lavolontepaysanne.fr Actualités - Agriculture - Aveyron
Elevage - Cultures - Machinisme - Ruralité

Archives VP
Dialogue avec la société : «Soyez-vous mêmes !»

06 décembre 2018

Dialogue avec la société : «Soyez-vous mêmes !»

Qui mieux que les agriculteurs pour parler de leur métier ! C’est le message qu’ont voulu faire passer la FDSEA et les JA à l’occasion d’une Rencontre en campagne mercredi 28 novembre en soirée, au lycée La Roque. Luc Smessaert vice-président de la FNSEA, en charge de la communication est venu présenter #Agridemain, plateforme de communication lancée et animée par les acteurs du monde agricole, pour reprendre la parole !

En Aveyron, les agriculteurs et les acteurs du monde agricole n’ont pas attendu les attaques ni les suspicions autour de leur métier pour prendre en main leur communication. En initiant le groupe COSE ! il y a 1,5 an, ils ont lancé un groupe de réflexion dans lequel OPA, organisations de producteurs, abatteurs, vétérinaires, coopératives, soit aujourd’hui 38 organisations et plus de 80 agriculteurs, travaillent ensemble à mieux communiquer sur leur milieu professionnel. «Notre objectif est de maintenir un climat serein, d’instaurer un dialogue avec nos concitoyens», avance Germain Albespy, président de ce groupe COSE ! et secrétaire général adjoint de la FDSEA. «Les agriculteurs sont les mieux placés pour parler de leur métier !».

Reprendre la parole !

Une initiative saluée par Luc Smessaert, vice-président de la FNSEA, en charge de la communication. «De plus en plus d’initiatives de ce type fleurissent en France, de la part des agriculteurs, des acteurs du monde agricole, et c’est tant mieux car il est temps de reprendre la parole !». Pour parler de son métier, Luc Smessaert présente son exploitation en quelques chiffres évocateurs : «je suis installé dans l’Oise en GAEC avec mon frère, sur une ferme de polyculture élevage (lait et viande). Je nourris environ 1 500 personnes, j’entretiens 12 km de haies, je stocke 2 000 tonnes de carbone, nous sommes deux associés, nous embauchons un salarié et un apprenti et faisons travailler indirectement 9,5 personnes. Ces chiffres parlent et suffisent à montrer l’incidence positive de notre métier sur le milieu rural».

Il ajoute : «Les agriculteurs doivent prendre la parole, en toute transparence et montrer leur contribution tant d’un point de vue économique, environnemental (entretien et aménagement du territoire) que social (maintien d’emplois, de services... dans les campagnes). Dans nos villages, nous sommes bien souvent les premiers employeurs». Germain Albespy évoque aussi l’importance d’un dialogue positif autour du métier d’agriculteur, clé du renouvellement des générations de demain : «Si nous n’encourageons pas les jeunes à s’installer demain, et sans renouvellement des générations, tous les dix ans, en Aveyron, c’est l’équivalent de l’usine Bosh que le département va perdre !».

#Agridemain, plateforme nationale

«Dans tous les sondages, les Français, à plus de 80%, confirment leur confiance en les agriculteurs. Nous sommes dans le top 3 des professions les plus aimées. A nous de foncer !», enchaîne Luc Smessaert. Comme un exemple, en 2016, le réseau FNSEA - JA a lancé #Agridemain, une plateforme qui fédère 14 organisations nationales (syndicalisme, Coop de France, Chambres d’agriculture...) pour prendre la parole. «Nous sommes partis d’un constat certes malheureux : il y a 10 ans encore, l’agribashing (dénigrement systématique et répété de l’agriculture) n’existait pas. Aujourd’hui il fait partie de notre quotidien. Pas une semaine sans une vidéo accusatrice, sans un dossier sur le bien-être animal, les produits phytos... l’agriculture se voit accusée de tous les maux. Dans nombre de discussions, dans les médias, parfois même en famille, le malaise, l’incompréhension voire la suspicion font loi», regrette Luc Smessaert. «Les agriculteurs sont convaincus qu’ils travaillent bien mais il y a toujours une rumeur, un bruit de fond porteur de doutes sur le travail bâclé, la maltraitance des animaux, le lien à l’environnement...», complète Germain Albespy. «Une distance s’est creusée entre agriculteurs et consommateurs que nous nous devons de combler. L’image de nos campagnes est décalée», assurent les responsables professionnels. «La balle est dans notre camp». Les agriculteurs, notamment de l’Aveyron, peuvent en effet s’appuyer sur des choses simples : «un lien très fort avec nos animaux dans des fermes à taille humaine, des produits de qualité, le pâturage, l’élevage à l’herbe...», enchaîne Anthony Quintard, président de JA 12.

