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Producteurs de lait Villefranchois (GPLV) : les jeunes croient en l’avenir de la production laitière

07 février 2019

Producteurs de lait Villefranchois (GPLV) : les jeunes croient en l’avenir de la production laitière

Le Groupe des producteurs de lait du Villefranchois (GPLV) a organisé une conférence, jeudi 31 janvier, avec les étudiants de l’Institut François Marty et Nicolas Juillard ingénieur du Bureau technique de promotion laitière (BTPL) sur le thème «De Laitspérance dans la production bovin lait locale».

Oui les jeunes croient en l’avenir de la production laitière et il existe des stratégies gagnantes chez les producteurs de lait ! La conclusion de la conférence à l’initiative du GPLV a réchauffé les cœurs des producteurs de lait du Villefranchois et plus largement ! Des étudiants en BTS ACSE à l’Institut François Marty ont présenté les résultats de l’enquête qu’ils ont menée auprès de jeunes en formation agricole. Au total, 250 jeunes des lycées La Roque, La Vinadie dans le Lot, François Marty, de Rignac, de l’ADPSA, de Bernussou, de BPREA, bac pro, bac STAV, BTS et licence pro ont répondu à leur questionnaire, sur leur motivation à l’installation en agriculture mais aussi sur les freins.

Des jeunes qui y croient !

78% des jeunes interrogés (196) ont un projet d’installation dont 61 en production laitière. Les trois quarts s’installeraient dans le cadre familial. Leurs motivations premières sont le lien à l’animal et la viabilité économique de l’exploitation. Les freins, à leurs yeux, consistent dans la volatilité des prix et l’astreinte en particulier le décalage du temps de vie. L’exploitation type retenue par les étudiants est une installation en société et en conventionnel même si beaucoup de jeunes étaient encore en réflexion sur cette question.

Ce qui ressort de cette enquête, c’est la motivation des jeunes à orienter leur carrière dans l’agriculture : «Ces jeunes croient en l’avenir du métier d’agriculteur et c’est une vraie satisfaction pour les éleveurs en place !», sourit François Bosc, co-président du GPLV.

Des stratégies gagnantes

L’apport des jeunes a été enrichi par l’intervention de Nicolas Juillard, ingénieur au Bureau technique de promotion laitière (BTPL). Ce dernier a ciblé des exploitations laitières aveyronnaises aux stratégies gagnantes. «Bien souvent, les fermes les plus rentables sont celles qui vont au bout de leur stratégie», a-t-il affirmé. «Il n’y a pas de recette miracle, il faut croire en son projet et aller au bout. Le plus important c’est la rémunération du producteur et la capacité d’auto-financement».

Nicolas Juillard a présenté trois exploitations efficaces, rentables et qui donnent satisfaction aux éleveurs : un système dit «intensif» qui produit beaucoup de lait à l’hectare (+20 000 L/ha), soit le double de la moyenne du Sud-Ouest, un système «économe» basé sur la culture de l’herbe avec une productivité plus faible mais des charges peu élevées et un système «AB» basé sur du pâturage tournant et la recherche de valeur ajoutée via un label. «Aucun système ne se détache plus qu’un autre mais tous sont intéressants dans la mesure où ils sont cohérents avec le choix de l’exploitant», explique Nicolas Juillard.

Dans le système «intensif», le GAEC familial de 4 associés élève 110 vaches laitières (plus d’un million de litres de lait produits et 8 700 L par vache) et 65 vaches allaitantes pour valoriser les prairies, le tout sur 144,5 ha de SAU. La ration est à base de maïs et d’ensilage d’herbe, seules les génisses gestantes pâturent. Le GAEC adhère à 2 CUMA et participe à un groupe d’ensilage. Il a aussi investi dans le confort des animaux dans le bâtiment avec l’installation de matelas et de la ventilation.

Le résultat économique, produits laitiers et du cheptel, s’élève à 346 euros/1 000 L. La marge brute est de 224 euros/1 000 L.

Dans le système «économe», deux éleveurs (un frère et une sœur) gèrent 70 vaches laitières (500 000 L produits et 7 300 L par vache) et un atelier de veau de boucherie sur 75 ha (25 ha de prairies naturelles et 50 ha de prairies temporaires) sans maïs ni céréales (le maïs est acheté sur pied). Les exploitants ont misé sur le pâturage pour diminuer les intrants et surtout baisser le coût de concentré. Ils se sont essayés au pâturage de la bettrave fourragère pour diversifier l’alimentation.

Le résultat économique, produits laitiers et du cheptel, s’élève à 333 euros/1 000 L, l’engraissement de quelques vaches permet d’augmenter un peu le résultat. La marge brute est de 252 euros/1 000 L.

