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Luc-La Primaube : le bel envol des «Volailles de Ruols»

12 juillet 2018

Luc-La Primaube : le bel envol des «Volailles de Ruols»

Nicolas Vacquier, 36 ans, a stoppé sa production de lait de vache en 2014 pour se lancer dans l’élevage de volaille de ferme, plus quelques ovins viande, et un système de production unique appuyé sur le pâturage tournant et l’irrigation. Soucieux de communiquer sa pratique originale, l’éleveur de Luc-La Primaube veut rejoindre prochainement le réseau Bienvenue à la ferme.

Il s’était installé en 2006 avec 60 vaches laitières sur une SAU de 100 ha avec un voisin. Lorsque ce dernier est parti à la retraite, en 2014, Nicolas s’est posé plein de questions : «j’ai finalement dit stop au lait !» lâche-t-il, lui qui figure au 7ème rang d’une génération d’agriculteurs. «Pour moi, il était impensable d’arrêter l’activité de notre ferme, avec 13 ha de terre familiale». Il poursuit : «j’avais trois projets en tête : un atelier de poules pondeuses, de prêt à gaver, ou de volailles de ferme en vente directe. J’ai donc choisi la dernière option, moins coûteuse en investissement, et par attrait pour ce type de production et de valorisation. J’ai aussi été accompagné par la Chambre d’agriculture pour monter mon projet. Nous avons toujours eu un poulailler sur la ferme parentale. Et puis, dès 2003, lors de mon stage d’installation, j’avais déjà l’idée en tête de produire de la volaille, avant de partir 8 mois en Australie puis 6 mois en Argentine».

Certes, ces pays n’avaient rien à voir avec la volaille, mais l’idée a sans doute mûri dans son esprit, en quittant la France avec une bande de jeunes copains agriculteurs. Ces deux destinations lui permettent de parler couramment l’anglais et l’espagnol, un atout international qu’il compte bien mettre à profit plus tard.

Grand Rodez

Pour l’heure, Nicolas s’épanouit amplement dans son métier de producteur de volailles de ferme en plein air, avec une production d’environ 6 000 poulets et 600 pintades par an, plus 20 ovins viande de race Suffolk, le tout commercialisé en vente directe, en Bleu-Blanc-Cœur depuis 2015. «Mes volailles sont enrichies en oméga 3, oméga 6, acides gras saturés et insaturés, apportés grâce à la pâture de l’herbe mais aussi à la graine de lin incorporée dans la ration. Elle comprend également du blé, maïs, tourteaux de tournesol, vitamines, minéraux, oligo-éléments... Les céréales sont issues des départements de l’Aveyron et du Tarn». L’éleveur confie : «cela n’a pas été facile au début. Il a fallu faire du porte à porte. J’ai aujourd’hui un fichier de 600 clients sur le Grand Rodez qui commandent notamment sur mon site internet puis viennent chercher leurs poulets, pintades ou œufs à la ferme, au Ruols’Drive. Je livre à des comités d’entreprise, amicales et administrations. Plus de la moitié de ma clientèle a visité mon élevage, ainsi que des élèves et collégiens du secteur. Je suis fier de communiquer sur le métier, en montrant la qualité de mes productions, ma méthode d’élevage. Tout producteur qui fait de la vente directe doit ouvrir son élevage, cela devrait être obligatoire !».

Pâturage tournant et irrigation

Son système est donc totalement organisé en circuit court, avec la cathédrale de Rodez quasiment en point de mire, un bassin de consommateurs à portée de panier, et un dispositif de vente basé sur la confiance mutuelle et un engagement commercial rigoureux. Autre particularité, un système de conduite d’élevage unique, régulier sur tous les mois de l’année, quelles que soient la saison et la pousse de l’herbe ! Nicolas a en effet mis en place un pâturage tournant pour ses volailles, sur des parcours organisés autour des cabanes, dans une vaste enceinte protégée des prédateurs par une clôture électrifiée. «J’ai prévu deux parcours par cabane, pour garder une parcelle propre, une pâture abondante, avec zéro désherbant, zéro phyto». Ses ovins pâturent sur les parcelles des volailles, pour s’alimenter, et réguler la hauteur d’herbe. Nicolas complète : «mes brebis utilisent le même bâtiment que les volailles. Leur rôle est de ramasser l’herbe laissée par les poulets. J’intercale aussi mes ovins entre les lots de poulet pendant le vide sanitaire de deux mois». Autre innovation, la mise en place d’un système d’irrigation : «je fais partie des 17 agriculteurs de l’ASA de Luc qui utilisent l’eau du lac de Brienne. J’irrigue mes parcours avec un réseau de 30 km de tuyaux enterrés. Les parcours enherbés sont arrosés afin de diminuer la consommation d’aliments. Ce système coûteux au départ me permet d’assurer une qualité optimale en période critique de forte chaleur».

Bienvenue à la ferme

«Les volailles de Ruols» ont donc pris leur envol sur une bonne base. Samedi 30 juin, Nicolas avait invité des élus locaux, départementaux, parlementaires, techniciens de la Chambre d’agriculture et RAGT (convention avec la démarche Bleu-Blanc-Cœur), des collègues de la SARL Quintard, de l’ASA de Luc, pour leur présenter son élevage et ses projets. «Mon idée est d’améliorer encore mon système et de m’impliquer dans l’agrotourisme» dit Nicolas. «Je vais ainsi rejoindre le réseau Bienvenue à la ferme. Et aménager une salle de réception pédagogique pour continuer à recevoir des scolaires, mais aussi des groupes, dont des étrangers. Je peux parler de mon métier en anglais ou en espagnol. Je souhaite mettre en avant la qualité de l’agriculture aveyronnaise. Je suis parvenu ici à un heureux compromis entre des objectifs commerciaux et des valeurs d’éthique pour l’élevage des animaux» avoue l’éleveur. «Cette cohérence est le résultat de beaucoup de travail. Elle me permet de préserver mon équilibre d’éleveur satisfait de sa vie professionnelle et privée. Je suis élu municipal et impliqué dans l’athlétisme aveyronnais. Je prépare par ailleurs une nouvelle vidéo sur les valeurs du sport de haut niveau et la nutrition», conclut Nicolas, également coureur de fond !

D.B.