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"Moi(s) je m’installe" avec Marie Delpuech : «Aux Bornottes, on se sent bien !»

06 décembre 2018

"Moi(s) je m’installe" avec Marie Delpuech : «Aux Bornottes, on se sent bien !»

La Volonté Paysanne avait rencontré pendant l’été 2017, Marie Delpuech à la Ferme des Bornottes, «havre de paix» à Lacroix Barrez, un an après la création de sa ferme pédagogique. Aujourd’hui, la jeune femme continue de s’épanouir dans son métier... des projets plein la tête !

«Depuis que je suis toute petite, je vais aider mon père sur son élevage Charolais !», Marie Delpuech ne se voyait pas autrement qu’agricultrice. Mais plutôt que de rejoindre la ferme familiale, Marie s’est créée son propre projet : une ferme pédagogique. Elle s’est installée en individuel en avril 2016. Après une solide formation (Bac STAV à La Roque, BTS conduite de projet en espace rural, licence pro expertise agro-environnement et conduite de projet à Aurillac), Marie a découvert la ferme pédagogique lors de plusieurs stages et expériences professionnelles notamment dans le Puy de Dôme. Avec un papa agriculteur et une maman enseignante, Marie a vite fait le lien !

Passionnée, Marie l’est mais pas question de foncer tête baissée ! Elle a monté son projet pas à pas, regrettant au passage de n’avoir pas pu bénéficier de l’accompagnement à l’installation. «En m’installant en individuel, sur la création de ferme pédagogique, mon activité principale, difficile de mettre des chiffres sur mon projet. On avance à tâtons. Nous sommes pourtant les premiers maillons de la chaîne, en contact direct avec le grand public sur notre métier d’éleveur...».

Ferme pédagogique et élevage d’Highland

Marie a d’abord lancé sa ferme pédagogique, son activité principale mais qui reste saisonnière (mars à octobre). Alors pendant la période «creuse», elle réfléchit à de nouveaux projets, elle travaille sur les animations de la saison à suivre, réalise divers aménagements... Et elle s’occupe de son troupeau de vaches Highland Cattle pour compléter son revenu. «J’ai augmenté un peu mon effectif. J’élève aujourd’hui une douzaine de mères, sachant que dans cette race on ne peut abattre les bœufs avant 4 ans, donc je m’occupe d’un troupeau d’une quarantaine d’animaux», explique Marie. Des animaux qu’elle commercialise en vente directe (les animaux sont abattus à Neussargues et transformés au lycée de Saint Flour). «La viande issue de cette race est recherchée et au fil du temps, je me suis constituée un petit carnet d’adresses de clients fidèles grâce à ma ferme pédagogique. Je travaille aussi avec quelques restaurateurs étoilés du nord Aveyron», confie la jeune femme qui envisage d’expédier des colis sur Paris et Marseille notamment, en 2019.

Marie vend aussi quelques génisses sur pied à des éleveurs ou des particuliers pour débroussailler ! Les vaches Highland sont en effet connues pour leur capacité à valoriser des terrains très pauvres. C’est ainsi que la commune de Lacroix Barrez a sollicité Marie et ses vaches pour entretenir 10 ha autour du village de Valon dès le printemps 2019, réouvrir ce site Natura 2000 et éviter les risques incendie. Quelques années après son installation, Marie peut aujourd’hui s’appuyer sur son propre renouvellement, sur un troupeau homogène, sélectionné sur le caractère, la conformation... Elle commercialise actuellement 2 à 3 animaux par an et compte d’ici 2020 atteindre 5 à 6.

Visites libres ou guidées

Sur la ferme pédagogique, tout se déroule à merveille. L’été dernier Marie a reçu environ 80 personnes par jour. «La fréquentation continue d’augmenter avec des scolaires, des maisons de retraite, des familles, des personnes en situation de handicap, des touristes, des locaux, des nouveaux mais aussi des fidèles qui reviennent chaque année découvrir les nouveautés !». Et des nouveautés, il y en a ! Marie présente 120 animaux d’une vingtaine d’espèces (lamas, chèvres, moutons, cochons, poneys, chevaux, ânes, lapins, volaillles d’ornement...). Le nombre de naissances a également augmenté permettant à Marie de vendre quelques animaux à des particuliers.

La jeune agricultrice a développé, en plus des visites guidées et des ateliers (petits fermiers, beurre, traite de chèvre et fromage, chasse au trésor, rallye photo, laine, kim...), des visites libres. Elle espère aussi développer les anniversaires à la ferme. Et pour cela, elle travaille à améliorer l’accueil avec un projet de salle (animation, vente et location) et la possibilité de rejoindre le réseau Bienvenue à la ferme. Une réflexion est aussi en cours avec la commune pour aménager un parking à l’entrée de la ferme, avec un tracé pour les poussettes et les fauteuils roulants.

Sur le long terme, Marie réfléchit à l’embauche d’un saisonnier l’été pour soulager la charge de travail. «Entre l’accueil, le soin aux animaux, les animations... ce n’est pas facile de pouvoir tout concilier. J’ai donc réfléchi à quelques aménagements pour simplifier le travail», explique Marie. Avec l’aide de son papa et de son conjoint, elle a construit un parc adapté sur 1 ha avec des abris pour héberger les animaux par espèces avec des abreuvoirs pour éviter d’avoir à transporter des seaux d’eau matin et soir.

Cadre de vie exceptionnel

Autre corde à l’arc de Marie, la médiation animale. Formée à cette spécialité, la jeune femme travaille avec tout public sur la confiance en soi, l’hyperactivité, la phobie envers l’animal... sur place ou en itinérance dans les IME, les CAT, chez les particuliers... «Les animations en périscolaires ayant fortement diminué du fait du retour de la semaine de 4 jours, du coup j’ai pu augmenter le nombre de contrats en médiation animale», souligne Marie, qui apprécie ce côté partage et rencontre du métier. «Le démarchage a porté ses fruits et je suis heureuse dans mon métier. J’évolue dans un cadre de vie exceptionnel, je m’organise librement dans mon travail : à fond l’été et plus dans la réflexion et les projets l’hiver ! Le retour des clients est très gratifiant, c’est cela qui nous motive et nous encourage à persévérer».

C’est par hasard que Marie a eu vent de la création du groupe JA 100% féminin via FaceBook, réseau social sur lequel elle est bien présente. «J’ai trouvé cette première rencontre vraiment super, très enrichissante et qui valorise la place de la femme dans le milieu agricole. Nous partageons les mêmes soucis et cela me permet de me reconnecter à mon milieu professionnel étant plutôt en contact avec le grand public dans mon activité». De quoi donner des idées à cette jeune entrepreneuse !

Eva DZ