Dans le système «AB», l’éleveur est installé en individuel et a recours à un salarié à temps partiel. Il élève 42 vaches laitières sur 89 ha de SAU, pour une production de 295 000 L (7 000 L par vache). Il a fait le choix de la conversion au bio depuis janvier 2013 : «j’avais l’impression de ne plus maîtriser mon système, je me suis alors remis en question et j’ai pensé au bio. Pour cela, je me suis formé sur le pâturage tournant notamment - environ 10 jours par an et j’ai travaillé sur l’autonomie de ma ferme. Je ne cherche pas à produire plus, sinon j’augmenterai ma charge de travail mais je veux maîtriser mon système en vue de l’installation de mon fils». Le résultat économique, produits laitiers et du cheptel, s’élève à 451 euros/1 000 L. La marge brute est de 442 euros/1 000 L.

Des exploitations vivables

Nicolas Juillard a également travaillé, sur ces trois fermes, sur l’aspect «charges et conditions de travail». Dans le système «AB», l’éleveur apprécie la durée «raisonnable» de sa journée de travail, il a mis en place une organisation qui lui permet de bien supporter les périodes de pointe et de pouvoir facilement se faire remplacer. Il a créé une place pour son fils sur la ferme sans pour autant augmenter la charge de travail. Par contre, son organisation si confortable soit-elle n’empêche pas de travailler le dimanche ! Il réfléchit à anticiper les tâches à effectuer (préparation à l’avance de la ration...) pour soulager le travail ce jour-là.

Dans le système «économe», l’éleveur s’est organisé de façon à pouvoir prendre le temps de pratiquer des activités comme le foot. Il s’est équipé pour faire face aux pointes de travail même si la charge de travail reste importante à ces moments-là. Il essaie aussi de diminuer la pénibilité de certaines tâches comme le paillage. Mais cela reste tout de même difficile de se faire remplacer.

Dans le système «intensif», les associés peuvent se remplacer les uns, les autres, chacun a sa place sur la ferme mais tous sont polyvalents. Les gros travaux sont réalisés en CUMA et les chantiers d’ensilage bien organisés avec un groupe. Le GAEC souhaite améliorer la planification des travaux pour optimiser encore l’organisation.

Des éleveurs bien dans leurs bottes...

Ces ressentis ont été étayés par l’enquête d’étudiants de l’Institut François Marty sur le travail d’astreinte sur ces trois fermes. Le système «intensif» consacre 33h/UGB/an au travail d’astreinte, le système «AB» 26h/UGB/an et le système «économe» 23h/UGB/an. La différence s’explique notamment par la part de pâturage qui nécessite un peu moins d’astreinte que le logement en bâtiment. Dans l’astreinte, c’est le poste traite qui consomme le plus de temps mais il ne faut pas oublier le temps d’organisation des postes d’astreinte.

Enfin, Nicolas Juillard a travaillé sur la résilience des exploitations, leur capacité à résister aux aléas (baisse des rendements fourragers, du prix du lait, de la viande, des cultures de vente, hausse des intrants...) à partir d’une étude de l’Institut de l’élevage. Les aléas les plus impactants sont la baisse du prix du lait et la baisse des rendements dus notamment à la sécheresse. La capacité à résister dépend du niveau de rémunération attendu par l’éleveur, de ses annuités moyennes et du volume produit/UMO.

Et prêts à faire face à l’imprévu

«L’important est de bien définir sa stratégie dès le départ pour anticiper les aléas», détaille Nicolas Juillard. «Il faut veiller aux engagements pris antérieurement, de façon à ne pas être asphyxiés en temps de crise, il faut produire chaque litre de lait avec efficience et valoriser les charges au mieux. Chaque producteur doit produire un volume suffisant. Et l’atelier doit savoir se préserver un matelas de trésorerie ou parvenir à la gérer en cas de coup dur», conseille l’ingénieur. «En résumé, si on gère son exploitation en définissant une stratégie cohérente entre son projet professionnel et personnel, en travaillant avec des partenaires de confiance, on gardera sa motivation !», a conclu Nicolas Juillard. Avec François Bosc, il a rebondi sur l’intérêt de participer à des groupes d’échanges entre éleveurs pour faire face aux challenges collectifs de la profession. «Il faut avoir confiance en ses idées, en ses passions, accepter aussi de se remettre en cause en s’ouvrant aux autres, en se confrontant... C’est ainsi que les éleveurs laitiers se réaliseront humainement, économiquement et socialement», a terminé François Bosc.

Eva DZ