Mais ce n’est pas simple quand la communication n’est pas son métier : «Nous ne sommes pas des grands communiquants. J’aime à dire que nous sommes des faiseux plutôt que des diseux», avoue Luc Smessaert. «Mais si nous ne le faisons pas, qui le fera pour nous ?». D’autant que des arguments, des preuves, les agriculteurs n’en manquent pas ! «Nous n’avons jamais autant fait d’efforts que ces dernières années en matière de contribution environnementale, de diminution de produits phytos, d’antibiotiques... Une majorité d’éleveurs adhèrent aux chartes de bonnes pratiques et sont engagés dans divers points de contrôle», assure Luc Smessaert. Il cite l’exemple du tri des déchets : un foyer trie 46% des ses déchets, un agriculteur 90% ! «Si notre agriculture, nos produits de qualité sont autant plébiscités à l’étranger, notamment pour leur traçabilité, nous devons aussi le faire savoir en France !», poursuit-il.

Se fédérer pour communiquer positivement

«Il faut dire stop à cette petite musique qui nous fait perdre le sens et la fierté de notre métier», interpellent les responsables professionnels. «Renouveler les générations, vivre de notre métier et redonner de la fierté et de la confiance aux paysans, sont nos leitmotiv et c’est en se fédérant, autour d’initiatives comme le groupe COSE ! ou comme #Agridemain que nous pourrons y arriver», encourage Luc Smessaert. Sur les réseaux sociaux, à travers des petites vidéos toutes simples, des instants magiques photographiés, plusieurs agriculteurs aveyronnais présents lors de la conférence, ont montré que c’était facile de parler positivement de son métier, de partager sa passion : une ferme bouge, vit, tous les jours, il y a de petites histoires fantastiques ! «L’agriculture a de vraies solutions à apporter et ne doit pas seulement figurer dans la rubrique faits divers», a dénoncé Luc Smessaert.

Ambassadeur des fermes ouvertes partout en France, une opération qui a démarré il y a 29 ans, Luc Smessaert note une évolution positive : «Dès qu’on ouvre une ferme, le grand public est curieux des nouvelles technologies, avide d’informations, d’explications, et soucieux que nous puissions bien gagner notre vie. Nous devons surfer sur ces expériences positives. On suscite de la curiosité et c’est bien, c’est le premier pas vers le dialogue».

«Nous avons beaucoup axé la communication sur nos produits et pas assez sur notre métier alors qu’il est à la vue de tous, nous travaillons à ciel ouvert !», note Anthony Quintard. Laurent Saint Affre, président de la FDSEA, encourage les agriculteurs à «se réapproprier» leur communication : «Pour nous faire comprendre, nous devons expliquer et ne pas laisser les autres le faire à notre place ! Les agriculteurs vivent mal ces attaques mais c’est en s’organisant pour dire ce que l’on fait, sans peur et en toute transparence, que le dialogue se réouvrira». Ce sera aussi le moyen pour les agriculteurs de retrouver un peu de sérénité dans ce métier qu’ils ont choisi parce qu’ils l’aimaient tout simplement !

Eva DZ