions sur les scénarisations d’adaptation :

«Ne rien faire» conduit à une perte de revenu à l’horizon 2050 : l’augmentation de la fréquence des sécheresses conduit à une diminution des rendements fourragers ainsi qu’à une augmentation des besoins en affouragement.

Les pistes d’adaptation se regroupent en 2 grandes thématiques : la première autour de l’animal, par la limitation des besoins du cheptel et/ou une meilleure répartition de ces besoins. La deuxième autour du végétal, par l’amélioration de la production fourragère, par la diversification des assolements, des cultures et de leur mode de conduite.

C’est bien une combinaison de leviers qui va permettre de limiter l’impact de ce changement climatique sur les systèmes fourragers. A l’avenir, l’objectif du projet sera de tester la mise en œuvre de ces pistes d’adaptation.

La dernière phase du projet a débuté cette année et se poursuivra jusqu’à fin 2021. Elle a pour principal objectif de valoriser les résultats et de sensibiliser les différents acteurs agricoles (agriculteurs, conseillers, responsables professionnels), à l’impact du changement climatique. En Aveyron, ces données sont régulièrement diffusées dans le cadre de rencontres ou de formations qui permettent d’échanger sur les différentes pistes d’adaptation à mettre en œuvre.

Benoit Delmas

Chambre d’Agriculture de l’aveyron

Source du poster de présentation du projet AP3C